« Il faut appliquer le principe de précaution ! », « Il faut interdire
les OGM ! », « L’homme est coupable du réchauffement climatique ! »,
..., c’est tout juste si la planète n’est pas perdue pour nos enfants…
Cécile Philippe, avec son essai C’est trop tard pour la planète,
s’inscrit en faux contre ces idées reçues de la « pensée unique » et
nous délivre un message rafraîchissant.
Journaliste, Cécile Philippe est une jeune économiste de 32 ans. Elle
dirige l’Institut économique Molinari (Bruxelles) et siège au Conseil
d’administration de l’Institut Constant de Rebecque (Lausanne).
Utilisant un langage « clair, simple mais jamais simpliste », comme s’y
engage le manifeste « Idées fausses, vraies réponses » dont elle est
signataire, faisant le pari, avec Keynes, « qu’une idée bien exprimée,
qu’elle soit vraie ou fausse, pouvait changer le cours de l’histoire »,
Cécile Philippe aborde sans détour ces sujets qui fâchent sans sombrer à
aucun moment dans la polémique.
Comme usuellement l’éditeur se laisse emporter par l’emphase dans la 4e
de couverture en annonçant que « pour la première fois, un livre clair
et concret permet de démêler le vrai du faux dans la multitude de
propositions qui circulent »… Les lecteurs de Science... et
pseudo-sciences sont bien placés pour savoir que ce « pour la
première fois » est de trop puisque nous avons déjà signalé de tels
ouvrages, à commencer par l’incontournable The March of Unreason
de Dick Taverne déjà commenté par Yann Kindo puis par Jean Günther, mais
il n’empêche que l’essai de Cécile Philippe, d’ambition plus modeste,
mérite d’être remarqué à plusieurs titres.
Tout d’abord, comme déjà pointé, Cécile Philippe pratique l’exercice
difficile de la dénonciation non polémique des idées jugées, à juste
titre selon la plupart d’entre nous, dangereuses. C’est ainsi notamment
qu’elle pointe le caractère conservateur si ce n’est réactionnaire de la
version mise en pratique du principe de précaution (Chapitre 1) ou
qu’elle remet les pendules à l’heure de façon synthétique sur le dossier
toujours brûlant des OGM (Chapitre 2). Je signalerai tout
particulièrement une bien stimulante comparaison que je n’avais encore
jamais lue avec les inquiétudes qu’a suscitées l’introduction de la
pomme de terre dans la France du XVIIIe siècle (p. 45-47).
Ensuite, elle use d’une langue claire et limpide. Et enfin, last but
not least, Cécile Philippe, comme toute économiste qui se respecte,
référence de façon précise tous les emprunts et citations qu’elle
mobilise dans son argumentation. Cela peut sembler élémentaire, et cela
devrait l’être, mais force est de constater pour celles et ceux qui
partagent avec nous la prudente habitude de vérifier et recouper leurs
sources, que dans la multitude des ouvrages apologétiques ou critiques
de l’écologie politique, l’imprécision et l’approximation, y compris par
des auteurs autrement plus célèbres, sont malheureusement la règle.
Il est néanmoins un étonnement qu’il est difficile de cacher, surtout au
terme de trois chapitres balayant les idées dominantes sur la fin du
pétrole (Chapitre 3), la composante anthropique du réchauffement
climatique (Chapitre 4) ou les gaz à effet de serre (Chapitre 5) :
l’auteure réalise le difficile exploit de ne jamais évoquer ne serait-ce
que l’existence d’une filière énergétique électronucléaire. C’est ainsi
que nous devrons nous contenter de lire que « de la même façon que le
charbon a succédé au bois et le pétrole au charbon, il est possible
qu’une nouvelle énergie remplace le pétrole si elle présente des
avantages supérieurs » (p. 65). Ce choix éditorial non assumé puisque
non explicite signe une stratégie d’évitement qui me paraît la seule
mais notable faiblesse réelle de ce livre.
D’aucuns ne manqueront pas, par ailleurs, de faire remarquer, en le
regrettant, que, comme Dick Taverne, Cécile Philippe ne souscrit pas à
l’autre critique politiquement correcte suivant laquelle le système
capitaliste et la recherche du profit conduiraient « inexorablement à la
destruction de l’environnement » (Chapitre 6) et qu’elle défend a
contrario une posture libérale assumée, faisant du respect des
droits de propriété et de la responsabilité individuelle qui en résulte
la pierre angulaire des politiques publiques auxquelles elle souscrit.
C’est ainsi que de façon logique Cécile Philippe conclut (Chapitre 7) :
« Il y a de bonnes raisons de penser que les échanges non entravés et
encadrés par la responsabilité individuelle sont certainement la
meilleure façon de créer une société riche et prospère au sein de
laquelle la qualité de l’environnement pourra continuer à s’améliorer.
La surenchère de scénarios catastrophes et les solutions généralement
défendues pour y répondre pourraient aussi conduire à l’appauvrissement
de tous et à des conditions de vies inférieures pour les générations
futures » (p. 150).
Certains, bien entendu, développeront de « bonnes raisons » de tirer des
conclusions politiques un peu différentes, voire franchement contraires,
mais telle est la richesse du débat démocratique. Nous ne pouvons que
nous féliciter que les formations politiques se préoccupent de l’impact
de l’avancement des sciences et des techniques sur la société et
réfléchissent aux moyens de mobiliser ces connaissances scientifiques et
maîtrises technologiques croissantes au bénéfice de l’amélioration de
nos conditions d’existence. Nous ne pouvons que nous féliciter que
d’aucuns, à l’image de Dick Taverne ou de Cécile Philippe, mais à
l’image aussi de Claude Allègre – pour évoquer un autre ouvrage récent
témoignant d’une sensibilité politique différente –, entendent aborder
ces questions politiques essentielles en instruisant sur la base des
faits, et non sur la base de mythes ou de fantasmes.
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