QUI ÉTAIT MOLINARI? | QUI SOMMES-NOUS? | CONTACTEZ-NOUS | ACCUEIL

NOUVEAUTÉS

ÉDITORIAUX

PUBLICATIONS DE L'IEM

ÉVÉNEMENTS

DOMAINES DE RECHERCHE

L'IEM DANS LES MÉDIAS

COMMUNIQUÉS DE PRESSE

DEVENEZ MEMBRE

LIENS D'INTÉRÊT

FAITES UNE RECHERCHE

Le choix politique de la destruction des forêts d’Afrique centrale

Xavier Méra - 4 mars 2005


Le deuxième sommet des pays du bassin du Congo s’est achevé le 5 février dernier à Brazzaville. "Leurs excellences", chefs d'État du Cameroun, du Congo, de la République démocratique du Congo, de Centrafrique, du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Tchad, du Burundi, du Rwanda et de Sao Tomé et principe, ont signé le "Traité relatif à la conservation et à la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale", avec les encouragements de Jacques Chirac et Kofi Annan. Ceux qui sont préoccupés par la déforestation de la région doivent-ils s'en réjouir ? Non, car les solutions envisagées sont de renforcer les dispositifs de gestion publique déjà existants, sources majeures du problème, alors que seules d'authentiques privatisations des forêts peuvent freiner et finalement stopper la surexploitation.

Même si des statistiques fiables manquent, on s'accorde généralement à reconnaître que le "deuxième poumon" de la Terre après l'Amazonie est en voie de destruction. La responsabilité du désastre est imputée aux firmes multinationales venant pour la plupart des anciens pays colonisateurs. Ces entreprises dévoreuses de profits n'hésitent pas à exploiter les forêts au-delà de leurs capacités de régénérescence pour satisfaire leur appétit démesuré. De plus, on souligne aussi que les programmes des institutions internationales telles que la Banque mondiale et le F.M.I. ont fait sauter les freins à ce type d'exploitation. En effet, chacun sait que les programmes de libéralisation sont des conditions exigées par ces institutions pour la poursuite des prêts. Les libéralisations des exploitations forestières ont ainsi ouvert un chemin pour une course aux profits dommageable à l'écosystème. Mais n'avons-nous pourtant pas dit que la privatisation était la solution ?

La contradiction n'est qu'apparente. S'il y a du vrai dans le scénario que nous venons de décrire, la position anti-capitaliste qu'il suggère ne peut être facilement adoptée que parce qu'on a omis de présenter un élément clé du problème. Le fait est que les forêts restent la propriété des États. En réalité, la "propriété privée des moyens de production" est absente en ce qui concerne ces forêts. Dès l'instant où on veut bien considérer cette donnée factuelle fondamentale, l'idée selon laquelle le capitalisme débridé porterait la responsabilité de la catastrophe ne peut plus être soutenue si facilement. Au contraire, il semble plus raisonnable à première vue d'attribuer les causes de la déforestation aux propriétaires des ressources considérées, à savoir les États d'Afrique Centrale. Bien sûr, ce sont des firmes privées qui exploitent les forêts et elles bénéficient privativement des revenus de leur activité, mais l'utilisation des forêts ne leur est possible que par l'attribution de concessions par les États et cela fait une énorme différence.

Il est extrêmement important de comprendre ce qu'impliquent la propriété gouvernementale et la propriété privée des forêts, du point de vue de leur gestion. L'absence de propriété privée signifie que les forêts ne peuvent être achetées et vendues par des individus et entreprises agissant pour leur propre compte et dont les choix sont sanctionnés par des pertes ou des profits. Par conséquent, elles ne peuvent avoir de prix. Sous le régime de la propriété privée, les entrepreneurs accroissant l'exploitation présente au détriment des revenus d'exploitations futures voient le prix de leur terre diminuer parce que celui-ci dépend des revenus futurs anticipés par tous. Ils sont donc incités à en tenir compte. Il s'ensuit que, relativement à une situation où la forêt est propriété de l'État, les choix des exploitants sont systématiquement orientés en faveur de la conservation.

Le nouveau traité ne remet pas en cause la propriété gouvernementale des forêts. Les politiques fondées sur lui ne peuvent donc pas s'attaquer à la source du problème. Il n'est question que de renforcer les moyens des États pour mieux encadrer les concessions et protéger les forêts, incluant les zones non-sujettes à concessions, contre l'exploitation illégale. Cependant, cette gestion publique est un pauvre substitut à la gestion relativement durable à laquelle sont naturellement intéressés les exploitants dans un régime de propriété privée. Tout d'abord, la gestion gouvernementale est indépendante des considérations financières de pertes et profits. Par conséquent, ses priorités sont établies indépendamment des desiderata des consommateurs finals et les fonctionnaires sont relativement peu incités à se préoccuper véritablement de la protection des forêts. De plus, l'établissement et l'application des réglementations des concessions tendent à être affectés par une source additionnelle de revenus pour ces fonctionnaires, à savoir l'assouplissement de ces réglementations ou leur non-application moyennant paiement illégal. Il n'y a aucune raison de penser que la corruption des fonctionnaires par les exploitants diminue, tant qu'elle paye.

Les chefs d'État peuvent faire toutes les déclarations d'intention qu'ils veulent mais ils ne peuvent instaurer une gestion durable des forêts sans se séparer d'elles. Enfin, il ne faut pas attendre du F.M.I., de la Banque mondiale, des États-Unis ou de l'Union européenne, qu'ils imposent de véritables privatisations. Comme dans tous les changements institutionnels majeurs, c'est de l'opinion publique locale que dépendra le succès ou l'échec d'une telle voie de réforme.
.

Xavier Méra est chercheur associé à l’Institut Économique Molinari.

 

Institut économique Molinari