J’ai enseigné l’économie à l’université pendant vingt-cinq ans. De loin, les questions les plus souvent posées avaient trait aux monopoles, et sous la forme suivante : « Dans une économie libre de toute réglementation gouvernementale, une entreprise ou un groupe d’entreprises ne voudraient-elles pas obtenir un monopole sur des ressources ou produits vitaux ? Et ce monopole n’aspirerait-il pas à exercer un pouvoir en haussant les prix ? »
Les interrogations les plus fréquentes tournent autour de l’industrie pétrolière et de la célèbre affaire de la Standard Oil Company. L’histoire de la Standard Oil, me disent les étudiants, démontre que les monopoles existent dans un marché libre et qu’ils augmentent arbitrairement les prix. C’est pourquoi nous aurions précisément besoin des lois antitrust.
Les monopoles sont-ils vraiment un problème inhérent au marché libre ? Et avons-nous besoin de lois antitrust pour les combattre ?
La définition la plus claire du monopole est celle d’un vendeur isolé de la compétition par le fait d’une loi prohibant l’entrée de concurrents sur le marché. Les compagnies de téléphone locales et les opérateurs de télévision câblée en sont des exemples, car ils bénéficient ordinairement d’un monopole accordé par les gouvernants locaux (autrement dit, ils deviennent les seuls fournisseurs de services en un endroit donné), et la compétition est interdite par les autorités locales.
En clair, ce monopole n’apparaît pas au sein du marché libre, puisque c’est le gouvernement - et non le marché - qui dicte le nombre de producteurs. La meilleure manière de favoriser la compétition dans ce genre d’activités est d’abolir les restrictions légales à l’entrée sur le marché. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer pour le marché des opérateurs de télévision câblée - d’où une baisse des prix.
Quelques entreprises nationales sont des monopoles ou le deviennent parce que le gouvernement empêche les sociétés étrangères de les concurrencer. Là encore, ces monopoles sont artificiels - en d’autres termes, créés par le gouvernement - et peuvent être éliminés en supprimant les tarifs douaniers et les limitations à l’importation.
Nombre de firmes consacrent des années, voire des décennies, à gagner la confiance du consommateur. Elles produisent des biens innovants qui obtiennent la faveur du public et elles vendent correctement leurs produits. Il en résulte qu’elles gagnent des parts de marché significatives. Leurs concurrents et de nombreux universitaires tendent à les appeler des « monopoles ». Mais ils se méprennent : les parts de marché de ces compagnies sont seulement la conséquence de la satisfaction du consommateur et d’un management efficace. Rien n’est plus digne de louanges qu’une entreprise capable d’augmenter ses parts dans un marché libre et ouvert.
Certes, mais ces entreprises ne vont-elles pas restreindre la production en haussant leurs prix ? Elles pourraient être tentées de le faire. Mais ce type de comportement attirera rapidement des concurrents tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’industrie. Le résultat sera donc que les consommateurs se tourneront de plus en plus vers d’autres producteurs. En effet, rien n’encourage plus la compétition qu’une entreprise dominante agissant « stupidement ». Il s’ensuit que ces firmes essaieront plutôt de diminuer leurs coûts afin de maintenir leur position. Et ceci est, à l’évidence, le genre d’attitude compétitive que les consommateurs attendent !
Mais les compagnies ne pourraient-elles pas s’entendre et fixer des prix dans un marché libre ? Une fois encore, la réponse est qu’elles sont libres d’essayer de le faire. Assurément, il existe de nombreux exemples d’entreprises tentant de « stabiliser » les marchés au travers d’accords visant à fixer les prix. Cependant, les professeurs les plus compétents informeront leurs étudiants que de telles tentatives ont lamentablement échoué. Car, bien qu’il existe des primes à la fixation des prix, plus importantes sont les incitations à ne pas respecter de tels accords- c’est-à-dire à concourir en vue d’obtenir de plus hauts revenus. La plupart des conspirations antitrust ont eu peu d’effet sur les prix de marché. Le mythe d’après lequel les entreprises ont prospéré en décidant de s’entendre sur les prix n’est rien d’autre que cela : un mythe.
Revenons au « monopole » de la Standard Oil. Ne nous a-t-on pas raconté qu’elle avait conquis un monopole en restreignant les échanges ? N’est-ce pas le principal exemple fourni pour défendre les lois antitrust ? La vérité méconnue est que, lorsque le gouvernement poursuivit la compagnie en 1907, sa part de marché avait décliné depuis une décennie. Loin d’être un « monopole », la Standard Oil avait une part d’environ 64% à l’époque de son procès. Surtout, il y avait au moins 147 autres concurrents dans le domaine de la raffinerie pétrolière - et quelques-uns d’entre eux étaient de grandes firmes intégrées verticalement, tels Texaco, Gulf Oil et Sun. La production de kérosène avait énormément augmenté (contrairement aux habitudes monopolistiques) et le prix était passé de 2 $ le gallon au début des années 1860 à quelque 6 cents le gallon au moment du procès. Voilà pour le mythe du « monopole » de la Standard Oil.
Les gens devraient-ils s’inquiéter des monopoles ? Certainement. Mais nous devons comprendre la véritable source et les vraies causes des monopoles : les barrières gouvernementales à une compétition libre et ouverte. La solution au problème, dès lors, repose non sur des lois antitrust (qui devraient être abolies), mais sur l’abolition de toutes les entraves au libre-échange.
.
|