Le gouvernement français a annoncé que 22 700 postes de fonctionnaires
partant à la retraite ne seront pas remplacés en 2008, soit un tiers ou
un quart des départs à la retraite selon le périmètre retenu. Cette
démarche suscite de l’animosité de la part des syndicats de la fonction
publique, mais aussi des tiraillements au sein de la majorité.
Christine Lagarde, ministre de l’Économie, a défrayé la chronique en la
présentant comme un « plan de rigueur ». Claude Guéant, le secrétaire
général de l’Élysée a jugé nécessaire de corriger le tir dès le
lendemain, en assimilant les projets du gouvernement à un « plan de
revalorisation » de la fonction publique. Dans la semaine qui a suivi,
François Fillon, le Premier ministre, et Eric Woerth, le ministre du
Budget ont, eux aussi, cherché à minimiser les propos de la ministre.
Que penser de cette cacophonie ? Dans un contexte de déficit public
structurel, est-il sérieux de parler de « rigueur » ou a contrario
de « revalorisation » ? Rien n’est moins sûr. Le non remplacement d’un
fonctionnaire à la retraite ne permet pas nécessairement de faire des
économies. En effet, l’agent partant à la retraite reste à la charge de
l’État, qui lui verse une pension équivalente à 75 % de son dernier
salaire d’activité.
L’économie potentielle est donc au maximum de 25 % du dernier salaire,
si le partant n’est pas remplacé. Ce ne sera cependant pas le cas, le
gouvernement ayant d’ores et déjà annoncé le remplacement de 2/3 des
fonctionnaires partant à la retraite en 2008. En faisant l’hypothèse que
les partants seront remplacés par des jeunes recrues deux fois moins
rémunérées, l’équation budgétaire sera dégradée. En effet, le coût des
embauchés fera plus que compenser les économies réalisées suite aux
départs à la retraite. .
Christine Lagarde et Claude Guéant se trompent donc tous les deux. Il ne
sera pas possible de gérer les comptes publics avec « rigueur » l’an
prochain, qui plus est en « revalorisant » les carrières de
fonctionnaires. Avec 85 000 départs à la retraite en 2008, les dépenses
de personnel et les pensions vont continuer d’augmenter. La seule
question est de savoir si elles vont le faire à un rythme plus ou moins
important que les années précédentes.
Depuis 1994/1995, l’emploi dans la fonction publique d’État a augmenté
de 7,5 % en 10 ans et le nombre de pensionnés a cru de 26,8 %. Le nombre
d’actifs et de retraités à la charge de l’État est passé de 3,8 millions
à 4,4 millions. C’est ainsi que, la part des dépenses de personnel dans
le budget (hors charge de la dette) est passée de 47 % en 1996 à 52 % en
2006, ce qui atteste d’un emballement des dépenses.
Dans un contexte d’emploi à vie des fonctionnaires et de non
provisionnent de leurs retraites, conjugué à un déficit structurel dont
la charge augmente, le gouvernement a mieux à faire que de s’opposer sur
des points de sémantique.
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