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La fissure allemande du mur de Kyoto

Carlo Stagnaro - 12 mai 2004


Une nouvelle fissure vient de s'ouvrir sur le mur de Kyoto. Le chancelier allemand, Gerhard Schröder a déclaré que si la Russie refuse de signer le protocole de Kyoto, l'Europe ferait mieux de ne pas trop se presser pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre. « Nous espérons que le protocole de Kyoto sera ratifié par exemple par la Russie » a dit Schröder. « Mais si ce n'est pas le cas, la concurrence sera faussée au détriment de l'économie Européenne et particulièrement de l'économie Allemande ».

En réalité, selon les estimations de DRI/WEFA, le protocole de Kyoto pourrait générer une hausse du prix du chauffage de 28% en Allemagne d'ici à 2010 ; le prix de l'essence et du diesel augmentant respectivement de 9 et de 14 %. Le Produit Intérieur Brut (PIB) tomberait en dessous de 2,9% par rapport aux prévisions de base, et 1 million d'emplois chaque année seraient détruits pendant la période budgétaire allant de 2008 à 2012.

Il est évident que ce sont les catégories les plus pauvres de la société allemande qui seront les plus touchées par la réduction des émissions de gaz. Alors que les gens riches peuvent affronter une augmentation du prix de l'énergie (et par conséquent une augmentation des prix en général), les pauvres pourraient avoir du mal à faire face à des prix plus élevés. M. Schröder est un homme de gauche. C'est la raison pour laquelle, il est supposé prendre en compte l'effet des politiques qu'il adopte sur les gens pauvres.

En prenant position contre le traité climatique, M.Schröder brise également l'unité Européenne qui prévalait sur cette question. En fait, Schröder n'est pas le premier leader Européen à souligner que les résultats présumés du protocole de Kyoto devraient être comparés à leurs coûts. Déjà en 2002, le commissionnaire Européen de l'Energie et du Transport, Loyola Palacio notait que « l'énergie au sein de l'Union Européenne est déjà suffisamment chère…Nous avons déjà des taxes sur l'essence. Est-ce que nous allons encore les augmenter, sachant à quel point la population apprécie ce genre de mesures ? ». Kyoto n'est pas précisément une taxe sur l'énergie, mais une réduction des émissions de gaz à effet de serre (c'est à dire de la consommation d'énergie). Il ne peut aboutir, toutes choses étant égales par ailleurs, qu'à une augmentation du prix de l'énergie ou bien à la création d'une rareté artificielle. Après que la Russie a décidé de ne pas ratifier le protocole de Kyoto, Loyola de Palacio a ajouté que sans la participation de Moscou, les tractations à Bruxelles sur les réductions d'émissions n'avaient plus de sens.

Plus récemment, le Ministre Italien de l'environnement Altero Matteoli a tenté d'obtenir une déclaration commune de la part de ses homologues qui stipulerait que la future réduction des émissions devrait dépendre de la ratification du protocole par la Russie. Et Paolo Togni, le directeur de cabinet du ministre Matteoli, a souligné que la responsabilité humaine dans le réchauffement de la planète est négligeable comparée aux facteurs naturels. Cela signifie que les mesures prises pour atténuer le réchauffement en diminuant les émissions anthropogéniques sont pour le moins inefficaces.

Ce qui est intéressant c'est que les hommes politiques Européens (tels que Loyola de Palacio pour l'Union Européenne, Schröder en Allemagne, et Matteoli en Italie) hésitent à s'opposer ouvertement au Protocole. Ils préfèrent justifier leur position comme étant la conséquence d'une décision prise par quelqu'un d'autre, plutôt que comme découlant d'une analyse des coûts et des bénéfices. En réalité, ils déclarent qu'ils sont à priori favorables au protocole de Kyoto, mais que sans la participation d'autres pays développés (les pays en voie de développement mis à part), le protocole serait inefficace. Par conséquent, l'Italie et l'Allemagne appliqueront Kyoto après la Russie. Mais c'est comme si l'on disait “nous le ferons après un hiver froid passé en enfer”.

La Russie n'a aucune intention de ratifier Kyoto parce que cela ralentirait la croissance économique rapide que le Président Poutine a choisi comme objectif politique. Le conseiller économique de Poutine, Andrej Illarionov, a même été plus loin en qualifiant Kyoto de « retour au Gosplan ».

« Le mécanisme proposé [pour mettre en oeuvre Kyoto] diminuerait les quotas année après année” a déclaré Illarionov.  « il est donc peut-être plus correct de le comparer à un retour au Goulag… Au cours du 20 ème siècle, la Russie a énormément souffert d'une autre idéologie qui venait d'Europe” a-t-il dit en se référant au Marxisme. Et il a défini le “kyotisme” comme étant l'idéologie du contrôle climatique.

Il y a quelques années encore, Kyoto était une question de religion en Europe. Soit vous y étiez favorable soit vous étiez un hérétique. Aujourd'hui, les choses sont bien différentes. Comme la première phase d'engagement approche (2008-2012) et que les coûts du protocole deviennent plus concrets, les politiciens Européens commencent à penser qu'une politique coûteuse et inefficace pourrait se traduire par un déclin des votes en leur faveur.

Le mur de Kyoto se fissure. La fissure la plus fatale d'entre elle pourrait bien être celle portée par le marteau allemand. Ce ne serait pas la première fois qu'un mur s'écroulerait à Berlin.

M. Stagnaro est le Directeur des études sur l'écologie de marché de l'Institut Bruno Leoni de Turin ( www.brunoleoni.it ) et « fellow » de l'Institut bruxellois « International Council for Capital Formation » ( www.iccfglobal.org ).

 

Institut économique Molinari