Lors de sa conférence de presse du début janvier, Nicolas Sarkozy a
souhaité « que l'on réfléchisse à la suppression totale de la publicité
sur les chaînes publiques ». En outre, le président français a souhaité
la création d'une nouvelle chaîne publique, baptisée « France Monde »,
diffusant dans le monde un contenu exclusivement en français. De telles
annonces soulèvent la question du financement des chaînes publiques de
télévision et de la pertinence de leur modèle économique. Car en effet,
si le mode de financement actuel de l'audiovisuel public français
présente certaines incohérences, la solution avancée par le chef de
l'État en apporte de nouvelles.
Les chaînes de télévision publiques disposent aujourd'hui de deux
sources majeures de financement en France : la redevance audiovisuelle
et les recettes publicitaires. La première d'entre elles souffre
d'incohérences majeures et c'est paradoxalement la seconde qui va être
supprimée. D'un montant de 116€, la redevance est acquittée par les
foyers fiscaux disposant d'une ou de plusieurs télévisions. Elle permet
de couvrir environ 64 pc des recettes du groupe France Télévisions, qui
gère l'ensemble des chaînes publiques françaises, à l'exception d'Arte.
Bien que basée sur la possession d'une télévision, la redevance ne
finance pas uniquement le secteur télévisuel : Radio France, RFO, RFI ou
l'Institut national de l'audiovisuel (INA) bénéficient également de son
produit. Nous sommes face à une première incohérence. Une part du budget
des radios publiques provient d'une taxe conditionnée à la possession
d'une télévision. Ainsi, vous êtes obligé de financer des émissions de
radio même si vous ne les appréciez guère ou ne les écoutez jamais.
Le mode de financement des télévisions publiques présente également de
telles incohérences. Ainsi, une personne qui ne regarde que des chaînes
privées (dont le choix est aujourd'hui extrêmement large, avec le câble
et le satellite) finance les émissions des chaînes publiques qu'elle ne
regarde pas. Un tel modèle économique pour les médias publics ne permet
pas une réelle transparence dans la gestion de l'argent des
contribuables. En effet, chacun finance des services dont il peut ne
tirer aucun bénéfice.
Toute transparence véritable supposerait que chacun finance les chaînes
et les émissions qui présentent une valeur à ses yeux. À l'évidence, le
financement de l'audiovisuel public par la redevance ne permet pas
d'atteindre un tel degré de transparence. Au contraire, nous sommes en
présence d'une forme de financement déconnectée des désirs et des
satisfactions des téléspectateurs. Les revenus publicitaires présentent
au contraire l'avantage de la transparence. Chacun est libre de les
regarder ou non. Ils proviennent, dans leur grande majorité,
d'entreprises privées. Un tel mode de financement de France Télévisions
est indolore pour le téléspectateur-contribuable.
Paradoxalement, c'est donc le financement le plus transparent que
Nicolas Sarkozy entend supprimer. Le président français a souhaité que
la fin des revenus publicitaires soit compensée par « une taxe sur les
recettes publicitaires accrues des chaînes privées, et par une taxe
infinitésimale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de
communication, comme l'accès à l'Internet ou la téléphonie mobile ».
Cette nouvelle taxe – une de plus – déconnecte encore davantage le
financement de la télévision publique des préférences des
téléspectateurs. Ainsi, l'offre d'un service de télévision publique sera
partiellement rendue possible par une taxe sur les utilisateurs de
services radicalement différents, à savoir, par exemple, la téléphonie
mobile.
Mais en quoi l'achat d'un téléphone mobile ou l'accès à Internet
peuvent-ils justifier le paiement d'une taxe pour financer les chaînes
publiques de télévision ? Le problème fondamental de ce mode de
financement des chaînes publiques est la séparation complète qu'il
instaure entre le bénéficiaire d'un service et celui qui le finance. Le
financement de France Monde présentera de telles incohérences. Alors que
la chaîne sera majoritairement regardée à l'étranger, elle sera financée
par les contribuables français assujettis à la redevance.
Ainsi, la redevance télévisuelle ne permet pas une réelle transparence
dans la gestion de l'argent public, dans la mesure où elle induit un
vaste système de redistribution où de nombreux téléspectateurs financent
des chaînes (de télévision ou de radio) qu'ils ne regardent pas
nécessairement. La nouvelle taxe et la suppression de la publicité
proposées par Nicolas Sarkozy ne feront qu'amplifier les incohérences
d'un financement de la télévision publique déjà grandement contestable.
|