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La semaine dernière, l'Académie Nationale des Sciences a publié son rapport sur le changement climatique, préparé en réponse à une requête de la maison blanche. Il a été décrit dans la presse comme une approbation implicite du Protocole de Kyoto. La couverture de l'événement par Michelle Mitchell de C.N.N. a été typique de ce qui nous a été donné d'entendre à cette occasion. Elle a déclaré que le rapport représentait "l'avis unanime que le réchauffement global est réel, qu’il s'aggrave et qu’il est dû à l'homme. Cela ne fait aucun doute."
Faisant partie des 11 scientifiques qui ont préparé le rapport, je peux témoigner que cela est simplement faux. Tout d'abord, l'A.N.S. n'a jamais exigé de tous les participants qu'ils s'accordent sur tous les éléments du rapport, mais plutôt que le rapport représente l'ensemble des points de vue. C'est ce qui y figure, mettant en évidence qu'il n'y a pas de consensus ou d'unanimité à propos des tendances climatiques de long terme et de ce qui les détermine.
Comme d'habitude, l'attention du public s'est plus portée sur le résumé préparé à la va-vite que sur le cœur du rapport. Le résumé commence par l'affirmation que les gaz à effet de serre s'accumulent dans l'atmosphère terrestre en conséquence des activités humaines, provoquant une hausse des températures de l'air en surface et des océans sous la surface, etc., puis continue avec les réserves nécessaires. Par exemple, il est bien noté dans le texte intégral qu'une période de 20 ans est trop courte pour faire une estimation des tendances de long terme, mais le résumé ne le mentionne pas.
Notre principale conclusion est que malgré nos points de convergence, la science n'est pas fixée. Nous sommes convaincus (1) que la température moyenne globale est de 0,5 degrés Celsius plus élevée qu'elle ne l'était il y a un siècle; (2) que les niveaux de dioxyde de carbone ont monté durant les deux derniers siècles; et (3) que le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre (un parmi d'autres, les plus importants étant la vapeur d'eau et les nuages) dont l'accroissement peut vraisemblablement réchauffer la Terre.
Cependant -- et il est difficile de trop insister là-dessus -- nous ne sommes pas en position d'attribuer le changement climatique passé au dioxyde de carbone ou de prévoir ce que sera le climat dans le futur. Autrement dit, contrairement à ce qui est suggéré dans les médias, l'accord sur les trois propositions fondamentales ne permet pas de trancher les débats relatifs aux prises de décisions politiques.
Cette incertitude provient par exemple du fait, établit par le rapport, que le climat est toujours en train de changer; le changement est la norme. Il y a deux siècles, la quasi-totalité de l'hémisphère Nord sortait d'une petite ère glaciaire. Il y a mille ans, pendant le moyen âge, cette région était dans une période chaude. Il y a trente ans, nous nous inquiétions d'un refroidissement global.
Distinguer les changements récents de la température moyenne globale des variations naturelles permanentes, largement inconnues, n'est pas une tâche aisée. Toutes les tentatives ont jusqu'à présent fait l'hypothèse que les modèles climatiques existants simulent la variabilité naturelle, mais je doute que quiconque croit vraiment à cette hypothèse.
Nous ne savons tout simplement pas quelle relation, s'il y en a une, existe entre les changements climatiques généralisés et la vapeur d'eau, les nuages, les tempêtes, les ouragans et d'autres facteurs, y compris les changements climatiques régionaux, qui sont généralement plus marqués que les changements globaux sans leur être corrélés. Nous ne savons pas non plus comment prévoir les variations de gaz à effet de serre. Ceci est dû au fait qu'on ne peut pas anticiper le changement économique et technologique pour le prochain siècle, et aussi au fait qu'il y a de nombreuses substances faites de main d'homme dont les propriétés et les quantités sont peu connues, mais qui pourraient être comparables en importance au dioxyde de carbone.
Ce que nous savons est qu'une quantité doublée de dioxyde de carbone ne produirait qu'une modeste hausse de température d'un degré Celsius. Les hausses plus importantes envisagées dépendent d'un effet "d'amplification" du dioxyde de carbone provoqué par d'autres gaz à effet de serre, les nuages et la vapeur d'eau, mais sa modélisation est de faible qualité.
La presse a fréquemment lié l'existence d'un changement climatique à la nécessité du protocole de Kyoto. Le groupe d'experts de l'A.N.S. n'a pas abordé cette question. Mon propre point de vue, en accord avec les travaux du groupe, est que le Protocolede Kyoto n'aboutirait pas à une réduction substantielle du réchauffement climatique. Étant données les difficultés impliquées dans une limitation significative des niveaux atmosphériques de dioxyde de carbone, une politique plus efficace pourrait bien être de se concentrer sur d'autres substances à effet de serre dont le potentiel de réduction du réchauffement global en un laps de temps court pourrait être plus grand.
On nous a aussi demandé d'évaluer les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations-unies, en se concentrant sur le Résumé pour les décideurs politiques, la seule partie jamais lue ou citée. Le résumé, considéré comme une approbation de Kyoto, est généralement présenté comme le produit d'un consensus entre des milliers de scientifiques du climat parmi les plus réputés au monde. Dans les limites conférées par la courtoisie professionnelle, le groupe de l'A.N.S. a essentiellement conclu que le Résumé du G.I.E.C. ne fournit pas de principe directeur pour les décisions du gouvernement des États-Unis.
La version intégrale du rapport du G.I.E.C. est une description admirable des activités de recherche en climatologie, mais elle n'est pas spécifiquement orientée vers la politique. Le Résumé pour les décideurs politiques l'est, mais c'est aussi un document très différent. Il consiste en l'exposé d'un consensus entre des représentants gouvernementaux (dont la plupart sont aussi les représentants de leurs nations à Kyoto), plutôt que d'un consensus entre scientifiques. Ce document tend fortement à négliger les incertitudes, et présente des scénarios effrayants pour lesquels aucun semblant de preuve n'est disponible.
Dans le débat public, la science est souvent utilisée comme une source d'autorité permettant de marginaliser des adversaires politiques et de tromper des citoyens peu informés. C'est ce qui s'est passé avec les rapports du G.I.E.C. et de l'A.N.S. Ce procédé malhonnête entrave notre capacité à prendre des décisions rationnelles. Une description plus juste de l'état de la science montre que nous demeurons largement dans une incertitude sans commune mesure avec ce que les défenseurs de Kyoto voudraient reconnaître, et que le rapport de l'A.N.S. est loin d'avoir clos le débat. Il n'était d'ailleurs pas supposé le faire.
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