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Les réactions face au verdict de la Commission européenne dans le cas de Microsoft n'ont rien eu de surprenant. En effet, l'amende record de 497 millions d'euros à laquelle la société a été condamnée est soit considérée comme excessive, soit tout à fait insignifiante, eu égard à la taille de ce géant de l'informatique. L'idée est aussi fort répandue que Microsoft a été le bouc émissaire de l'unilatéralisme américain dans le monde des affaires.
De mon point de vue, cela sonne surtout le glas de la fin de carrière de Mario Monti. En de jours meilleurs, et il y en a eu un certain nombre, Mario Monti s'était fait le champion d'une vision progressive, promesse de voir l'Europe entrer pleinement dans le monde de l'économie mondiale. C'est ainsi que j'espérais que l'on se souviendrait de lui.
Le Monti dont j'aurais voulu garder le souvenir est celui qui a mené une campagne courageuse contre les vieilles tendances anticoncurrentielles de l'Europe. C'est Monti, ne l'oublions pas, qui a courageusement amené des changements importants dans le domaine des fusions d'entreprises. C'est lui qui a engagé un économiste en lui confiant la tâche de critiquer le travail des autorités dans le domaine de la concurrence et qui a défendu une critique judiciaire accélérée des décisions de la Commission. L'idée de soumettre les décisions de fusions aux lois de l'économie de marché était évidente pour les économistes. Pour beaucoup, cependant elle était un anathème.
Ce personnage dont je voudrais me souvenir, c'est aussi celui qui a déployé le pouvoir de la Commission pour supprimer les subventions du gouvernement aux industries. Vous souvenez-vous des poursuites dont les banques allemandes ou les éleveurs de cochons italiens ont fait l'objet ? Monti avait su se montrer implacable au point de faire peur à l'arrière-garde. En les démasquant, il avait laissé entrevoir la possibilité de voir l'économie européenne se sortir de ses mauvaises performances.
Le personnage avait quelque chose d'assez héroïque. Il avait décidé de ne pas suivre la pente descendante au risque de s'attirer la haine des bureaucrates et parfois même des Américains. Ces derniers n'ont souvent pas compris que sa Commission était devenue l'institution européenne majeure oeuvrant à mettre fin au protectionnisme et à mettre en place les bases d'une économie solide, gage de prospérité aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Une fois encore, l'Amérique avait manqué de reconnaître son véritable allié.
Et pourtant, les événements ont donné raison à la première appréciation du personnage. Le verdict de Microsoft marque, en effet, un profond retour en arrière : celui de voir le pouvoir de l'Etat préférer les concurrents aux consommateurs, car ce jugement se résume à la condamnation d'une société pour le seul fait même qu'elle est innovante et efficace. La Commission a
choisi de décider comment les softwares devaient être conçus et comment ils devaient être commercialisés. Elle a ainsi mis un veto de principe sur ce que l'innovation aurait pu faire émerger. Le message est clair et concis : si vous avez trop de succès, si vous êtes trop innovants, il est probable que la Commission intervienne, non pas à la demande urgente des consommateurs, mais au nom de concurrents qui ne savent pas être aussi innovants et productifs, mais qui par contre maîtrisent l'art de l'intimidation.
Microsoft a fait appel, et il est fort possible que la Cour lui donne raison contre Monti. Ce ne serait pas la première fois, puisqu'elle lui a donné tort lorsqu'il a voulu empêcher l'acquisition de Legrand par Schneider et celle du français Sidel par Tetra Laval. Le cas de Microsoft illustre cependant un cas encore plus grave d'inflation réglementaire. On peut aussi regretter que le nom de Mario Monti soit maintenant attaché à ce cas.
Le commissaire avait, semble-t-il, un nombre important de choses à enseigner en Europe en ce qui concerne la reconstruction d'une économie qui puise son dynamisme dans la concurrence. Je le pensais plutôt innovateur et iconoclaste au sein de la vieille Europe protectionniste. Il vient pourtant de faire une grave erreur qui nuit terriblement à son héritage.
Ainsi disparaît celui qui aurait pu être un héros.
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