Lors du dernier sommet de l'OTAN, réuni début avril à Bucarest, la
Géorgie a été pendant quelques jours sous le feu des projecteurs. Ce
petit pays du Caucase, ancienne République socialiste dans le giron de
Moscou, espérait être invité à rejoindre le Membership Action Plan (MAP),
un préalable à son entrée dans l'Alliance Atlantique. Appuyant sa
candidature, le président géorgien Mikheil Saakachvili a rappelé
quelques éléments de la transition de son pays d'une économie
collectivisée et administrée vers une économie de marché. À de nombreux
égards, les résultats sont prometteurs. Parlera-t-on prochainement d'un
« miracle économique géorgien » comme nous parlions, il y a quelques
années, du « miracle économique estonien »?
Bien évidemment, tout n'est pas encore parfait dans ce pays qui
ambitionne de devenir « le Hong-Kong de la Mer Noire », selon les termes
de son ministre de l'Économie. Mais qui peut croire qu'il soit possible
d'effacer plusieurs décennies de communisme en seulement quelques
années?
Certaines parties de la population vivent toujours avec peu de revenus.
Une crise politique a secoué le pays en novembre 2007. De surcroît, la
Géorgie doit faire face à des problèmes géopolitiques majeurs liés
essentiellement à son indépendance encore récente. La corruption demeure
à un niveau élevé mais a très fortement diminué.
Selon la Banque Mondiale, le nombre d'entreprises dénonçant la
corruption comme un obstacle majeur à leur activité économique a chuté
de 60 % à 39 % entre 2002 et 2005. Plusieurs classements internationaux
ont salué les mesures entreprises par le gouvernement pour lutter contre
la corruption. Il s'agit là d'un premier indicateur des changements
importants à l'oeuvre dans le pays. Mais ce n’est pas le seul.
Pour mesurer toute l'importance de ceux-ci, revenons brièvement en
arrière. En novembre 2003, Edouard Chevardnadze, ancien ministre des
Affaires étrangères de l'URSS, est réélu à la présidence de la Géorgie
(qu'il occupe alors depuis 1992) au terme d'une élection truquée. Ses
opposants appellent la population de la capitale, Tbilissi, à descendre
dans la rue. Après plusieurs journées de troubles, il démissionne. C'est
la « Révolution des Roses ». Lors des élections organisées en janvier
2004, le leader de l'opposition, Mikheil Saakachvili, est élu. Symbole
important : dès son élection, le nouveau président fait appel à Mart
Laar, l'architecte du « miracle estonien », pour le conseiller. En
quelques mois, de profondes réformes économiques sont mises en place.
Nommé ministre de l'Économie après l'arrivée au pouvoir de Saakachvili,
Kakha Bendukidze a mis en place une vaste politique de privatisations.
De très larges pans de l'économie ont été mis sur le marché :
transports, production et distribution d'énergie, télécommunications,
infrastructures diverses. Si les objectifs sont atteints, plus de 1800
entreprises auront été privatisées entre 2004 et la fin de l'année 2008.
Les terres, très largement publiques, ont elles aussi été mises en
vente. Ces privatisations expliquent pour une large part la baisse de la
corruption. Car ainsi que l'explique Saakachvili, « le moyen le plus sûr
pour lutter contre la corruption, c'est de privatiser. Plus l'État est
petit, moins il y a de bureaucrates, et moins il y a des personnes à
corrompre ».
Depuis la Révolution des Roses, tout a été fait pour attirer les
investisseurs. L'environnement économique s'est considérablement
amélioré. Le pays connaît une croissance d'environ 9 % par an depuis
2004. Le nombre de formalités administratives et le poids de la
bureaucratie ont été fortement réduits. Le marché du travail a été
assoupli, notamment en facilitant les procédures de licenciement. Un
site internet en anglais,
www.investingeorgia.org, fournit aux investisseurs étrangers toutes
les informations nécessaires pour s'implanter en Géorgie, ou entrer au
capital des entreprises en cours de privatisation. Dans son rapport
Doing Business 2008 (qui classe les pays selon la facilité à y créer
et à y faire prospérer une entreprise), la Banque Mondiale place la
Géorgie au 18ème rang, bien devant la France, 31ème, ou l'Italie, 53ème.
En quatre ans, le pays a bondi de 119 places. Au cours de la même
période, le nombre d'entreprises a aussi été multiplié par quatre.
Les changements en matière fiscale sont également spectaculaires. En
2005, un nouveau Code fiscal a été mis en place. Il prévoyait un
abaissement des taux de très nombreux impôts et le remplacement de
l'impôt progressif par une flat tax. La Géorgie a ainsi rejoint
le club très restreint des pays qui, comme la Russie, la Slovaquie, la
Macédoine, la Serbie, les Pays Baltes, ou la Roumanie, ont fait le choix
d'un impôt à taux unique. Au 1er janvier 2008, l'impôt sur le revenu a
été augmenté à 25 %, compensant de fortes baisses de l'impôt sur les
bénéfices des sociétés et des charges sociales. En quelques années, la
fiscalité géorgienne est devenue l'une des plus attractive d'Europe
Centrale et Orientale. Le nombre d'impôts a été réduit de vingt-deux à
sept. Pour l'anecdote, le nombre de pages du nouveau Code fiscal est
inférieur de 95 % à celui du précédent.
En outre, la Géorgie a fortement abaissé ses barrières protectionnistes
pour se tourner vers le libre-échange. De très nombreux biens
d'équipement et matières premières sont déjà exonérés de droits de
douane. Le mouvement d'abolition des barrières douanières devrait se
poursuivre cette année. La question d'une intégration prochaine dans
l'Union Européenne partage le gouvernement. Certains, comme Kakha
Bendukidze, y voient une source inutile de réglementations, un facteur
d'uniformisation et, au final, un risque de sclérose.
Année après année, la transition de la Géorgie d'une économie
collectivisée vers une économie de marché s'opère. Les réformes
importantes qui ont été engagées ont permis de redresser le pays grâce à
un important dynamisme économique. Mais si de tels changements ont pu
être introduits en Géorgie ou en Estonie, pourquoi ne le seraient-ils
pas en France, ou ailleurs en Europe? Pourquoi ne permettraient-ils pas
de redynamiser d'autres économies qui en ont cruellement besoin?
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