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L’organisation patronale de l’industrie textile européenne, Euratex,
réclame des mesures de protection contre l’envolée des exportations
chinoises.
Elles auraient progressé de 46,5% en valeur et de 625% en volume entre
janvier
2004 et janvier 2005 sur les douze marchés les plus exposés, selon le
dernier
communiqué d’Euratex. William Lakin, son président, a ainsi commenté la
démarche de son organisation auprès de la Commission européenne: «Il est
temps
de limiter l’appétit apparemment vorace des exportateurs chinois pour le
marché
européen.» A ce propos, le commissaire européen au commerce, Peter
Mandelson, a
aussi appelé la Chine à «la modération et la prudence».
Pourquoi devrions-nous nous indigner contre «l’invasion» chinoise? Pour deux
raisons: elle menacerait les emplois de l’industrie textile européenne et
aurait un impact négatif sur la prospérité de l’ensemble des citoyens
européens. C’est ce que suggère Francesco Marchi, directeur des affaires économiques d’Euratex, en affirmant que «l’industrie européenne du textile et
du vêtement contribue largement au PIB des vingt-cinq pays de l’Union».
Autrement dit, toute menace contre la santé des entreprises représentées par
Euratex est une menace contre la prospérité de tous les Européens.
Cependant, un examen approfondi du problème révèle qu’Euratex ne défend
personne
d’autre que ses membres. Tout d’abord, il faut dire et redire ce qui devrait
apparaître comme une évidence. Si des entreprises chinoises gagnent des
parts
de marché sur leurs concurrentes européennes, c’est parce que les
consommateurs
européens tendent à préférer leur textile, notamment grâce à des prix bien
inférieurs. Les mesures de protection, en privant les consommateurs de ce
choix, vont directement à l’encontre de leurs intérêts. Or, chaque citoyen
européen est un consommateur de textile, évidemment.
Par ailleurs, l’argument selon lequel la concurrence chinoise menacerait le
PIB
de l’Europe en mettant à mal la contribution que l’industrie textile
européenne
y fait, est totalement erroné. En effet, les revenus que perdrait l’industrie
textile européenne doivent être gagnés par d’autres industries européennes.
D’une part, en achetant du textile moins cher en Chine, les consommateurs
peuvent acheter d’autres biens produits en Europe. C’est une source
additionnelle de revenu pour d’autres industries européennes. D’autre part,
en
dernier ressort, il faut bien que les importations de textile chinois en
Europe
soient payées grâce à des exportations en provenance d’Europe. Sinon, à quoi
serviraient les euros «exportés» en important le textile? En d’autres
termes,
la baisse des revenus et de l’emploi dans le secteur du textile a aussi pour
contrepartie une hausse des revenus et de l’emploi dans les industries
exportatrices.
Si les restrictions aux importations chinoises étaient bénéfiques aux
Européens,
pourquoi des restrictions similaires ne le seraient-elles pas entre
Européens,
entre pays, entre régions et finalement entre individus? Nous n’essayons pas
de
produire nous-mêmes tout ce dont nous avons besoin parce qu’en nous
spécialisant
dans la production et l’exportation de biens pour lesquelles nous sommes
relativement plus habiles, nous pouvons importer et profiter d’une abondance
de
commodités que nous ne pourrions obtenir autrement. Le textile chinois ne
représente donc pas une menace pour la prospérité en Europe et l’amélioration
de nos niveaux de vie dépend de notre ouverture sur le monde.
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