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Les préoccupations environnementales sont à la mode. Tout parti politique se doit d'y répondre dans son programme pour ne pas être considéré comme une organisation d'arrière-garde. Tout le monde en parle, des émissions de télévision y sont régulièrement consacrées, et les publicitaires surfent sur cette vague. Quand un mouvement est "tendance", on peut tenir pour pratiquement certain que les innombrables personnes s'en réclamant ne donnent pas toutes le même sens aux positions et slogans qui sont censés témoigner de leur démarche commune. Il en est ainsi de l'indignation que suscite la "pollution". L'objet de cet article est de lever une équivoque portant sur ce terme galvaudé. En effet, la pollution est tour à tour entendue comme une dégradation de l'environnement des hommes ou comme une attaque contre la Nature elle-même. Dans le premier cas, c'est un problème de relations entre hommes. Dans le second, c'est un problème de relations entre l'Homme et la Nature. On verra, à l'aide de quelques considérations praxéologiques élémentaires, certaines implications d'une telle différence de perspective.
Faisons un voyage à travers le temps pour nous retrouver dans les années 1830-1840 en Grande-Bretagne. De nombreux procès impliquant les compagnies de chemin de fer eurent lieu à cette époque. Le cas typique était le suivant: un fermier portait plainte contre une compagnie parce que les escarbilles rejetées par les locomotives brûlaient son champ. C'est un exemple manifeste de pollution. Le fermier protestait contre l'invasion de sa propriété. Avant que l'environnementalisme soit dans l'air du temps, il était clair que la victime d'une pollution était une personne, dans ce cas le fermier. Bien sûr, c'est le champ qui était brûlé et pas la personne, mais la seule raison de s'indigner était que l'environnement détruit était sa propriété, un moyen pour ses fins, dévalorisé par son détournement coercitif vers d'autres fins. La question de savoir qui était légitimement propriétaire des ressources sur lesquelles portait le conflit était bien sûr controversée. Concrètement, il n'était pas évident et il n'est toujours pas évident de déterminer qui est l'envahisseur et qui est la victime d'une pollution. Il était par contre clair qu'une pollution est subie par quelqu'un, un être humain, et que l'environnement n'est pollué que parce qu'il a préalablement été valorisé comme moyen pour des fins humaines. Dans ce cas, la préoccupation environnementale est relative au bien-être humain et il ne fait aucun doute que la sympathie que suscitent les mouvements écologistes provient largement d'une telle interprétation.
Maintenant, il est de plus en plus courant de considérer implicitement ou explicitement, que l'environnement, la nature en général et toute parcelle de celle-ci, a une valeur intrinsèque, indépendante de son utilité au service d'objectifs humains. Il faut avoir cette différence en tête si on veut appréhender la tournure actuelle des débats environnementaux. Si on reprend l'exemple du chemin de fer, il y a bien pollution. Cependant, la vraie victime n'est pas un humain mais les épis de blés ou quoi que ce soit d'autre dont le champ était composé. C'est la Nature, élevée au rang de sujet de droit, qui a été agressée. Dans cette perspective, la question de savoir si le plaignant ne faisait qu'affirmer sa juste propriété ou s'il tentait d'envahir celle de la compagnie est secondaire. En effet, s'il n'y avait pas eu de fermier et que la zone bordant la voie ferrée était non-appropriée, il y aurait quand même eu pollution puisque de la végétation n'en aurait pas moins été brûlée. De plus, on peut aussi considérer que la voie ferrée est en elle-même une pollution de la Nature puisqu'elle trace une balafre sur le visage de la Terre. Après tout, qu'il y ait ou non des escarbilles, le travail humain a défriché toute la zone couverte par la voie. Il doit maintenant être clair que cette "pollution" n'est pas la même que celle évoquée au paragraphe précédent.
Quand on conçoit la pollution de cette manière, il n'est plus question de se préoccuper de la rareté des ressources naturelles par rapport aux fins de diverses personnes et des conflits que cela peut impliquer. Ce qui est valorisé est un certain équilibre de l'écosystème. Ceci a des implications politico-économiques considérables. La praxéologie nous enseigne que toute action humaine implique l'utilisation de ressources naturelles. Tout d'abord, comme Murray Rothbard l'a écrit dans son magnum opus, un "... processus nécessaire impliqué dans toute action est appelé production ; c'est l'utilisation par l'homme d'éléments disponibles de son environnement comme moyens indirects -comme combinaison de facteurs- pour obtenir finalement un bien de consommation qu'il pourra utiliser directement pour servir sa fin."De plus, "...les facteurs de production peuvent tous être divisés en deux classes: ceux qui sont eux-mêmes produits , et ceux qui sont déjà disponibles dans la nature -dans l'environnement de l'homme ." Et Rothbard précise bien que "Non seulement le Travail est présent à chaque étape de la production, mais la Nature doit l'être aussi. De la Terre doit être disponible pour fournir de la place [au sens d'un lieu où se tenir] à chaque étape du processus..." Et "...si nous voulons ramener chaque étape de production à ses sources originelles, nous devons arriver à un point où seuls le travail et la nature existaient et où il n'y avait pas de biens de capital [les facteurs de production produits]. Ceci est nécessairement vrai par implication logique, puisque tous les biens de capital ont dû être produits aux étapes précédentes à l'aide du travail." Ceci signifie qu'il ne peut pas exister de processus de production qui n'utilise pas des éléments de la nature. Tout acte "transforme" d'une manière ou d'une autre la nature.
Si l'état naturel idéal est l'état sauvage, l'homme est fondamentalement un parasite grevant la capacité de la Nature de poursuivre son développement normal. Il s'ensuit qu'une politique visant cette soi-disant fin de la Nature, doit être plus ou moins anti-humaine suivant la place qu'on daigne accorder à l'homme dans l'écosystème idéal. La praxéologie n'a pas à juger moralement ces politiques mais elle informe le citoyen du fait qu'adopter de manière cohérente un tel point de vue sur les problèmes de pollution revient à prendre position contre la production en division du travail par le truchement du marché, et donc contre la civilisation.
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