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Le premier ministre britannique, Tony Blair, a déploré l'incapacité des différents gouvernements à se mettre d’accord sur les preuves scientifiques de la contribution humaine au réchauffement climatique, qu'il considère pour sa part comme incontestable et désastreuse.
Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré que "Tant que nous n’obtiendrons pas de consensus scientifique, nous n'aurons pas de consensus sur les actions nécessaires à mener avant qu'il ne soit trop tard."
Cependant, un accord entre scientifiques est très différent d'un consensus obtenu par des pressions socio-politiques. Les efforts visant à forcer le consensus sont pernicieux pour la science. L'ensemble des faits et preuves sur lesquels les scientifiques sont d'accord, selon les connaissances du moment, doit toujours pouvoir être remis en question par de nouvelles informations. Ce sont les fondements de la méthode scientifique.
Un article de la revue Environmental Science & Policy a mis en lumière l'influence dommageable de la politique du "consensus" sur la climatologie. Daniel Sarewitz de l'Arizona State University, ancien membre d'un panel ayant réalisé en 2003 un rapport sur le climat pour le National Research Council (NRC) de l'Académie Nationale des Sciences, y a écrit son point de vue sur ce qui s'est passé avant la publication du rapport et sur les détails que les personnes non informées pourraient considérer comme relevant d'un "consensus". Il ne s'agit pas de ce que la plupart des gens attendraient d'un groupe de scientifiques.
Le rapport du NRC évoquait la nécessité de recherches continues: "Le point de vue consensuel des scientifiques est que les activités humaines changent le climat de la Terre et que cela pourrait avoir des conséquences importantes sur la vie humaine et les écosystèmes naturels."
Ceci semble sensé. La plupart des scientifiques s'accordent à dire que la concentration de dioxyde de carbone a augmenté d'approximativement 30% en 200 ans du fait des activités humaines. Et ils s'accordent aussi à dire que, toutes choses égales par ailleurs, l'augmentation de gaz à effet de serre dans l'air devrait provoquer un réchauffement.
Les grandes questions, auxquelles seule la science peut répondre, sont: dans quelle mesure et quand? Obtenir des réponses correctes -clarifier le sens de l'expression "pourrait avoir des conséquences importantes"- implique de réduire les incertitudes des prévisions climatologiques des scientifiques.
Le reproche de Sarewitz au panel du NRC était aussi sensé, car sa justification figurait dans le titre du rapport initial: "Climate Change Feedbacks: Characterizing and Reducing Uncertainties." Le climat est un système complexe et non-linéaire, impliquant des "rétroactions", par exemple avec les nuages, les courants océaniques, les plantes, qui peuvent amplifier ou freiner les perturbations initiales et provoquer un résultat disproportionné. Les scientifiques demeurent perplexes sur la fonctionnement précis de ces phénomènes complexes, et la réduction de ces incertitudes est essentielle pour obtenir des prévisions climatiques correctes.
Mais après cette prudence initiale du panel d‘experts, la tournure de la discussion a changé pour mettre en avant une vision bien nette et tranchée de la science -un consensus social. Comme Sarewitz l'a fait remarquer, le rapport final du NRC a omis de mettre en évidence les incertitudes. Son titre est devenu simplement "Understanding Climate Change Feedbacks."
S'il y a une chose de sure en science, c'est que tous ses résultats sont incertains; gagner en précision signifie réduire l'incertitude à l'intérieur de certaines limites. Le progrès vient de la confrontation entre des hypothèses différentes, entre des instruments d'observation et de mesure différents, entre les résultats expérimentaux, entre les preuves, les scientifiques étant essentiellement des rebelles de la connaissance dans ce processus. Robert K. Merton (1910-2003), sociologue de la Columbia University, a écrit que "La plupart des institutions requièrent une foi sans réserve mais celle de la science fait du scepticisme une vertu."
Le confort d'un tranquille consensus est en porte-à-faux avec la rébellion délibérée et structurée inhérente à la méthode scientifique, qui s'attaque à l'incertitude en essayant de la réduire.
Michael Crichton, l'auteur de Jurassic Park et le créateur d'ER, faisait récemment remarquer que le "consensus est une affaire de politique. Là où il y a consensus, il n'y a pas de science. Là où il y a science, il n’y a pas de consensus. Point final."
Actuellement, une grande incertitude existe concernant les questions importantes relatives au climat. Les lois de la physique ne sont pas découvertes par un consensus social mais seulement par des preuves scientifiques, ce qui requiert de reconnaître au départ les choses que nous savons incertaines voire totalement inconnues et non de considérer comme incontestable ce qui n'est toujours pas démontré.
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