Le moins que l’on puisse dire, c’est que Cécile Philippe, docteur en
économie de l’Université de Paris Dauphine et fondatrice de l’Institut
économique Molinari, (www.institutmolinari.org),
sorte de think tank d’inspiration américaine dont l’objectif est
d’analyser les politiques publiques en France et au niveau européen, ne
craint pas la polémique.
En effet, dans son ouvrage « C’est trop tard pour la terre »,
édité en mars 2007 chez JC Lattès dans la collection « idées fausses,
vraies réponses », Cécile Philippe s’interroge avec brio sur la
pertinence de quelques-uns des principaux dogmes actuels. Elle passe
ainsi en revue le principe de précaution, le réchauffement climatique,
les OGM, la fin du pétrole, le protocole de Kyoto et le développement
durable. Occasion pour elle de démêler le vrai du faux, de démonter
« l’alarmisme environnemental » et surtout de mettre en garde contre les
« politiques qui surfent avec enthousiasme et démagogie sur la vague
écolo ». Car pour Cécile Philippe, « les remèdes proposés sont souvent
construits autour de mythes qui risquent même de nous engager sur une
fausse route, nuisible à la qualité de notre environnement ».
Dans son livre, l’auteur conteste surtout le concept d’une prétendue
opposition entre l’homme et la nature, idée maîtresse de la pensée
écologiste. Cependant, là où elle se singularise, c’est dans sa
conviction que l’amélioration de la qualité de notre environnement tient
autant au progrès technique qu’au choix du système économique. Et selon
Cécile Philippe, il faut davantage faire confiance aux lois de
l’économie du marché qu’aux réglementations à outrance.
« Contrairement aux idées reçues, économie de marché et environnement ne
sont pas antinomiques, loin de là », explique-t-elle, prenant même Karl
Marx à témoin. Le père du socialisme ne notait-il pas déjà
« l’acharnement fanatique des capitalistes à économiser les moyens de
production », y compris lorsqu’il s’agit d’économiser les matières
premières ? « Le système capitaliste peut aussi inciter à l’amélioration
de l’environnement, car le marché récompense les entreprises les plus
efficaces et novatrices en la matière », poursuit-elle.
S’opposant clairement aux thèses malthusiennes, dont les adeptes actuels
se font aujourd’hui les champions de la décroissance, Cécile Philippe
rappelle que déjà en l’an 200, le théologien et moraliste chrétien
Tertullien écrivait : « Nous sommes un poids pour le monde, les
ressources suffisent à peine à combler nos besoins, lesquels exigent de
grands efforts de notre part, sans compter les plaintes qui viennent de
partout, alors que la nature ne parvient déjà plus à nous nourrir. » Et
pourtant, « en dépit de toutes les prévisions alarmistes – et elles ont
été nombreuses –, nous bénéficions encore de ressources abondantes »,
souligne-t-elle.
Dans la lignée de l’école des penseurs libéraux comme Carl Menger,
Ludwig von Mises, Murray Rothbard et Henry Hazlitt, l’économiste propose
de « laisser les individus organiser leur avenir » plutôt que de les
soumettre à d’innombrables réglementations et traités. Car les
entreprises privées, les individus et le marché n’ont pas attendu
Nicolas Hulot ou José Bové pour s’interroger sur l’environnement et
mener les recherches fondamentales à l’origine « des innovations
technologiques qui améliorent grandement notre qualité de vie et notre
environnement », ajoute-t-elle.
Un livre qui témoigne d’une confiance bien déroutante dans ce pays de
pessimisme écologiste.
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