La Commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM) a demandé l’interdiction de commercialisation de la quasi-totalité des médicaments visant à renforcer l’immunité. Depuis le 30 septembre, les Français n’ont plus la possibilité de se procurer de la Solutricine, de la Lysopaïne ainsi que 10 autres médicaments. Le 24 octobre, l’accès au marché a été refusé à dix autres médicaments dits immunostimulants. Cette nouvelle application du principe de précaution nous amène à nous demander si cette interdiction ne risque pas de nous faire courir de nouveaux risques.
Comme le soulignent de nombreux articles de la presse à ce sujet, « tous ces médicaments ont bénéficié, lors de leur lancement, d'une autorisation de mise sur le marché de la commission de l'Afssaps à partir d'essais cliniques fournis par la firme pharmaceutique. » A cette époque les essais avaient donc conduit à une évaluation positive de la balance bénéfice risque. Depuis les choses auraient changé.
En effet, d ébut 2000, quinze ans après la commercialisation des immunostimulants, des effets indésirables d'ordre allergique ou cutané, rares mais graves, sont apparus. Cela a amené l'Afssaps à juger cette fois que les risques étaient supérieurs aux bénéfices, d’où leur interdiction.
Qu’il s’agisse d’interdire ou d’autoriser un médicament, la décision publique est toujours défendue au nom des connaissances scientifiques du moment. Or, comme le révèle un rapport du Journal of the American Medical Association ( JAMA ), les résultats des recherches médicales se contredisent fréquemment: 16 % des recherches les plus citées ont été contredites par des études ultérieures, et il s'est avéré que 16 % des études avaient des résultats exagérés.
Il ne suffit pas de décréter comme le professeur Jean-Paul Giroud, professeur émérite de pharmacologie clinique à l'hôpital Cochin (Paris) que ces médicaments ne servent à rien (Le Figaro, 14/09/05) pour justifier une interdiction. On oublie peut-être un peu trop vite que si les individus consomment de la Solutricine ou tout autre immunostimulant, c’est qu’ils y trouvent des bénéfices, en particulier celui d’être moins malade. Evidemment, il est difficile de constater l’efficacité d’un médicament lorsque celle-ci consiste à prévenir une maladie qui de ce fait ne se développera pas. Il n’est cependant pas justifié de vouloir l’interdire parce qu’il est aisé de lui imputer un urticaire ou un érythème.
Parce que l’état de nos connaissances scientifiques est amené à évoluer, il est probable que l’Afssaps soit, elle aussi, amenée à réévaluer les risques et les bénéfices des immunostimulants. C’est d’ailleurs ce qu’affirme une spécialiste de l’Afssaps, « L'évaluation de la balance bénéfice/risque n'est jamais figée, elle se fait en continu et évolue tout au long de la vie d'un produit. »(Le Monde 15/09/05). On voit cependant mal comment cette évaluation pourrait évoluer une fois que l’on aura décrété la fin de vie d’un produit. Si l’Afssaps est aujourd’hui en mesure de demander une interdiction, c’est justement parce que les immunostimulants étaient autorisés et qu’il était possible de continuer à en étudier leurs effets sur les patients. La précaution consistant à interdire la consommation des médicaments ne peut qu’entraver le processus de découverte des bénéfices et des risques de ces produits.
Les mesures prises au nom du principe de précaution, sont toujours invoquées par des instances qui imposent leur jugement à tous les autres, nous amenant à ignorer certains risques, en particulier le risque d’être malade, tout en en surévaluant d’autres. Il s’agit d’un principe dangereux qui nous invite à ruiner les bases d’un processus de découverte essentiel à une gestion saine du risque.
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