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Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas dans le commerce équitable

Xavier Méra - 13 mai 2005


"Achetez équitable!" C'est le mot d'ordre qui doit prévaloir en France du 30 avril au 15 mai, selon les promoteurs de la "quinzaine du commerce équitable". Mais au fait, qu'est-ce que c'est, le commerce équitable? Une réponse est fournie par Antoine Herth, député du Bas-Rhin, qui vient de présenter une série de quarante propositions pour promouvoir son développement en France: le commerce équitable relève "d'une logique différente. Le simple aspect mercantile du commerce doit céder en partie la place à une démarche philosophique et politique."

Quelle est cette philosophie? En gros, il s'agit de garantir aux producteurs de matières premières, surtout s'ils sont localisés dans les régions les plus pauvres du monde, des prix au-dessus du cours du marché. En achetant plus cher un produit labellisé équitable, le consommateur permet à ces producteurs une meilleure rémunération et contribue à la grande cause de la lutte contre la pauvreté. Cependant, le "commerce équitable" peut bien être une idée brillante d'un point de vue marketing, mais sa pratique généralisée pourrait difficilement réduire la pauvreté en général. Voyons cela.

Dans un contexte où on reconnaît à chacun le droit de faire des échanges avec n'importe quel partenaire consentant, un différentiel de prix entre un café labellisé équitable et un autre café similaire mais non labellisé ne peut pas être maintenu à n'importe quelle condition. La plupart des consommateurs doivent attacher une certaine valeur au label. Autrement, ils reportent leurs achats sur le café "inéquitable", font monter son prix tout en faisant diminuer celui du café labellisé jusqu'à ce que le différentiel soit nul. Si les acheteurs de café décident un beau jour de donner de la valeur au label, des entrepreneurs ayant bien anticipés la demande pourront se permettre de payer des fournisseurs au-dessus du cours du marché et pérenniser cette nouvelle activité. Le don du consommateur est pour ainsi dire transmis jusqu'au fournisseur en étant intégré au prix de son produit.

Ironiquement, la plupart des individus se gargarisant des bienfaits supposés du commerce équitable en termes de consommation responsable, citoyenne, durable et que sais-je encore, sont aussi des adversaires convaincus du "marché", du "capitalisme sauvage", etc. Ils ne semblent pas se rendre compte que, pour autant qu'ils promeuvent l'adoption par les consommateurs de certaines habitudes de consommation et non des politiques restrictives, ils acceptent implicitement l’idée que tous les bienfaits qu'ils chérissent sont accessibles dans le marché libre. En effet, le processus décrit ci-dessus aboutissant à des prix plus élevés pour les producteurs est évidemment un phénomène de marché.

En fait, le développement des pays les plus pauvres pourrait bien passer par l'adoption généralisée du marché libre, mais l'adoption d'un mode de consommation "équitable" en son sein pourrait difficilement y contribuer . La raison en est que lorsque des consommateurs décident de dépenser plus pour des vêtements équitables, ils doivent de toute nécessité se priver d'un usage alternatif de la monnaie additionnelle ainsi dépensée. Ce que voient les partisans de ce genre d'équité, c'est la hausse des revenus et de l'activité dans le secteur labellisé. Ce qu'ils ne voient pas et nous invitent à ignorer, c'est la baisse des revenus et de l'activité ailleurs. Si l’obtention de revenus « équitables » pour certains producteurs signifie la diminution des revenus d’autres producteurs des pays pauvres, il ne peut alors être question d’éradiquer la pauvreté en général par une telle opération.

N'en déplaise à M. Herth, le concept de "commerce équitable" n'est pas fondé sur une profonde démarche philosophique. Il détourne notre attention des véritables causes de la pauvreté. Le protectionnisme agricole européen et son équivalent nord-américain n'auraient-ils pas un rapport avec le sort misérable de nombreux producteurs africains, par exemple? .
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Xavier Méra est chercheur associé à l’Institut économique Molinari

 

Institut économique Molinari