Le Quotidien : L'an dernier, l'OPA de Mittal Steel sur
Arcelor a été très mal accueillie. Tant par les dirigeants du groupe
Arcelor que par le pouvoir politique. Les OPA sont-elles vraiment un
danger?
Cécile Philippe : Non. Je dirais même que sur le marché, les
offres publiques d'achat ont un rôle extrêmement important à jouer. Et
la vive polémique qui a entouré cette OPA n'a fait qu'obscurcir le
débat. C'est dommage.
LQ : Comment définiriez-vous ce « rôle important »
des OPA?
C. P. : C'est simple : les OPA sont un outil
indispensable pour discipliner les dirigeants d'entreprise. Les grandes
entreprises rassemblent différentes unités, branches ou départements
dont certaines peuvent être plus profitables que d'autres. Il revient
alors aux managers d'identifier les branches rentables de celles qui ne
le sont pas. S'ils faillissent à cette tâche, ils risquent de mettre fin
à leur emploi en étant rattrapé par un concurrent qui aura su discerner
les problèmes et ne tolérera pas qu'ils subsistent.
LQ : C'est ce qui s'est passé avec Arcelor?
C. P. : Oui. En faisant connaître publiquement aux
actionnaires d'Arcelor son souhait d'acquérir leurs titres, M. Mittal a
révélé au marché qu'il pensait connaître des recettes plus efficaces
pour gérer Arcelor. Par conséquent, on a ainsi appris que les anciens
dirigeants de la société ne géraient pas nécessairement l'entreprise de
la façon la plus rentable. Lakshmi Mittal est l'un des acteurs les plus
dynamiques dans le secteur de l'acier. À plusieurs reprises, il a montré
sa capacité à innover. Il n'a jamais hésité à investir là où les autres
sidérurgistes n'allaient pas. Ses prouesses dans le domaine de la
sidérurgie et son intérêt pour Arcelor pouvaient laisser penser qu'il
avait aussi trouvé dans le cas de cette entreprise des méthodes
innovantes de management capables d'améliorer la rentabilité de
l'entreprise.
LQ : Le pouvoir politique avait-il à intervenir dans
cette opération?
C. P. : Non. En rendant plus difficile le rachat des
entreprises, le pouvoir politique nuit au processus de transfert de la
propriété et du contrôle du capital dans des mains plus expertes. Ce
processus est peut-être redouté par les personnes en place, mais il est
toujours favorable aux actionnaires et au plus grand nombre des
consommateurs.
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