Le Conseil de la concurrence a infligé juste avant les fêtes de Noël,
le 20 décembre dernier, des amendes de 37 millions d'euros à différents
fabricants et distributeurs de jouets en France. Ceux-ci ont été accusés
dans une affaire présumée d'« entente sur les prix » jugés identiques
d'une enseigne à une autre. Au-delà de ce verdict et des amendes
infligées, c'est en réalité la réglementation actuelle en France –
contrairement à d'autres pays – qui est anticoncurrentielle et qui
paralyse les entreprises voulant faire mieux que leurs concurrents.
C'est elle qui pénalise in fine les consommateurs.
Pourtant, l'association française de consommateurs, UFC-Que Choisir,
n'a-t-elle pas prétendu avoir fait une enquête en 2006 et en 2007 sur
certains jouets montrant que leurs prix seraient quasi-identiques d'un
magasin à un autre?
De même, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et
de la répression des fraudes (DGCCRF), a conseillé au Conseil de la
concurrence d'infliger l'amende à Lego et à Carrefour pour avoir mis sur
pied une opération baptisée « Carrefour rembourse 10 fois la
différence ». Or, celle-ci a été accusée d'avoir permis à Lego de
surveiller si les prix de ses jouets vendus par les autres enseignes
étaient les mêmes ou pas.
Bref, il y a eu toute une campagne pour nous faire croire que
l'existence sur le marché d'un prix unique pour un produit signifierait
absence de concurrence et nécessité d'intervention de la part des
pouvoirs publics.
Un tel raisonnement est pourtant bien trompeur.
D'une part, l'existence en soi d'un prix unique n'est pas en effet
contraire à la libre concurrence et cela pour plusieurs raisons.
Ainsi, même si le prix affiché semble identique d'un magasin à un autre,
il existe souvent des différences dans les services accessoires offerts
ou dans le prix réel que les consommateurs doivent débourser. Des
enseignes n'hésitent pas en effet à offrir des services de conseil ou
des programmes de paiement différents (en plusieurs fois, sans frais,
etc.) et à pratiquer des programmes de fidélisation, incluant des bons
de réduction ou remises et rabais pour les clients. À l'image de
Carrefour, entre autres, qui offre 25 % de réduction sur une centaine de
jouets aux détenteurs de sa carte de fidélité. Conclure, en regardant
les étiquettes dans les rayons, que les jouets reviennent au même prix
pour les consommateurs, c'est aller vite en besogne.
Mais, même si le prix au consommateur d'un jouet en particulier
s'avérait effectivement identique dans les différents points de vente,
cela n'est nullement un obstacle à la concurrence qui provient notamment
des jouets de fabricants de marques concurrentes.
Si jamais le prix d'un jouet est trop élevé, ces concurrents
n'hésiteront pas à proposer des prix compétitifs pour attirer les
consommateurs et gagner des parts de marché. Lego est ainsi en
concurrence avec les autres fabricants de jeux de construction, comme le
canadien Mega Bloks. Et les jeux de construction eux-mêmes sont en
concurrence avec les autres types de jeux et de jouets pour attirer le
budget des parents. Prétendre, en présence d'un « prix unique », que
« la concurrence n'est qu'une vaste fumisterie » à l'image d'UFC-Que
Choisir, ignore à l'évidence la nature même de la concurrence.
Enfin, la libre concurrence est basée sur le respect des droits de
propriété et des contrats dans l'économie. Il n'y a donc rien d'anormal
que des fabricants – quel que soit le secteur – puissent parfois vouloir
garder le contrôle sur les prix au détail de leurs produits.
Tel est le cas de tout fabricant verticalement intégré qui vend
directement au consommateur, à l'image de Dell ou même de Lego – qui a
déjà ouvert ses propres magasins dans plusieurs pays –, permettant aux
consommateurs de pouvoir acheter leurs produits sans intermédiaires. Si
les ententes sur les prix devaient être bannies, la vente directe au
consommateur dans laquelle les fabricants fixent automatiquement leurs
propres prix devrait donc en toute logique l'être aussi!
Mais, d'autre part, le plus important reste que la décision de
poursuivre l'industrie du jouet du fait de la présence de prix
identiques est d'autant plus absurde que de tels prix – même quand
fournisseurs et distributeurs ne les veulent pas pour mieux satisfaire
les consommateurs – sont en fait le résultat d'une autre réglementation
française. La loi Galland, qui réglemente les relations entre
fournisseurs et distributeurs depuis 1996, fixe des prix « planchers »
interdisant aux distributeurs, notamment les grandes surfaces, de vendre
moins cher. Elle interdit aussi la « discrimination tarifaire »: des
conditions de vente différentes de la part des fournisseurs peuvent
ainsi faire l'objet de poursuites.
Pour ne pas être poursuivis, les fournisseurs ont donc tendance à
pratiquer les mêmes prix « planchers », les mêmes rabais et les mêmes
conditions de vente. Pourquoi, en tant que fournisseur, concéderiez-vous
des avantages et des prix plus bas à un distributeur, si les autres
distributeurs peuvent exiger par la loi les mêmes conditions favorables?
De même, pourquoi, en tant que distributeur, négocieriez-vous de
meilleurs prix de vente pour vos clients si n'importe lequel de vos
concurrents peut obtenir les mêmes conditions favorables en invoquant
une « discrimination tarifaire »?
Ainsi, c'est la réglementation et l'incertitude qu'elle crée qui
empêchent en réalité la concurrence entre les différents distributeurs
de négocier des prix plus bas et de meilleures offres pour les
consommateurs.
La réglementation à laquelle les fournisseurs et les distributeurs
doivent se soumettre aujourd'hui en France est finalement bien
kafkaïenne. D'abord on les pousse à ne pas proposer des tarifs
différents car susceptibles de tomber sous la sanction de la loi
Galland. Puis on les accuse de s'entendre sur les prix, et c'est le
Conseil de la concurrence qui se charge de les poursuivre.
Ainsi, ce n'est pas un hasard si, comme le remarque l'OCDE, la France –
contrairement à la Suisse – est parmi les pays qui réglementent le plus
leur commerce de détail. Une réglementation qui finit par pénaliser les
consommateurs.
Pour offrir des jouets de meilleure qualité et moins chers à nos
bambins, le Père Noël n'a pas besoin d'une réglementation ou d'une
intervention bureaucratique de plus dans une industrie déjà
surréglementée, mais au contraire d'une réelle déréglementation!
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