Alors que la France vient de transposer, avec cinq ans de retard, la
directive européenne portant sur la dissémination des Organismes
génétiquement modifiés (OGM), selon un sondage de TNS-Sofrès, 66% des
Français continuent de penser qu'il faut interdire la culture des OGM en
plein champ. C'est à eux que la candidate socialiste aux élections
présidentielles, Ségolène Royal, s'est récemment adressée en proposant
un moratoire immédiat sur leur dissémination. L'interdiction et, dans
une moindre mesure, la demande d'autorisation relative à leur
dissémination que consacrent les deux nouveaux décrets publiés le 20
mars 2007 ont un coût important. En effet, ces dispositions nous privent
ou ne nous laissent bénéficier qu'au compte-gouttes de technologies
porteuses de bénéfices réels au nom de risques hypothétiques.
À cet égard, il faut reconnaître que la dissémination d'OGM après un
lourd processus administratif (comprenant aussi une obligation
d'étiquetage) présente plus de souplesse et moins de dangers que leur
interdiction pure et simple. Il est cependant important de rappeler que
les procédures d'autorisation par les autorités publiques non seulement
retardent et rendent plus coûteuse la commercialisation de nouvelles
technologies, mais elles présentent aussi le danger de ne privilégier
que les projets les plus conservateurs. Elles risquent de commettre
l'erreur de croire qu'un OGM inoffensif est dangereux et donc de ne pas
l'autoriser.
Pourquoi? Parce que les décideurs en matière d'autorisation sont des
hommes comme les autres. Comme dans tout autre domaine, ils sont au
service de leurs concitoyens dans la mesure où cela sert aussi leur
intérêt personnel. Or, celui-ci dépend des budgets que leur agence
obtient des hommes politiques, qui eux sont affectés par les scandales
médiatiques. De ce point de vue, il est beaucoup moins risqué
d'interdire un OGM plutôt que de l'autoriser dans la mesure où les
victimes d'un produit non autorisé ne sont pas identifiables.
Il y a donc fort à craindre que cet assouplissement dans la
réglementation ne soit qu'un pis-aller à leur interdiction.
Contrairement aux idées reçues, il est approprié de parler de craintes
et de dangers lorsqu'on envisage d'interdire ou de retarder la
dissémination des OGM car on se prive, par ces mesures, de leurs
nombreux bénéfices. Sans eux, on risque d'exposer davantage les
populations aux aléas de la nature et limiter leurs moyens de réagir et
de s'adapter.
Certains OGM semblent d'ores et déjà apporter des bénéfices réels. Le
riz doré, par exemple, aurait l'avantage de produire du bêta-carotène,
précurseur de la vitamine A et pourrait contribuer à résoudre les
problèmes de cécité et de malnutrition dans le monde.
De même des scientifiques américains ont récemment réussi à créer un
moustique transgénique qui ne peut pas transmettre le paludisme aux
souris. Dans le cadre d'une expérience, les chercheurs ont pu démontrer
que ce moustique avait une espérance de vie supérieure et une meilleure
fécondité que les moustiques conventionnels, deux caractéristiques qui
ont pu leur permettre de remplacer progressivement ces derniers. Lorsque
l'on sait que 1 à 2,5 millions de personnes meurent chaque année du
paludisme, on comprend les bénéfices immenses que pourrait apporter un
tel moustique génétiquement modifié incapable de transmettre la maladie
aux hommes. Encore hypothétiques, ils pourraient le rester si des
bureaucrates décidaient de ne pas l'autoriser.
Au-delà de leurs apports alimentaires, les OGM pourraient offrir une
solution à un défi important dans les prochaines années: celui de
nourrir 10 milliards d'être humains sur Terre. En effet, les OGM
auraient le potentiel d'augmenter la productivité des superficies
cultivées. Or, il faut bien réaliser que c'est l'agriculture intensive,
par ses gains de productivité, qui a permis de nourrir une population
toujours plus importante sans pour autant y consacrer des surfaces de
culture proportionnellement plus grandes. Il semble que si nous avions
encore à ce jour le niveau de productivité atteint en 1950, nous aurions
dû cultiver 24 millions de km2 de forêts et de terres sauvages en plus.
En dépit de leurs très nombreux avantages, les OGM continuent de
cristalliser de nombreuses craintes qui pourtant sont peu fondées car
aucun effet indésirable n'a pu être identifié du fait de leur
utilisation des OGM. Les Américains consomment des produits
génétiquement modifiés depuis plus d'une dizaine d'années, sans
qu'aucune crise alimentaire se soit produite. En 2003, Lester Crawford
de la Food and Drug Administration (FDA) soulignait « qu'il n'y a pas eu
une seule réaction négative à la nourriture biotechnologique » et
d'ajouter « qu'entre-temps il y a eu des dizaines de milliers de
réactions à l'alimentation traditionnelle ». En dépit de ce constat, les
procédures administratives empilent les obligations à l'égard des
producteurs et importateurs d'OGM, en particulier celui d'étiqueter les
produits dès lors que les organismes génétiquement modifiés sont
présents dans une proportion supérieure à 0,9%. Il semble a priori
normal d'informer les consommateurs sur ce qu'ils ont dans leur
assiette. On peut cependant se demander le pourquoi de cette obligation.
En effet, si cette demande d'information des consommateurs est réelle,
il est évident que les vendeurs de produits non-OGM auront intérêt à y
répondre et à informer les consommateurs de leurs produits qu'ils sont
exempts d'OGM. L'obligation, à l'image du principe de précaution dont
elle s'inspire, inverse la charge de la preuve, et fait peser sur les
OGM une suspicion qui relève davantage de peurs que de dangers avérés.
En jetant systématiquement le doute sur cette technologie qu'est le
génie génétique, on nous prive des produits et innovations qui auraient
vu le jour depuis longtemps et on nous fait courir des risques qu'il est
dangereux d'ignorer.
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