L'Afrique était à l'honneur du Sommet du Groupe des Huit pays les plus industrialisés (G8), rassemblant du 6 au 8 juillet les représentants des gouvernements du Royaume-Uni, de la Russie, de l'Allemagne, du Japon, de l'Italie, du Canada, de la France et des États-Unis. Comment compte-t-on soulager les Africains de la pauvreté qui continue de les affliger? Après l'annonce de l'annulation de la dette des 18 pays les plus pauvres, dont 14 pays d'Afrique, il est question de doubler l'aide aux pays du Tiers-monde, l'objectif étant d'atteindre les 195 milliards de dollars en 2015. De Tony Blair aux associations "altermondialistes", la plupart des commentateurs et décideurs présentent cette proposition comme un grand pas en avant dans la lutte contre la pauvreté. Quelles que soient les intentions des partisans de ces aides publiques, il nous semble pourtant que la recherche sincère des solutions au problème de la pauvreté passe par une remise en cause de ces dispositifs.
Tout d'abord, il ne faut pas oublier que l'aide internationale peut difficilement être considérée comme une arme nouvelle de l'arsenal anti-pauvreté. Le caractère opportun du doublement pourrait ainsi être jugé au regard de l'expérience passée. Après tout, l'aide internationale au développement de l'Afrique existe depuis plus de cinquante ans. Si cet instrument est si efficace, comment se fait-il que l'Afrique demeure aussi pauvre? Comment se fait-il que les partisans de l'aide internationale justifient sans sourciller la nécessité d'une augmentation des aides lorsqu'ils affirment eux-mêmes que les niveaux de vie ont en fait diminué depuis trente ans en Afrique, alors que les aides augmentaient? Cette corrélation ne prouve rien mais elle pourrait quand même susciter quelques doutes quant à leur efficacité. En fait, il y a de bonnes raisons de penser que ces aides sont contre-productives, en tant qu'aides au développement.
"L'aide internationale" désigne en réalité des transferts entre États, qu'il s'agisse de transferts directs ou de prêts, par l'intermédiaire du Fond Monétaire International, de la Banque Mondiale ou d'autres organisations publiques internationales. Autrement dit, les États-Unis, la France et les autres pays donateurs ne donnent pas de l'argent, de la nourriture ou des médicaments aux Africains les plus pauvres mais à leurs gouvernements. Ces États sont donc subventionnés parce que leurs sujets sont pauvres, et c'est à eux d'allouer ensuite ces fonds. Ceci met en branle des incitations particulièrement perverses. A moins de considérer naïvement que les hommes politiques et la bureaucratie chargée de s'occuper de ces sommes ne sont préoccupés que par le bien-être des citoyens, on doit bien réaliser que de tels transferts sont des sources de revenus pour eux. Ces gouvernants sont ainsi encouragés à éviter les réformes qui auraient pour conséquence de soulager durablement la population, puisque le financement international devrait alors s'arrêter.
Il est vrai que de tels choix politiques ne sont pas sans coût pour les gouvernements bénéficiaires. Même les gouvernements les plus autoritaires ne peuvent ignorer complètement et indéfiniment l'opinion publique et si la population associe sa situation déplorable aux choix des gouvernants, ceux-ci risquent d'être renversés. C'est la raison pour laquelle une part de l'aide est distribuée, même dans le cas où l'intérêt des personnes en charge de la distribution se résumerait à l'enrichissement personnel. Néanmoins, les incitations fournies par l'aide internationale rendent payant le choix de différer les réformes, si ce n'est de maintenir la population dans la pauvreté.
Ainsi, le système d'aide internationale a essentiellement servi à récompenser, quelles qu'aient été les intentions de leurs promoteurs, les politiques entravant le développement. Dans ces conditions, l'instauration de l'état de droit en Afrique, indispensable à la production de richesses, a été indéfiniment repoussée. Les aides que touchent effectivement les pauvres sont une bien maigre compensation. Si le non-paiement de la dette, qu'ils auraient dû supporter via la taxation, leur offre un peu de répit, ce n'est pas en augmentant les subventions à leurs gouvernements qu’on améliorera leur sort.
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