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Tuer pour préserver. Comment les hommes en tant que chasseurs protègent la faune et les écosystèmes vitaux

Max Borders - 8 septembre 2004
(Traduction de l'article Killing for conservation paru sur le site abetterearth.org)


L'idée biblique de la domination de l'homme sur les animaux n'est pas un simple dogme religieux et cruel. En fait, les partisans de la préservation et les défenseurs des droits des animaux seraient bien inspirés d'adhérer à l'idée de l'humain en tant que chasseur, sous réserve que des droits de propriété adéquats soient établis. Les loups sont des chasseurs. Les ours sont des chasseurs. Pourquoi pas les humains? Ne faisons-nous pas partie de l'ordre naturel?

Considérons ce témoignage anecdotique: un des plus grands groupes privés de préservation est Ducks Unlimited. Son vice-président Doug Young raconte: "Ma passion pour le grand air a commencé dans l'enfance au côté de mon père. Avec mon diplôme universitaire en biologie, ce sont les deux liens les plus évidents avec DU, mais il y a plus que cela. En tant qu'être humain, j'attribue une grande valeur à nos espaces sauvages, pas seulement pour des raisons de qualité de vie, mais du fait de la multitude d'avantages que ces endroits fournissent à la société. DU contribue à faire en sorte que les marécages soient toujours là pour fournir ces bénéfices". Doug et son père étaient des chasseurs. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il semble que les chasseurs aient un intérêt à ce que l'écosystème continue d'inclure leur gibier favori. C'est la raison pour laquelle les chasseurs sont aussi des protecteurs de l'environnement. 

Une empathie déplacée

En notre qualité d'êtres humains, nous avons une capacité unique pour l'empathie. Ce trait de caractère a généralement oeuvré pour notre survie en tant qu'espèce. Quand nous nous mettons à la place de quelqu'un, nous tentons de comprendre son plaisir, sa douleur ou son point de vue, et nous sommes moins disposés à lui nuire. Cependant, notre empathie peut être parfois déplacée. Nous essayons d'étendre cette émotion exclusivement humaine à des êtres qui ne peuvent en faire autant. C'est pourquoi il est très simple pour un ours de déchiqueter un être humain s'il se sent menacé ou s'il a faim - et les ours ne s'inquiètent certainement pas des sentiments du saumon.  Les ours n'éprouvent simplement pas d'empathie. De même, alors que nous pouvons nous préoccuper de la douleur des animaux, une telle préoccupation n'a jamais eu sa place dans la réalité de l'ordre naturel.

Il y a une bonne raison à cela. Par exemple, lorsque des loups furent réintroduits dans le parc de Yellowstone, ces grands carnivores furent capables de ramener à l'équilibre l'écosystème. Les populations excessives d'élans furent ramenées à des quantités soutenables, puisque les élans sont une source de nourriture pour les loups. Le rapace et les populations d'oiseaux charognes sont aussi revenus à des niveaux normaux, dès que ces chasseurs se sont joints au festin. Les insectes, les bactéries, et autres formes déplaisantes de vie, ont contribué à nourrir les rongeurs et certains autres animaux dont les populations avaient diminué. Il y a vraiment un "cercle de la vie", et l'empathie pour l'élan aurait pu le briser.

Mais comment les humains s'intègrent-ils dans ce tableau?

Considérons le cas de la faune en Afrique. La situation y est devenue catastrophique à partir du moment où des groupes, partisans des droits des animaux et de la vie sauvage, ont exigé des gouvernements africains qu’ils interdisent la chasse du gros gibier (des éléphants pour l'ivoire). Tout d’abord, comme avec les drogues illicites, des marchés noirs se sont formés. Le prix des biens issus du gros gibier a monté, pour compenser les contrebandiers pour les risques de leurs activités et pour satisfaire la demande. Ceci s’est traduit par de gros profits pour les braconniers.

De plus, les braconniers déclarés ont facilement pu échapper aux lois des gouvernements qui n’avaient pas les ressources pour appliquer les interdictions. Le nombre de braconniers a ainsi augmenté géométriquement. Et comme personne ne « possédait » ce grand gibier, la traditionnelle tragédie de la vaine pâture s’en est suivie. La cause? « Si je ne l’attrape pas, quelqu’un d’autre l’aura ». Les populations de grand gibier ont ainsi diminué de manière spectaculaire dans ces zones. Le prix du gibier a continué de monter, et de plus en plus de chasseurs se sont concurrencés pour des animaux plus chers jusqu’à ce que le processus soit hors de contrôle. Les populations sauvages se sont vite épuisées au point que chacun s'est préoccupé de la simple survie de ces espèces.

Maintenant, qu’en aurait-il été si les peuples africains - ou même des individus - avaient eu des droits de propriété sur le gibier dans ces régions? Après tout, il faut aussi une incitation pour protéger ces créatures, puisque les éléphants, par exemple, peuvent piétiner un village entier en une nuit. Supposons que les villageois d'une telle région puissent faire payer de riches chasseurs occidentaux pour rentrer de temps en temps sur leurs terres et chasser. Non seulement les villageois auraient une incitation à limiter la chasse dans la région de telle manière que les populations de gibier restent stables en raison des rendements futurs, mais ils auraient aussi une incitation à empêcher les braconniers de pénétrer sur leur propriété pour les mêmes raisons.

La meilleure illustration de cette idée a été observée dans des pays comme la Zambie, où CAMPFIRE a été appliqué. CAMPFIRE est un programme destiné à donner aux villageois locaux des droits sur les zones de chasse, ce qui leur fournit une incitation à gérer la vie sauvage. Dans les pays où CAMPFIRE a prévalu, les populations d'éléphants par exemple, se sont accrues. Dans les pays où les droits de propriété sur le gros gibier n'existent pas, les populations ont diminué.

Même si les institutions et les valeurs humaines sont plus complexes,  on peut encore concevoir leur rôle dans un écosystème équilibré. Une des meilleures manières de le faire, comme Radley Balko l'a récemment mis en évidence dans son Alternative Environmentalism: A Manifesto, est de se reposer sur la notion de droits de propriété. Alors que nos sentiments pour les animaux peuvent sembler (à première vue) nobles, l'imposition d'une éthique du droit des animaux peut aboutir à des conséquences inattendues et négatives pour ces mêmes animaux qu'il s'agirait de protéger. C'est pourquoi nous ne devrions pas seulement accepter que les êtres humains puissent aussi être des chasseurs, mais aussi que les chasseurs sont souvent les meilleurs protecteurs de la vie sauvage.

Max Borders est éditeur et directeur de projet à abetterearth.org

 

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