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Les attaques contre Microsoft reposent sur des mythes

Stan J. Liebowitz - 22 avril 2005
(Traduction par Xavier Méra de l'article Microsoft Findings Rely on Dispelled Myths publié le 10 décembre 2000 par The Independent Institute dans le contexte du procès américain contre Microsoft. Compte tenu de la similitude des griefs dans le procès en cours en Europe, cet article demeure d'actualité.)


Dans un récent débat entre candidats républicains à l'élection présidentielle, le sénateur Orrin Hatch a considéré que les poursuites judiciaires contre Microsoft étaient "justifiées" et que les conclusions du juge Thomas Penfield Jackson étaient "accablantes pour Microsoft".

Les conclusions du juge Jackson sont intéressantes à lire mais reposent fondamentalement sur une fiction économique. Je parle de ce que le juge appelle le "problème insoluble de l'œuf et de la poule", aussi connu sous le nom de théorie du verrouillage. Cette théorie prétend qu'un produit dominant pourrait le rester malgré l'existence d'un produit supérieur, parce que le concurrent ne pourrait se coordonner avec les consommateurs (et avec les producteurs de biens complémentaires).

Cette histoire de verrouillage se présente comme suit: Supposons que les magnétoscopes Beta sont supérieurs aux magnétoscopes VHS et que chacun préfèrerait passer au Beta. Cependant, le VHS est déjà bien établi et tous les films sont enregistrés dans le format VHS. Si chacun passait au Beta, les films sortiraient dans le format Beta. Néanmoins, chacun peut penser que les autres vont acheter du VHS et qu'ils doivent par conséquent acheter du VHS s'ils veulent pouvoir louer des films. Puisque chacun préfère le Beta, la conséquence est fâcheuse. Bien entendu, si quelqu'un pouvait coordonner ces consommateurs pour faire le changement, le problème serait surmonté. Les spécialistes de la coordination dans l'économie sont les entrepreneurs et ils sont absents de ces récits de verrouillage du marché.

Cette histoire est adaptable au cas des logiciels: selon le juge Jackson, même si tout le monde préfère OS/2, nous pouvons tous penser (y compris les programmeurs) que les autres vont en rester à Windows. Nous choisissons donc Windows pour pouvoir profiter de ses nombreuses applications. Le juge appelle cela une "barrière à l'entrée". Il croit que cette barrière est une source de pouvoir de monopole pour Microsoft.

Le juge ne nous explique pas comment Microsoft a pu surmonter cette barrière à l'origine. Après tout, les programmeurs n'auraient pas écrit les programmes sans utilisateurs et il n'y aurait pas eu d'utilisateurs sans programmes. Mais Microsoft a surmonté cette barrière. Vous pourriez supposer que ce qui a permis le succès du système d'exploitation de Microsoft pourrait encore permettre l'émergence d'un meilleur produit, mais le juge persiste à penser qu'aucun nouvel entrant ne pourrait surmonter le problème. Selon le juge, lorsque Microsoft améliore son système d'exploitation et appuie des développeurs de logiciels d'autres firmes, une attitude généralement considérée comme louable, cela devient une tactique qui renforce scandaleusement cette barrière. Le problème est que cette croyance selon laquelle les problèmes de coordination ne peuvent être surmontés sur le marché, pose de sérieux problèmes. Par exemple, ce genre de logique implique aussi que les automobiles ne peuvent pas exister puisqu'il n'y aurait pas de stations essence sans voiture et pas de voitures sans station essence.

De la même manière, les consommateurs n'auraient jamais pu passer des disques vinyle aux CD, des huit pistes aux cassettes, du courrier aux fax, et une multitude d'autres changements effectivement réalisés n'auraient pu avoir lieu. En réalité, de vrais exemples d'échec de coordination manquent cruellement. Stephen Margolis et moi-même avons passé plus de dix ans à enquêter sur les prétendus cas d'échec de coordination et nous avons récemment écrit un livre à ce sujet. Notre conclusion, basée sur une montagne de preuves, est que le paradoxe de l'œuf et de la poule ne fournit pas de fondements aux craintes sur les dysfonctionnements des marchés. Il n'y a pas un cas connu où ces problèmes de coordination n'ont pas été surmontés, où de nouveaux entrants plus compétents n'ont pas été capables de bousculer leurs rivaux. Les cas des claviers de machine à écrire et des magnétoscopes, les deux exemples les plus souvent cités, ne contredisent certainement pas cette affirmation. Ils se sont avérés être des fables fondées sur des recherches peu fiables. Nous avons aussi découvert que les leaders, sur les marchés des logiciels, étaient probablement plus vulnérables à la concurrence de rivaux plus performants que sur d'autres marchés.

Ces entrepreneurs, les oubliés des histoires de verrouillage, s'avèrent particulièrement compétents pour coordonner ces marchés. Bien entendu, c'est pour s'enrichir qu'ils le font et un système d'exploitation qui surpasserait et remplacerait Windows serait certainement un bon moyen de toucher le pactole. Il n'y a aucune raison de penser que d'autres entrepreneurs ne seraient pas aptes à cette tâche dans les marchés des logiciels, étant données les sommes considérables qui passent dans les coffres des IPO ces derniers temps.

La fameuse "barrière à l'entrée" est donc un produit de l'imagination. Lorsqu'un système d'exploitation supérieur apparaîtra, il remplacera l'actuel, comme l'histoire le montre. Windows n'a pas encore été délogé de sa position parce qu'aucun produit n'a été véritablement considéré comme supérieur. Ce sera peut-être Linux. Ce sera peut-être un système encore inconnu ou ce sera peut-être encore Windows jusqu'à ce qu'une nouvelle révolution informatique les renverse tous.
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Stan Liebowitz est professeur d'économie à l'Université du Texas de Dallas. Il est l'auteur avec Stephen Margolis de Winners, Losers, and Microsoft, publié par The Independent Institute.

 

Institut économique Molinari