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En finir avec l’hystérie anti-OGM

par Xavier Méra
mardi 13 septembre 2005.

Article publié par Les Échos le 9 septembre 2005.

rien

Les OGM ont mauvaise presse. Dans ce climat hostile, certains n’hésitent pas à détruire au nom du principe de précaution les rares champs de plantes transgéniques dûment autorisés et donc clairement identifiables. Cet été, plusieurs attaques ont eu lieu dans le Puy-de-Dôme, certaines ayant été revendiquées par le Collectif des faucheurs volontaires. C’est la société Meristem, leader français du développement de médicaments issus de plantes génétiquement modifiées, qui a fait les frais de cette dernière vague de violence anti-OGM dans une certaine indifférence médiatique. En revanche, la révélation de surfaces cultivées en maïs génétiquement modifié fait la une des journaux… Une association, pourtant, a protesté contre les destructions : Vaincre la mucoviscidose. Il s’avère en effet que les plants détruits étaient destinés au développement de médicaments servant à soulager des effets secondaires de la mucoviscidose et à la production d’anticorps anticancéreux.

Nous avons là une illustration criante de la dangerosité du principe de précaution. En nous invitant à ne considérer que d’éventuels risques de la production d’OGM, il nous recommande d’ignorer les coûts de son abandon. Tout choix a un coût, même lorsqu’il est guidé par ce principe. Dans le cas présent, c’est la disponibilité de ces médicaments et les revenus qu’ils apporteraient à leurs producteurs qui doivent être abandonnés. Voilà ce que la « précaution » veut dire pour les malades et les fabricants de médicaments. Bien entendu, les pourfendeurs des OGM se défendent de négliger l’intérêt des malades. Ils affirment que cet intérêt ne nécessite pas de cultiver des plantes génétiquement modifiées. Ils soutiennent qu’il existe des techniques alternatives et que la seule raison motivant le choix des OGM est une meilleure rentabilité. Ils ont sans doute raison : il existe généralement plusieurs technologies disponibles pour obtenir le même résultat, et le choix de l’une ou de l’autre n’est généralement pas fondé sur des considérations humanitaires. Et alors ? Qu’y a-t-il de si sinistre dans les considérations financières ?

Lorsqu’on découvre une technique moins chère permettant un meilleur rendement physique du sol, comme c’est typiquement le cas des OGM, c’est une bonne nouvelle pour les consommateurs parce que la concurrence, si on la laisse fonctionner, va exercer une pression à la baisse sur les prix. Produire la même chose en dépensant moins revient à améliorer la rentabilité de son investissement. Dans la mesure où ces opportunités de gains sont perçues, les investisseurs auront tendance à s’orienter dans le secteur concerné en choisissant cette technique, augmentant ainsi la production et faisant baisser les prix des produits. Le choix des techniques n’est donc pas indifférent au bien-être des malades. A produit donné et dans la mesure où la libre concurrence prévaut, ce sont précisément les motivations financières des producteurs qui garantissent aux malades l’accès aux soins le plus large possible.

Qu’en est-il des risques liés aux OGM ? Peut-être pouvons-nous acquiescer lorsqu’un communiqué de presse du collectif des faucheurs volontaires affirme : « Aucune justification scientifique ou thérapeutique ne permet la transformation des champs des paysans en paillasse de laboratoire. » Il est ici fait allusion au risque que des champs de maïs transgéniques « contaminent » les champs voisins. D’après Meristem, leurs plants sont stériles et n’exposent pas les propriétés environnantes à un changement de nature de leur production. Même si nous supposons que de telles dégradations sont possibles, il ne s’ensuit pas automatiquement que la production d’OGM devrait être interdite, contrairement à ce que les adversaires des OGM prétendent. En fait, cet argument n’a rien à voir en soi avec les OGM, mais avec des intrusions sur la propriété d’autrui. Il pourrait tout aussi bien être utilisé par des propriétaires de plantes transgéniques « contaminées » par les champs voisins. Et il faudrait prouver qu’une telle intrusion a lieu, ce que les faucheurs n’attendent pas avant d’agir.

En réalité, il n’est pas nécessaire d’interdire les OGM pour empêcher que les champs des paysans soient transformés en paillasse de laboratoire. Au lieu de se livrer au vandalisme, nos faucheurs pourraient militer pour que le gouvernement prenne au sérieux l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen sacralisant la propriété. Si les pollutions telles que la « contamination » d’un champ étaient considérées par le législateur pour ce qu’elles sont, des intrusions sur la propriété d’autrui, les producteurs à risque tendraient à s’installer loin des plaignants potentiels ou investiraient dans des moyens de prévention tels que les serres. En tout cas, la possibilité de poursuites inciterait les investisseurs à estimer au mieux les risques réels des OGM. La défense des paysans ne nécessite en aucun cas une interdiction de la production d’OGM et la destruction des plants ne peut qu’entraver le processus de découverte des risques qui y sont liés.

XAVIER MERA est chercheur associé à l’Institut économique Molinari




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