1) Pourquoi l'absence d'inflation est-elle une bonne chose?
La Banque centrale européenne (BCE) est censée gérer la monnaie commune, l'Euro. Or, d'un point de
vue économique, la monnaie est considérée comme un bien servant avant
tout d'intermédiaire généralisé des échanges. Elle constitue la base du
calcul économique, notamment à l'origine des décisions d'investissements
des entreprises. Les prix monétaires, issus des multiples échanges entre
les divers acteurs économiques (consommateurs, entreprises, etc.),
reflètent alors le plus exactement possible les évaluations subjectives
de ces derniers en ce qui concerne l'allocation des ressources à la
production des biens ou services.
La présence d'inflation ne permet pas à la monnaie de remplir
correctement ses fonctions dans l'économie. L'inflation, que la BCE est
susceptible de déclencher par une baisse des taux, distord les prix et
brouille le calcul économique en incitant notamment les entreprises à
investir dans des projets sans valeur ajoutée et dans des produits qui
ne trouveront pas preneur sur le marché (phénomène de malinvestissement).
L'inflation affecte aussi évidemment le pouvoir d'achat des ménages qui
la détiennent (on achète moins de biens et services avec la même somme
en euros : on parle de l'« impôt d'inflation » !) et l'épargne. Les
manipulations de la monnaie et l'inflation sont considérées pour ces
raisons, entre autres, comme les sources principales des cycles
économiques et des crises qui s'ensuivent, à l'image de celle des
subprimes ces derniers mois.
2) Y a-t-il une différence entre la mission de la BCE et celle de la
Réserve fédérale (Fed) aux États-Unis?
La stabilité est de loin la grande priorité de la politique monétaire de
la BCE, alors que ce n'est pas le cas pour celle de la Fed qui doit
veiller en premier lieu au potentiel de croissance à long terme (voir « Federal
Reserve Act: Section 2A – Monetary Policy Objectives »). La
stabilité des prix est présente dans les statuts de la Fed mais elle est
reléguée au second plan avec, entre autres, l'objectif de « maximum
d'emploi ». Par conséquent, la Fed est beaucoup plus dépendante des
pouvoirs politiques (qui peuvent influencer sa politique monétaire le
cas échéant) que ne l'est la BCE.
3) Pour le moment la BCE joue le statu quo du taux directeur à 4% :
est-ce bien ou pas, quel est l'impact des taux?
Le taux d'intérêt est un prix. Quand ce taux est fixé artificiellement
bas par la banque centrale, il s'ensuit un volume plus important de
monnaie et de crédits dans l'économie comparativement aux biens et
services disponibles. Les secteurs qui reçoivent ces crédits
supplémentaires en premier se retrouvent « dopés » par rapport à ce qui
aurait été autrement le cas et deviennent demandeurs de facteurs de
production supplémentaires auprès d'entreprises de secteurs connexes.
C'est ainsi que cette nouvelle monnaie se propage au sein de l'ensemble
de l'économie et provoque au passage une hausse des prix des différents
biens ou services et des différents facteurs de production. Les
préférences des consommateurs n'ayant pas changé, de très nombreux
projets d'investissements se retrouvent non rentables et source de
pertes, à terme, pour les entreprises qui les ont initiés.
Il est indispensable que ces projets, sans valeur ajoutée pour les
consommateurs, soient arrêtés. Si la BCE décide au contraire de baisser
de nouveau les taux, elle provoquera une nouvelle vague d'inflation et
permettra non seulement que soient poursuivis les projets à perte déjà
entrepris, mais poussera aussi à de nouveaux « malinvestissements ».
Plutôt que d'assainir l économie en laissant disparaître les projets non
rentables, la BCE se fait alors l'instrument de la distorsion des prix
et de l'activité économique au détriment de la majorité des
consommateurs.
4) Trichet n'a cessé de dire que la situation resterait telle quelle
à la BCE tant qu'il n'y aurait pas d'autre « effets secondaires ». Que
peut-on voir derrière cette phrase générique?
Il est probable que cela signifie que la crise du subprime aux
États-Unis ne justifie pas pour l'instant une manipulation du taux par
la BCE et que Monsieur Trichet attend de voir la tournure et l'ampleur
finale que cette crise finira par avoir. Si tel est le cas, cela
signifie que le directeur de la BCE envoie le signal qu'une manipulation
in fine des taux directeurs de la BCE et donc de la quantité de monnaie
en circulation dans l'économie n'est pas exclue à ce jour, comme moyen
selon elle d'amortir la crise. On a vu que cela ne ferait que
l'amplifier et retarder sa résorption.
5) La BCE peut-elle faire baisser le prix du lait, faire baisser le
prix du pétrole? Avec un euro fort n'a-t-on pas l'impression qu'on perd
du pouvoir d'achat, est-ce vrai, la BCE y est-elle pour quelque chose en
matière de parité euro/dollar?
La BCE n'est pas en mesure de faire baisser directement, à travers sa
politique monétaire, le prix d'un seul bien en particulier, comme le
prix du lait par exemple. En revanche, si l'euro est fort, cela signifie
qu'il s'est apprécié vis-à-vis des autres devises, comme c'est le cas
avec le dollar depuis quelque temps. Un euro fort limite ainsi, au lieu
d'exacerber, l'augmentation dans les prix des produits importés, par
exemple le pétrole. Si la parité euro/dollar n'avait pas changé, les
consommateurs et entreprises européennes auraient été obligés de payer
le pétrole (ainsi que les autres produits importés) beaucoup plus cher
que ce n'est le cas actuellement. Une monnaie « forte » (moins
inflationniste que les autres monnaies) préserve mieux le pouvoir
d'achat des ménages !
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