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En matière d’environnement, faisons confiance aux propriétaires (2e partie)

Cécile Philippe – 12 juillet 2007
Ce texte a été publié dans le numéro d’avril 07 de la revue Propriété privée rurale.


<<< Première partie

L’exemple africain

Ces éléments liés à la propriété et à son exercice ont des effets très positifs, comme le montrent les exemples du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Afrique du Sud. Les choses ont changé depuis 2000, mais il s’avère qu’au cours des quarante dernières années, alors que les animaux sauvages dans ces pays étaient en voie d’extinction, comme les rhinocéros, les léopards, ils ont connu un renouveau. Il faut dire que la colonisation avait entraîné une nouvelle gestion des ressources, avec l’agriculture intensive sur les terres humides et fertiles et l’élevage du bétail. En même temps, le problème de l’extinction des animaux sauvages se posant déjà, des parcs nationaux avaient été mis en place ainsi qu’un contrôle de la chasse, ce qui se pratique dorénavant dans tous les pays du monde, en particulier dans le pays considéré comme le plus libéral : les États-Unis, qui compte le plus grand nombre de parcs nationaux pour gérer la faune et la flore, mais dont les résultats ne sont pas toujours excellents.

Toujours est-il que ces réglementations ont eu des effets très pervers comme l’illustre l’exemple du Zimbabwe. Les éleveurs, n’ayant aucun moyen de tirer profit de la présence des animaux sauvages qui constituaient au contraire une menace pour leur bétail, ont commencé à les exterminer eux-mêmes pour protéger leurs élevages. Les chasseurs, qui ne pouvaient chasser sur leurs terres que pendant des périodes limitées, chassaient sur les terres publiques, aggravant le problème en exterminant les animaux de trophée. Progressivement, on a assisté à la disparition de ces animaux jusque dans les années 1960, puis 1979, quand au Zimbabwe, les pouvoirs publics ont rendu aux propriétaires le total contrôle de la gestion des animaux sauvages. C’est alors qu’ils se sont lancés dans l’industrie touristique du safari, qui connaissait déjà un grand succès au Kenya. Dans les années 2000, toutes les espèces rares, les girafes, les rhinocéros, les éléphants étaient de nouveau présents dans ces régions.

Responsabiliser pour valoriser et préserver

Quand une ressource présente de la valeur, le marché, fondé sur les droits de propriété, ne manque pas de les valoriser. Dans le droit de propriété, il existe deux volets. Le premier est que chacun est propriétaire de son bien et a une incitation à le valoriser. Le second est que le droit de propriété crée des garde-fous très clairs à la pollution engendrée sur la propriété des autres, au risque de nuire à ces propriétés et de devoir compenser ces nuisances.

Sur le premier point, lorsqu’on garantit aux propriétaires le droit de bénéficier de leurs investissements, c’est le meilleur cadre institutionnel pour le développement personnel et économique, et qui permet de préserver et de valoriser les ressources. La surexploitation, l’épuisement des ressources n’est pas une caractéristique de l’économie de marché, mais une caractéristique de l’accès libre aux ressources que l’on appelle en économie la fameuse « tragédie des communs », développée dans un article de 1968 par Garett Hardin qui donne en exemple ce champ de fourrage laissé en libre accès à tous les éleveurs d’un village qui vont y faire paître leurs troupeaux.

Ceux-ci ne sont nullement incités à limiter la quantité de têtes sur le champ parce qu’ils n’y ont pas intérêt, étant donné la gratuité. Le résultat est qu’ils utilisent cette ressource sans essayer de la préserver.

Évidemment, aujourd’hui, quantité d’exemples de ce type existent. Le fait que les océans n’appartiennent à personne ne donne aux pêcheurs aucune incitation à limiter leur pratique, même s’ils risquent de tarir la ressource. Même chose pour l’eau et les propriétaires fonciers connaissent la problématique des captages d’eau. Dans beaucoup de pays, l’eau n’est jamais valorisée à son juste prix. On assiste à d’importants gaspillages et à de véritables conflits sur la gestion de l’eau.

Le droit de propriété fait que les gens n’auront pas intérêt à abuser d’une ressource de crainte qu’autrui ne le fasse à leur place. Certes, il ne va pas empêcher la consommation des ressources, que d’aucuns pourront considérer comme une dénaturation de l’environnement. Mais il va inciter les individus à agir de façon avisée, pour éviter de compromettre la valeur de leur bien. La valeur d’un champ ou d’une forêt dépend de ce qu’ils pourront produire dans le futur.

Leur prix est égal à la valeur espérée de leurs rendements futurs. Surexploitées, ces ressources perdent de la valeur. C’est ainsi qu’indépendamment de toute réglementation, les individus ont intérêt à ne pas surexploiter les ressources rares qui leur appartiennent.

Le deuxième aspect, tout aussi important, est que le droit de propriété confère à son propriétaire le droit d’utiliser une ressource et de l’échanger, mais il est limité par le droit que les autres exercent sur leur propre propriété. Avec la propriété vient la responsabilité et en particulier celle de ne pas nuire à la propriété d’autrui. Ce système de marché n’est pas sans garde-fou, bien au contraire ; il rend responsables les individus des pollutions qui pourraient endommager la propriété d’autrui et les incite donc à produire sans nuire à celle-ci.

Pour conclure, les droits de propriété fournissent les incitations et la souplesse nécessaires à la créativité des hommes pour qu’elle leur profite et qu’elle profite aux générations futures. La nature se porte mieux lorsque les gens peuvent se consacrer à la poursuite de leur intérêt dans un contexte où ils sont tenus responsables de leurs actions, mais où ils sont également libres d’innover.

 

Cécile Philippe, directeur général, Institut économique Molinari

 

Institut économique Molinari