Alors que les ventes de Vista semblent progresser plus vite que prévu,
Bruxelles a franchi une nouvelle étape dans son tour de force face à
Microsoft sous prétexte de protéger la concurrence. Après des amendes
record de plusieurs centaines de millions d’euros et une obligation de
divulguer des informations stratégiques à ses concurrents, la Commission
européenne s’oriente vers un contrôle des prix de ces informations. Bien
que certains concurrents puissent y trouver leur compte, toutes ces
mesures se font en réalité au détriment du principe de la libre
concurrence et des consommateurs.
En dépit du délai supplémentaire accordé à Microsoft, qui a finalement
jusqu’au 23 avril pour corriger le tir, la volonté de la Commission
d’influencer les prix des interfaces d’interopérabilité comporte
plusieurs effets pervers directs.
D’une part, dans un cadre de libre concurrence, ce sont les
consommateurs qui se prononcent in fine sur le caractère suffisamment
innovant ou pas d’un produit ou service en décidant de l’acheter ou pas.
Or, en l’occurrence, ce sont des technocrates à la Commission qui ont
décidé que les informations fournies par Microsoft « ne contiennent pas
d’innovations significatives ». Laisser la Commission décréter en la
matière ne favorise en rien la libre concurrence.
D’autre part, alors que la libre concurrence repose inextricablement sur
un respect des droits de propriété des parties dans le marché et une
libre négociation des prix, à l’évidence la Commission leur porte
atteinte aussi. Après avoir créé de toute pièce un « marché » artificiel
des informations sur l’interopérabilité du système d’exploitation
Windows qui seraient certainement restées sous le secret commercial, la
Commission est inéluctablement amenée à vouloir également contrôler
leurs prix.
ABUS DE POSITION DOMINANTE
Mais le véritable danger provient, indirectement, de la vision
irréaliste de la concurrence – basée en termes de parts de marché – qui
a poussé la Commission à condamner à l’origine Microsoft pour « abus de
position dominante » en matière de systèmes d’exploitation. Elle
l’accuse de surcroît d’utiliser cette « position » pour s’attaquer à
d’autres niches du marché des logiciels et y restreindre la concurrence.
Or, d’un point de vue économique, l’intensité de la concurrence ne
devrait pas être mesurée en parts de marché comme le fait la Commission.
Ce n’est pas parce qu’une entreprise comme Microsoft équipe la très
grande majorité des PC dans le monde que la concurrence s’en trouve
diminuée.
Si elle n’est pas légalement empêchée, la concurrence peut provenir non
seulement de systèmes d’exploitation déjà existants, mais aussi de
l’entrée de concurrents potentiels, attirés par une possible opportunité
de mieux servir les consommateurs et ainsi de faire un profit.
Même si les parts de marché des systèmes d’exploitation concurrents sont
très faibles aujourd’hui, rien n’interdit cependant aux consommateurs
qui jugent Windows insatisfaisant de se tourner vers les produits
concurrents. Il est certes déjà possible d’opter pour le système
d’exploitation d’Apple en achetant un de leurs ordinateurs. On peut
aussi monter son propre ordinateur ou confier cette tâche à un
professionnel indépendant et l’équiper gratuitement du système
d’exploitation Linux. Des sociétés comme Red Hat ou SUSE se sont
justement spécialisées dans la vente de packs complets contenant Linux –
service d’assistance technique, entre autres, en plus – permettant
d’équiper aussi bien des ordinateurs d’entreprises que ceux des
particuliers.
S’il y avait une réelle demande pour d’autres options que le système
d’exploitation de Microsoft, des entreprises ne tarderaient pas à se
spécialiser pour la satisfaire. Si Microsoft reste dans une « position
dominante », c’est parce qu’il propose la meilleure alternative du
moment aux yeux des consommateurs.
Mais la concurrence peut aussi provenir de nouveaux joueurs. Bien que
seulement potentielle, elle est une contrainte aussi réelle pour
Microsoft que l’existence de concurrents directs. Qu’est-ce qui
empêcherait par exemple le numéro un des microprocesseurs Intel à venir
concurrencer Microsoft sur le terrain des systèmes d’exploitation, tout
comme Microsoft pourrait un jour décider de fabriquer au complet –
processeur compris et en concurrençant Intel – son propre ordinateur et
être le seul à vendre des machines équipées de Windows ?
Contrairement à ce qu’on aurait tendance à penser au premier abord,
cette concurrence pourrait bien déjà pointer du nez. Red Hat et Intel
ont par exemple annoncé le 19 mars dernier qu’ils s’associaient pour que
les partenaires-revendeurs de ce dernier puissent « se lancer rapidement
sur le marché Linux en plein essor et fidéliser leurs clients avec des
offres plus avantageuses ».
Dans un tel contexte, les autorités anti-trust à Bruxelles – tendant à
punir les entreprises plébiscitées par les consommateurs – peuvent
paradoxalement étouffer la concurrence. Leur politique ne peut que
pousser Intel à s’abstenir de poursuivre pleinement ses projets de
contestation du « quasimonopole » de Microsoft, si jamais une
opportunité à mieux satisfaire les consommateurs se présentait. La
Commission n’a-t-elle pas déjà en ligne de mire Intel à cause d’un autre
présumé « abus de position dominante » car celui-ci détiendrait 80% des
parts sur le marché des processeurs au monde?
L’acharnement de la Commission vis-à-vis de Microsoft peut
artificiellement protéger certains concurrents actuels mais pas la
concurrence. Quand il n’y a pas de barrières légales à l’entrée, les
consommateurs sont en mesure de se défendre tout seuls et de choisir les
entreprises qui satisfont le mieux leurs besoins. Microsoft est sans
cesse ainsi soumis au test du marché et doit continuellement gagner leur
confiance. La libre concurrence n’a pas besoin d’être protégée de
Microsoft mais de Bruxelles.
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