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De la nocivité du protectionnisme

Pierre-Louis Boitel - 22 novembre 2005


Début septembre 2005, le commissaire européen Peter Mandelson et le ministre du commerce chinois Bo Xilai ont signé un accord permettant le déblocage des millions de vêtements chinois en attente dans les ports européens.

Il faut espérer que ce sera là une première étape vers une prise de conscience plus générale de la nocivité des barrières protectionnistes. On peut comprendre cette nocivité si, comme le conseille Henry Hazlitt (1), on considère les effets d'une mesure politique à long terme sur la société tout entière, et non pas seulement à court terme sur un groupe circonscrit.

Car c'est bien dans ce travers que tombent les pourfendeurs du textile chinois, qui voudraient présenter les intérêts des groupes français et européens du textile comme seuls critères à prendre en compte. Certes, à court terme et dans la branche en question, patrons et employés ont à y perdre, qui en profits, qui en emplois. Mais c'est à l'avantage des consommateurs, autrement plus nombreux, qui voient leur pouvoir d'achat augmenter à mesure que les Chinois cassent les prix. Et ce pouvoir d'achat ainsi préservé est évidemment consacré à d'autres utilisations, générant ainsi de nouveaux emplois. Il se trouve simplement que par leur grande diversité, ces créations d'emplois ne sautent pas aux yeux comme le font les plans sociaux dans le textile, et qu'il est facile de les passer sous silence. Ils devraient pourtant "sauter aux yeux de l'esprit" (2). Bref, contrairement à une légende tenace, le textile chinois, quant bien même il serait offert gratuitement, ne serait pas pour autant générateur de chômage net à l'échelle de la société tout entière.

Mais il y a plus important. C'est qu'auparavant, si M. Durand avait un pantalon pour cent euros, il l'aura désormais grâce aux Chinois pour quatre-vingt. Restent vingt euros, qui non seulement créeront les emplois nouveaux dont nous avons parlés, mais permettront aussi à M. Durand de s'acheter un livre, un billet de train ou de payer sa facture téléphonique. M. Durand se trouvera plus riche de 20 euros, comme ses millions de compatriotes. C'est ce qu'on appelle la croissance économique.

Il faut noter également que nous avons avantage à acheter les produits chinois moins chers quel que soit le degré de protectionnisme que le gouvernement chinois impose à son pays, car les arguments énoncés ci-dessus en sont totalement indépendants. Menacer les Chinois d'imposer des quotas à l'importation de leurs produits sous prétexte qu'eux-mêmes en feraient autant consiste en fait à les menacer de nous imposer des restrictions à nous-mêmes si eux-mêmes se restreignent. En quoi est-ce l’intérêt des consommateurs européens ?

En nous offrant leurs produits à des prix compétitifs, les Chinois nous font économiser nos ressources, et nous nous en trouvons donc plus riches qu'autrement. Il n'y a rien là de très étonnant, si l'on veut bien dépasser les formules choc pour regarder les faits: car parler d' "invasion des textiles Chinois" qui "submergent" le marché européen, c'est occulter la moitié des faits: à savoir que ces textiles sont échangés contre autre chose, en l'occurrence des euros, qu'il faudra bien que les Chinois dépensent...en permettant à nos produits de les "envahir" à leur tour.

Quant aux salariés européens, il leur faut évidemment se reconvertir. Ils sont dans la même situation que les copistes au lendemain de l'invention de l'imprimerie. Fallait-il interdire la machine de Gutenberg pour protéger les copistes de sa "concurrence déloyale", au détriment de l'humanité tout entière ?

Enfin il faut dire ici un mot des Chinois eux-mêmes, que l'on passe ordinairement sous silence. En achetant leurs produits, on favorise bien sûr l'emploi et la croissance dans leur pays. A l'heure où l'on semble tant se soucier de la pauvreté dans le Monde, ce n'est sans doute pas anodin.

(1) Henry Hazlitt, L'économie en une leçon.
(2) cité de Frédéric Bastiat, L'impôt, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

 

Institut économique Molinari