Sous prétexte de protéger la concurrence, Bruxelles a franchi une
nouvelle étape dans son tour de force face à Microsoft. Après des
amendes records et une obligation de divulguer des informations
stratégiques à ses concurrents, la Commission européenne s’oriente vers
un contrôle des prix de ces informations.
Cette volonté de la Commission d’influencer les prix comporte plusieurs
effets pervers directs. D’une part, dans un cadre de libre concurrence,
ce sont bien les consommateurs qui se prononcent in fine sur le
caractère suffisamment innovant ou pas d’un produit ou service en
décidant de l’acheter ou pas. Or, en l’occurrence ce sont des
technocrates à la Commission qui ont décidé que les informations
fournies par Microsoft «ne contiennent pas d’innovations
significatives». Laisser la Commission décréter en la matière ne
favorise en rien la libre concurrence.
D’autre part, alors que la libre concurrence repose sur des échanges
volontaires et une libre négociation des prix, à l’évidence la
Commission leur porte atteinte aussi. Après avoir voulu créer par la
force un «marché» artificiel des informations sur l’interopérabilité du
système d’exploitation Windows, la Commission est inéluctablement amenée
à vouloir également contrôler leurs prix. Mais le véritable danger
provient de la vision de la concurrence – basée en termes de parts de
marché – qui a poussé la Commission à condamner à l’origine Microsoft
pour «abus de position dominante». Or, ce n’est pas parce qu’une
entreprise équipe la très grande majorité des PC dans le monde que la
pression concurrentielle s’en trouve diminuée. Celle-ci peut non
seulement provenir de systèmes d’exploitation déjà existants, mais aussi
de l’entrée de concurrents potentiels.
Il est déjà possible d’opter pour le système d’Apple en achetant un de
leurs ordinateurs ou de s’équiper gratuitement du système d’exploitation
Linux. Des sociétés comme Red Hat ou SUSE se sont spécialisées dans sa
vente.
S’il y avait une réelle demande pour d’autres options que le système
d’exploitation de Microsoft, des entreprises ne tarderaient pas à se
spécialiser pour la satisfaire. A contrario, si Microsoft reste
«dominant», c’est parce qu’il propose la meilleure alternative du
moment.
Mais la concurrence peut aussi provenir de nouveaux joueurs. Red Hat et
Intel viennent ainsi de s’associer pour que les revendeurs de ce dernier
puissent «se lancer rapidement sur le marché Linux en plein essor et
fidéliser leurs clients avec des offres plus avantageuses».
Mais la Commission n’a-t-elle pas déjà en ligne de mire Intel à cause
d’un autre présumé «abus de position dominante» car celui-ci détiendrait
80% des parts sur le marché mondial des processeurs? La politique
anti-«position dominante» de Bruxelles ne peut que pousser Intel à
s’abstenir de contester pleinement le «quasi-monopole» de Microsoft, si
jamais une opportunité à mieux satisfaire les consommateurs se
présentait. La libre concurrence n’a pas besoin d’être protégée de
Microsoft mais de Bruxelles
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