Le 17 septembre dernier, la Cour européenne de justice (CEJ) a annoncé
le verdict final concernant le cas de la société Microsoft condamnée en
mars 2004 par les autorités antitrust de la Commission européenne.
Celle-ci reproche à la société d'avoir intégré un lecteur multimédia
dans son système d'exploitation Windows et ainsi d'abuser de sa position
dominante sur ce marché des lecteurs. La condamnation de 2004 a consacré
une vision caricaturale de la concurrence et il faut espérer, au nom des
consommateurs, que la décision finale la renversera.
La concurrence est dynamique et ne correspond pas en cela à la
conception qu'en ont les autorités antitrust. Pour ces dernières et
conformément au modèle de concurrence pure et parfaite, la concurrence
n'existe que si de nombreux producteurs agissent sur un marché bien
défini et s'ils sont incapables d'influencer le prix, aussi bien à la
hausse qu'à la baisse. Dans ces conditions, la concurrence fonctionne
correctement et les consommateurs en tirent le bénéfice maximum.
C'est dans cette vision des choses – où l'innovation et la prise de
risque par les entrepreneurs pour lancer de meilleurs produits et gagner
des nouveaux clients sont absentes – que la notion de part de marché
prend une importance cruciale puisque c'est grâce à cette mesure que les
autorités en charge de veiller à la bonne concurrence vont pouvoir
identifier si un acteur est trop «puissant» sur un marché quelconque, à
un moment donné, et de l'accuser le cas échéant d'abuser de sa position
jugée dominante.
Répondre aux besoins des consommateurs
Ce qui est toujours reproché in fine à un acteur seul sur un
marché, c'est de pouvoir réduire la production et ainsi augmenter à sa
guise les prix et donc de nuire aux consommateurs. Cela ignore le fait
que si le producteur agit de la sorte – et en l'absence de barrières
légales à l'entrée – il crée autant d'opportunités de profit pour
d'autres producteurs qui auront alors intérêt à entrer sur le marché et
de contrecarrer ainsi les plans du producteur unique. Plus encore, il
est parfois normal d'avoir un seul acteur dans un secteur capable de
répondre au mieux à toute la demande.
Pourquoi? Parce qu'il faut bien réaliser que pour que plusieurs acteurs
soient présents sur une niche, des ressources rares (main-d'oeuvre,
machines, équipements, matières premières, etc.) doivent être prises
ailleurs, là où elles contribuent à augmenter la production et baisser
les prix. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que pour les
consommateurs, il peut être plus urgent de produire ces autres biens que
de maintenir des prix bas dans la niche du producteur unique. Si ce
dernier se maintient seul sur un marché sans l'aide de réglementations
spécifiques à son égard, c'est simplement que les ressources nécessaires
pour ajouter un producteur sur ce marché sont plus utiles ailleurs.
C'est ainsi que fonctionne la concurrence et c'est pour cette raison que
les marchés peuvent avoir des configurations très différentes – avec un
nombre plus ou moins important de producteurs, voire un seul – et qu'ils
ne sauraient se conformer à la vision étriquée que veut lui calquer le
modèle cher aux autorités antitrust. La décision de la Cour européenne
de justice est donc importante car elle pourrait inciter la Commission à
tenir compte du fonctionnement réel de l'économie et à cesser de
poursuivre bon nombre d'entreprises sur la base de conceptions erronées.
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