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"La Commission ne peut ni n’entend tolérer les accords de fixation des prix et de partage du marché. Je ne laisserai pas les sociétés se partager le marché unique et priver ainsi les clients des avantages auxquels ils ont droit." a déclaré Neelie Kroes à propos de la condamnation de Akzo Nobel, Arkema (anciennement Atofina) et Hoechst pour entente illégale sur le marché de l'acide monochloracétique. Ces firmes devront payer des amendes d'un total de 216,91 millions d'euros.
Commentant cette décision, Mme Kroes a aussi déclaré "La lutte contre les ententes est l’une de mes premières priorités et les sociétés qui concluent des ententes se verront infliger de lourdes amendes." Autrement dit, le volet antitrust de son mandat sera caractérisé par la ligne dure qui a déjà prévalu sous son prédécesseur, M. Monti.
Pour les partisans des politiques antitrust, les négociations et ententes entre firmes opérant sur le même marché leur confèrent un "pouvoir de monopole" nuisant aux intérêts des consommateurs. Il s’ensuit, selon eux, que la "protection des consommateurs" exige l'intervention de la Commission européenne en sa qualité d'organe de répression contre les actions "prédatrices" des firmes.
Le fait que ces comportements coopératifs n'aient évidemment rien à voir avec des agressions caractérisées ne les empêche pas de réclamer les punitions qu'on réserve normalement à des voleurs. Une législation spéciale requiert des justifications spéciales. C'est ici qu'intervient le rôle des économistes universitaires. Ils ont fourni à leurs employeurs une panoplie de concepts tels que la théorie de la concurrence pure et parfaite, du prix de monopole et de la concurrence imparfaite ou monopolistique.
L'idée commune à ces rationalisations d'une politique interventionniste de la concurrence est que les configurations plus ou moins "monopolistiques" du marché permettent aux vendeurs de limiter la quantité de biens disponible et de la vendre à des prix plus élevés par rapport à la situation qui prévaut dans le monde merveilleux de la concurrence pure et parfaite. L'entente est ainsi répréhensible dans la mesure où elle permet de telles restrictions.
Ce que ce mode de raisonnement refuse de considérer, c’est que ce scénario n’est vraisemblable que si le nombre de vendeurs est fixé. Dans le monde du libre marché, les gens sont libres de choisir d’entrer ou non sur un marché – et c’est ce qu’ils font tous les jours, dans la mesure où la législation ne les en empêche pas. L'hypothèse implicite d'une configuration figée du marché ne peut pas s'appliquer dans ce cas.
En fixant théoriquement le nombre de vendeurs, ces modèles ignorent l’impact profond de la libre entrée sur le marché, à savoir que des comportements coopératifs n'offrant pas de gains aux consommateurs sont en fait des opportunités de profits pour de nouveaux entrants. Ceux-ci peuvent alors mettre à mal la position du cartel en vendant moins cher, dans la mesure où ils perçoivent ces opportunités.
Lorsqu'ils n'ignorent pas cette objection, les partisans de l'antitrust se retranchent derrière la proposition suivante. Une entrée non prohibée sur un marché n'est pas suffisante, encore faut-il que les coûts d’entrée et de sortie soient bas. Comme l’affirme l’économiste John Kay, l’entreprise A peut répondre à l’entrée sur le marché de la compagnie B, « en ciblant de façon extrêmement agressive les clients potentiels de l’entreprise B, si bien que le nouvel entrant ne peut opérer avec profit. »
Pourtant, la concurrence sans coût d’entrée et de sortie est tout simplement absurde. Ce qui rend difficile l’entrée d’une entreprise sur un marché, c’est la crainte de réaliser des pertes. La survenance de pertes signifie que les besoins les plus pressants de la plupart des consommateurs n’ont pas été satisfaits du fait d’une mauvaise allocation des facteurs de production. L'allocation des facteurs aux différents processus de production serait complètement arbitraire si ces coûts n’étaient pas opérants. La crainte des pertes et la motivation du profit est précisément ce qui permet d'harmoniser l'intérêt des entrepreneurs avec ceux des consommateurs.
Si Mme Kroes veut véritablement se préoccuper de la satisfaction des consommateurs, elle doit remettre en cause les modèles qui fondent sa politique, tenir compte des enseignements corrects de la théorie économique concernant le rôle social de la libre entreprise, c'est à dire reconnaître l'importance capitale, dans l'intérêt des consommateurs, d'un système de prix, de pertes et de profits résultant du respect des contrats. Il ne fait aucun doute qu'une décision inspirée de ces idées serait de mettre fin à la chasse aux sorcières.
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