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Santé: les risques de la censure

Paul H. Rubin - 26 juillet 2005
(Traduction par Xavier Méra de l'article The Health Risks of Censorship , publié le 7 novembre 1995 par The Independent Institute)

Les analystes politiques commencent à réaliser que la Food and Drug Administration fait souvent plus de mal que de bien.

Considérez les restrictions que la FDA impose aux fabricants de médicaments en ce qui concerne la promotion de leurs produits aux consommateurs et aux médecins. Une telle publicité serait la méthode la plus efficace pour informer les médecins et les consommateurs de leurs bienfaits pour la santé.

Par exemple, on a depuis longtemps découvert qu'une dose régulière d'aspirine peut réduire, pratiquement de moitié, les risques d'attaque cardiaque chez les personnes d'âge moyen. Bayer produit même un dérivé d'aspirine, précisément pour cet usage.

Une étude récente a aussi montré que lorsque des utilisateurs d'aspirine ont des attaques cardiaques, elles sont moins sévères que celles subies par les autres. Une autre étude a montré que l'aspirine peut parfois diminuer de 40% la probabilité d'être atteint d'un cancer du colon.

Chaque année, 700.000 américains meurent de maladies cardiaques et 50.000 meurent du cancer du colon.

Mais à cause de la FDA, peu de gens savent que l'aspirine pourrait y changer quelque chose. La plupart des consommateurs ignorent que certains médicaments utilisés pour un problème peuvent être efficaces pour en traiter d'autres. Et la FDA interdit aux fabricants de communiquer sur les bénéfices d'un usage régulier de l'aspirine en ce qui concerne les attaques cardiaques. Pour les milliers de personnes à risques, l'obligation imposée par la FDA de se taire est une ordonnance désastreuse.

La FDA rétorque que les consommateurs peuvent obtenir l'information auprès de leurs médecins. Mais de nombreux consommateurs ne vont pas souvent chez le médecin et de nombreux médecins ne proposent pas d'aspirine dans ces cas.

Un récent sondage a montré que seulement un tiers des patients ayant des problèmes de cœur ont déjà entendu parler de la réduction des risques par l'aspirine auprès d'un médecin. Et on tombe à 13% quand on interroge les gens qui n'ont pas d'antécédents cardiaques.

La publicité pourrait suggérer à de nombreux patients de demander de l'aspirine. Ceci pourrait réduire le nombre annuel de morts évitables par dizaines de milliers.

Quelle est la raison invoquée par la FDA? C'est la crainte qu'un usage régulier de l'aspirine augmente légèrement le risque d'attaques pour certains. Mais les bénéfices sont bien supérieurs à ce risque d’attaque accru et la publicité pourrait mettre en garde les consommateurs dans les cas où les risques surpassent les avantages.

Cette attitude est typique de l'agence. Elle donne invariablement plus de poids à tout possible effet secondaire négatif d'un médicament qu'à ses bienfaits. Ceci explique les délais fantastiques que la FDA prend avant d'approuver de nouveaux médicaments: l'agence craint bien plus d'approuver un médicament dangereux que d'empêcher la mise en vente d'un médicament efficace. La conséquence est une mortalité plus élevée.

D'autres médicaments font aussi l'objet de restrictions par la FDA. Pour les médicaments sur ordonnance, elle exige que la publicité dirigée vers les consommateurs contienne un "court résumé" d'une page rédigée dans un jargon inintelligible. Les patchs ou chewing-gums de nicotine requièrent ces pages d'avertissement. En conséquence, les annonces de médicaments sur ordonnance ne peuvent être diffusées à la télévision que si elles ne disent pas à quoi les médicaments servent.

Récemment, la FDA a interdit aux fabricants d'informer les médecins à propos des recherches faites sur les "usages non-approuvés" de médicaments sur ordonnance, même lorsque ces recherches ont pu être publiées dans des revues prestigieuses et si les médecins sont autorisés à prescrire tout médicament pour tout usage. Cette politique est particulièrement nocive dans le cas des médicaments contre le cancer, où environ un tiers des prescriptions concernent des usages non-approuvés.

La FDA affirme que les fabricants de médicament devraient obtenir leur accord pour de nouvelles utilisations. Cela peut prendre aussi longtemps que d'obtenir une autorisation pour une première mise sur le marché, et nous savons déjà que ce processus est trop lent. Comme le brevet peut expirer avant que le nouvel usage soit approuvé, les compagnies ne prennent souvent pas la peine de rechercher un tel agrément.

Les restrictions sur la publicité non-mensongère violent probablement le premier amendement de la constitution. Mais les firmes évitent de s'en plaindre devant une cour parce que la FDA a un grand pouvoir sur elles. Elle réglemente la fabrication de médicaments et décide quels médicaments peuvent être vendus. Les entreprises pharmaceutiques craignent une réplique réglementaire dans le cas où elles oseraient s'insurger.

Certaines autorités proposent que la réglementation sur la publicité passe des mains de la FDA à celles de la moins puissante Federal Trade Commission pour encourager les firmes à mettre en cause les réglementations nuisibles et injustifiées.

Laisser un pouvoir excessif à toute agence gouvernementale de restreindre la liberté d'expression présente un risque énorme. Dans le cas de la FDA, les atteintes à cette liberté ont eu littéralement des conséquences mortelles.

Paul H. Rubin est Research Fellow à l'Independent Institute, professeur d'économie du droit à l'Emory University, et co-auteur du livre American Health Care: Government, Market Processes, and the Public Interest (Independent Institute).

 

Institut économique Molinari