Il n’y pas plus en vogue que le concept de développement durable. On
célèbre déjà « sa semaine » et il aura bientôt sa chaîne de télévision
en France. Jeune, le concept s’affiche aujourd’hui dans les discours
écologiques, politiques et aussi dans celui des entreprises. Aussi
porteur soit-il, sa définition reste vague et sa mise en oeuvre recouvre
des solutions fort usées : celles de la réglementation, de la taxation et
de l’interdiction. Or, loin de favoriser notre environnement, elles
pourraient bien s’avérer pires que les maux qu’elles cherchent à
résoudre.
Dans sa définition officielle (rapport Brundtland de 1987), le
développement durable est défini de manière bien large comme « un
développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la
capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Cette
définition floue a ensuite inspiré une kyrielle de protocoles, décrets,
directives qui tous consacrent la solution réglementaire. Il est
considéré que la Terre a été saccagée par l’activité humaine et que pour
sauver la planète, il faut davantage contrôler les individus et les
empêcher d’agir. D’où l’avalanche de nouvelles réglementations. À lui
seul, l’Agenda 21 adopté au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992
comprend 2500 recommandations concernant les problématiques liées à la
santé, au logement, l’air, les mers, les forêts, les montagnes, etc.
Il est vrai que l’activité humaine peut conduire à des désastres
environnementaux et humains comme celui de Tchernobyl, mais on aurait
tort de croire qu’ils sont l’aboutissement logique et inéluctable de
l’action des hommes. En effet, il est peut-être utile de rappeler que
ces crises se produisent généralement dans des situations particulières:
celle où la liberté économique n’est pas respectée et où règne l’absence
de responsabilité individuelle.
En effet, un système qui consacre la responsabilité individuelle par une
définition stricte des droits de propriété laisse éclore l’initiative
individuelle et le dynamisme entrepreneurial. Les propriétaires d’une
ressource sont incités à agir de façon avisée, pour ne pas compromettre
la valeur de leur bien. Cependant, une stricte définition des droits ne
comprend pas que des avantages pour ce propriétaire. Ce dernier est, en
effet, tenu responsable de tous les inconvénients que l’utilisation de
la ressource pourrait avoir sur la propriété d’autrui.
Il est donc clair qu’il faut contrôler les individus dans leurs
agissements mais tous les contrôles ne sont pas bons à prendre. Les
réglementations, les interdictions font fi de la responsabilité
individuelle et de la très forte contrainte qu’elle fait peser sur les
agissements des uns et des autres. D’une certaine façon, on peut se
réjouir que ces solutions soient une nouvelle mode car si elles avaient
sévi, il y a plusieurs décennies, nous ne bénéficierions sans doute pas
de toutes les innovations qui ont permis aux populations dans les pays
développés de vivre plus longtemps, d’accéder à une eau relativement
saine, de voir la qualité de l’air s’améliorer dans les grandes villes
et de constater un renversement de tendance dans la couverture
forestière.
Ces données n’ont rien de farfelu. Elles sortent toutes des statistiques
officielles qui indiquent que l’espérance de vie – pendant longtemps
inférieure à 30 ans – est aujourd’hui en Europe de 78 ans et en Afrique
de 52 ans. Que grâce à la construction des égouts et une meilleure
gestion des déchets organiques et des bactéries, la qualité de l’eau
s’est substantiellement améliorée. Que dans les années 60 – avant
l’introduction de réglementations (Clear Air Act aux États-Unis)
– le problème des fumées et des suies était pratiquement résolu avec le
remplacement du charbon et du bois par des énergies plus propres. Que
grâce aux formidables gains de productivité réalisés en agriculture, au
remplacement du bois par les métaux, les plastiques et le ciment comme
matériau de construction, la reforestation est une réalité dans près
d’une soixantaine de pays.
Le risque qu’il y a à vouloir trop favoriser la voie du contrôle
bureaucratique, c’est d’asphyxier les bonnes volontés et
déresponsabiliser les individus et ainsi se priver des multiples progrès
qu’ils auraient sinon prudemment mis à la disposition de leurs
congénères. L’homme n’est ni un pollueur ni un irresponsable par nature!
Si on le contraint à respecter la propriété d’autrui, il est aussi un
formidable créateur de ressource comme l’indique le fait que par son
inventivité, on a encore une quarantaine d’années de consommation de
pétrole devant nous, alors que cela fait plus de 100 ans que l’on nous
annonce sa fin imminente.
La responsabilité individuelle n’a pas son pareil pour favoriser
l’innovation prudente, le progrès choisi, la technologie avisée.
Sophistiquée, elle n’empêche pas la création mais incite à la prudence,
au risque de se voir gravement et lourdement puni. Ce phénomène est
visible au sein des entreprises qui investissent des millions dans leur
image de marque et veillent scrupuleusement à leur réputation.
Leurs dirigeants devraient cependant comprendre que ce développement
durable, elles le portent depuis toujours (sauf quand elles essayent de
s’exonérer de leur responsabilité). En effet, il a toujours été dans
l’intérêt des entreprises sur un marché concurrentiel de faire plus avec
moins de ressource. C’est pour cette raison qu’elles ont une forte
incitation à développer de nouveaux usages pour leurs déchets plutôt que
de les rejeter à perte dans la nature. Marx et Engels dans Le Capital
dépeignent ainsi « l’acharnement fanatique des capitalistes à économiser
les moyens de production ».
Bien qu’il soit difficile d’être opposé par principe à l’idée générale
d’un développement durable, ce sont les solutions réglementaires visant
à l’assurer qui risquent au contraire de nous en éloigner.
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