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Le principe de précaution : un pari risqué

Michael de Alessi - 19 janvier 2006
(Traduction par Fred Wauters de l’article Precautionary Principle a Risky Gambit publié le 16 juillet 2003 par le journal San Francisco Chronicle et reproduit sur le site de la Reason Foundation )


L’Ordonnance sur le Principe de Précaution récemment promulguée par les autorités de San Francisco veut, en « remettant en question l’approche traditionnelle de la gestion du risque », assurer à la ville une réputation de précurseur. En réalité, elle risque fort d’avoir des conséquences néfastes pour la ville, pour la santé publique et pour l’environnement.

Le principe de précaution pourrait être défini comme l’application du proverbe « mieux vaut prévenir que guérir ». La réduction des risques est bien sûr un objectif louable, mais seulement si le risque de ne pas prendre telle ou telle mesure est pris en considération. La difficulté est de trouver le juste équilibre. La ville a besoin d’une politique de gestion et de réduction des risques, mais pas d’une obligation d’éliminer tout risque : atteindre un tel objectif serait tout bonnement impossible.

L’ordonnance rend obligatoire « la sélection de l’alternative qui présente la menace potentielle la moins importante pour la santé ». Mais que faire si la solution la moins dangereuse est aussi celle qui apporte le moins d’avantages ? Bien qu’il ait été rajouté (mais une seule fois seulement) dans la dernière mouture, le mot « avantage » n’apparaissait pas une seule fois dans l’ordonnance originale. Les citoyens de San Francisco auraient dû y réfléchir à deux fois.

Les activistes impliqués dans la lutte contre le SIDA doivent se battre bec et ongles contre la FDA(1) pour obtenir l’approbation de nouveaux traitements qui, selon la FDA, présentent plus de risques potentiels que de bénéfices pour les patients. En d’autres mots, la FDA applique le principe de précaution.

Il est clair que certains produits chimiques présentent des risques pour la santé. Nous devons tout faire pour limiter leur impact sur nos vies et développer des alternatives moins dangereuses. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faut adopter des alternatives dont les conséquences pour la santé ou sur l’environnement sont encore plus néfastes. Les activistes s’en sont pris aux organismes génétiquement modifiés parce que leur usage pourrait s’avérer risqué. Pourtant, un grand nombre de ces organismes permettent de réduire drastiquement l’utilisation de pesticides, ce qui, selon les critères des activistes eux-mêmes, devrait être considéré comme une bonne chose.

Dans le San Francisco Chronicle, la journaliste Ruth Rosen écrit, au sujet de l’ordonnance sur le Principe de Précaution (« Mieux vaut prévenir que guérir », 19 juin 2003) : « Lorsque la science ne peut pas encore établir clairement un lien de cause à effet, mais qu’elle peut fournir des preuves raisonnables de l’existence d’un danger potentiel, nous nous devons de prendre des mesures de précaution. En d’autres termes, si nous attendons d’être absolument certains, nous aurons probablement attendu trop longtemps ».

Nous pourrions avoir l’air tout aussi raisonnables en affirmant : « Lorsque la science ne peut pas encore établir clairement un lien de cause à effet, mais peut fournir des preuves raisonnables de l’existence d’un avantage, nous nous devons d’agir en ce sens. ». En fait, aucune des deux approches n’a de sens tant que l’on ne tient pas compte en même temps des risques, des avantages et des coûts.

A San Francisco, traverser une rue n’est pas sans danger. Pourtant, chaque jour, des milliers de personnes s’y risquent. S’ils appliquaient à la lettre le principe de précaution, les piétons devraient être absolument certains, avant de s’aventurer dans la rue, qu’aucune voiture ne risque de surgir. En clair, ils ne sortiraient même pas de chez eux.

Evidemment, il y a une gradation dans le risque. Ainsi, il est beaucoup plus dangereux de traverser la 19 ème Avenue en pleine heure de pointe qu’un cul-de-sac pendant la pause de midi. Mais si aucun risque ne peut être considéré comme acceptable, comme le prétendent les partisans du principe de précaution, alors il faudrait considérer ces deux situations comme identiques, ce qui est totalement irrationnel.

L’exemple peut-être le plus flagrant des conséquences négatives de la réduction à tout prix des risques nous vient du Pérou. En 1991, après qu’une étude de l’EPA(2) ait démontré le rôle d’un dérivé du chlore dans l’augmentation des risques de cancer, les autorités péruviennes mirent un terme à l’utilisation de chlore pour la désinfection des eaux de distribution. Le résultat fut une épidémie de choléra qui fit des milliers de victimes. Il existe de nombreux autres exemples qui démontrent que l’élimination de risques “sérieux” entraînerait une détérioration de la santé publique et du bien-être de la population.

En imposant un objectif inaccessible, l’ordonnance sur le principe de précaution de San Francisco ne permet aucune évaluation des progrès réalisés. Pour être vraiment à la pointe de la gestion du risque, la ville devrait établir des indicateurs de performance qui prennent en compte les risques, les avantages et les coûts. L’objectif poursuivi ne devrait pas être uniquement la réduction des risques, mais l’amélioration de la sécurité et de la santé publique.

A notre époque où les villes et des Etats manquent de moyens, nous devons maximiser les bénéfices de chaque mesure prise. Cela implique une évaluation scientifique rigoureuse des risques prenant en compte tous les moyens disponibles pour améliorer la santé publique et la sécurité de l’environnement.

 

NdT : Food and Drug Administration, organisme fédéral en charge du contrôle des aliments, des cosmétiques et des médicaments
NdT : Agence de Protection de l’Environnement, organisme fédéral américain
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Michael De Alessi est directeur des politiques des resources naturelles à la Reason Foundation.

 

Institut économique Molinari