La Conférence de Paris rassemblait hier 95 représentants d’Etats à la recherche de « financements innovants » pour l’aide internationale aux pays pauvres (Libération, 1 mars 2006 : Des idées de riches pour les pays pauvres). Le principe même de l’aide internationale entre Etats n’y ayant apparemment pas été débattu, l’IEM se propose d’en rappeler la nature par l’expérience historique récente. Les raisons pour lesquelles le caractère contre-productif de l’aide internationale n’est pas accidentel ont été évoquées précédemment. Cf. Le doublement de l'aide internationale ne sauvera pas l'Afrique, IEM, 12 juillet 2005.
Le magazine Parade a récemment publié son classement des vingt plus terribles dictateurs actuellement au pouvoir. Beaucoup de noms sont familiers : Fidel Castro, Muammar Qaddafi, Kim Jong Il, Robert Mugabe et d’autres encore. Ils se sont tous rendus coupables de violations des droits de l’homme, voire dans certains cas de génocide. Mais un autre point commun unit ces dirigeants : chacun d’entre eux a reçu des aides au développement en provenance de pays occidentaux.
Le discours en vogue à Washington est que l’aide au développement doit être distribuée à des pays peu corrompus dont le système législatif et les politiques menées favorisent une croissance économique durable. Le président Bush a créé les « Millenium Challenge Accounts » pour canaliser l’aide en direction de tels pays. Cependant, peu de pays ont rempli les conditions d’accès au programme et peu d’argent a été distribué. Au lieu de cela, on constate que les USA et leurs partenaires au sein de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) ont accordé des aides substantielles à ces régimes oppressifs.
Parade a placé Omar al-Bashir, le dictateur soudanais, en tête de son classement. Pendant son règne, les pays de l’OCDE ont distribué plus de 6 milliards de dollars d’aide non militaire au régime soudanais. Les USA y ont contribué pour plus d’un milliard de dollars. Kim Jong Il est deuxième au classement, et a reçu plus d’un milliard de dollars, dont plus de la moitié en provenance des USA. Than Shwe, du Myanmar, Robert Mugabe, du Zimbabwe, et Islam Karimov d’Ouzbekistan sont les autres membres du « top 5 » de cette liste. Les USA ont apporté plus de 32 millions de dollars au Myanmar, 1,1 milliard au Zimbabwe et 385 millions à l’Uzbekistan.
Dans l’ensemble, les pays de l’OCDE ont envoyé des aides à chacune des vingt plus terribles dictatures du classement de Parade. Ensemble, leurs dirigeants se sont vus attribuer plus de 55 milliards de dollars en aide au développement. Les USA ont aidé 19 pays sur les 20, le roi Abdallah d’Arabie Saoudite n’ayant apparemment pas bénéficié des largesses américaines. Au total, la contribution américaine est de plus de 7 milliards de dollars. En ce qui concerne la Corée du Nord, la Biélorussie, l’Ethiopie, le Swaziland, le Turkmenistan et l’Ouzbekistan, les USA ont apporté plus de 20 pour cent du total de l’aide que ces pays ont reçu de l’OCDE.
Les aides gouvernementales n’ont pourtant pas réussi à favoriser la croissance économique dans le Tiers-Monde. De 1970 à 2000, plus de 400 milliards de dollars ont été déversés dans les pays les plus pauvres d’Afrique sans que ceux-ci enregistrent de progrès notables. La liste des dictateurs établie par Paradise rend ce constat encore plus dérangeant : non seulement les aides n’ont pas réussi à favoriser le développement, mais en plus, dans de nombreux cas, elles ont soutenu des régimes particulièrement oppressifs.
Suite à la récente victoire du Hamas aux élections palestiniennes, la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a menacé de couper l’aide à la Palestine, en affirmant que « Les Etats-Unis ne sont pas prêts à financer une organisation qui prône la destruction d’Israël, qui encourage la violence et qui ne respecte pas ses obligations. » Peut-être les USA devraient-ils appliquer la même politique envers les dictateurs qui figurent sur la liste de Parade. En les aidant, les USA leur ont fourni une source de revenus à utiliser pour s’assurer un soutien politique et ont probablement contribué à prolongé leur règne.
La première règle de la politique d’aide au développement devrait être : « ne causez aucun tort ». Malheureusement, les USA et l’OCDE ont échoué dans le soutien au développement et causé activement du tort en aidant des régimes tyranniques. Les aides au développement ont aussi tendance à miner la liberté économique en politisant la vie économique dans les pays bénéficiaires et en maintenant au pouvoir des régimes inefficaces. Sur les trente dernières années, l’aide au développement a contribué à faire baisser les indicateurs de liberté économique dans les dictatures comme dans les démocraties. Pour mieux promouvoir la liberté, et par conséquence le développement, il faudrait mettre fin à l’aide au développement, que ce soit aux dictatures ou aux régimes démocratiques.
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