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La compréhension et l’interprétation de l’emploi des médicaments est une tâche souvent difficile. C’est d’elle que dépend en grande partie la santé des consommateurs et pourtant la diffusion d’information les concernant est extrêmement réglementée. Dans de nombreux pays, les autorités interdisent le plus souvent aux professionnels du médicament de faire de l’information auprès du grand public pour les médicaments remboursables et/ou soumis à prescription. Il y a deux ans, l’UE rejetait également un projet qui visait à assouplir la législation sur les médicaments prescrits.
Parce que l’information sur les médicaments est cruciale pour leur bonne utilisation, on peut se demander si cette réglementation extrême de l’information directe au consommateur ne nuit pas finalement à l’intérêt du patient.
La justification souvent avancée pour de telles réglementations repose sur quelques cas tristement célèbres comme celui connu sous le nom de scandale de la thalidomide, qui fut dans les années soixante un médicament utilisé par les femmes enceintes avec la conséquence pour elles d’accoucher d’enfants malformés. Pour éviter tout risque sanitaire, la législation européenne oblige la diffusion d’une information sur les effets secondaires des médicaments tout en contrôlant ou en interdisant l’information sur leurs bienfaits thérapeutiques. La bonne information est distinguée de la mauvaise par
un décret des autorités. Reste à savoir si c’est là le meilleur moyen de produire et de diffuser une information de qualité. Il n’y a, en effet, aucune raison de penser qu’il est dans l’intérêt d’une entreprise pharmaceutique de diffuser une fausse information. Au contraire, il est dans son intérêt profond de produire des médicaments de qualité et de fournir une information fiable, car elle met en jeu sa crédibilité et donc sa survie tout simplement. On sait avec quelle rapidité le consommateur peut sanctionner sévèrement une entreprise qui s’est montrée malhonnête à l’égard de ses clients comme l’a montré la disparition fulgurante de la société Arthur Andersen.
L’acquisition d’information est coûteuse pour l’individu parce qu’elle prend du temps. C’est pourquoi laisser émerger un marché de l’information dans le domaine de la santé peut lui être extrêmement bénéfique. En mettant fin au monopole des docteurs et des pharmaciens en matière d’information médicale, en donnant la parole aux créateurs de médicaments, on crée la possibilité de voir se développer une information de qualité qui non seulement facilite le travail de recherche du consommateur mais lui permet aussi d’accéder à des produits de meilleure qualité et/ou moins coûteux, ce qui dans le domaine de la santé peut épargner des vies.
Contrôler ce que les gens ont le droit de savoir ou pas par des réglementations, c’est courir le risque de multiplier les problèmes, ce dont témoignent les travaux du professeur Paul Rubin (Emory University) qui évalue à 10.000 décès par an le coût de l’absence d’information concernant les bienfaits de l’aspirine sur les crises cardiaques.
Les exemples sont nombreux. En effet, une autre interdiction touche les informations relatives aux bienfaits de l’acide folique (une vitamine B favorisant le développement des cellules). Celui-ci pourrait réduire les risques de certaines malformations à la naissance. Cette décision a fait souffrir énormément d’enfants puisque, chaque année, 2500 enfants naissent avec une spina bifida (une déformation du tube neural qui peut entraîner des paralysies) et beaucoup plus sont avortés. A cela on peut
aussi ajouter l’exemple du Canada où l’information directe au consommateur est prohibée: un homme sur neuf risque de développer un cancer de la prostate et un sur vingt d’en mourir; le développement de cette maladie pourrait être freiné si l’information relative aux médicaments soignant la dysérection (symptôme annonçant des problèmes de prostate) était autorisée, selon les compagnies de recherche pharmaceutique.
Ces exemples illustrent qu’il faut toujours considérer aussi bien ce que l’on voit, à savoir les drames provoqués par certains médicaments (finalement très rares) et ce que l’on ne voit pas, les maladies et les décès causés par le contrôle et l’interdiction pesant sur l’information dans le domaine de la santé. Privilégier le système du décret, c’est renoncer à un système de responsabilité efficace d’allocation des ressources qui n’est autre que le marché de l’information qui, avec le développement des moyens de communication tels que l’Internet, peut prendre un essor formidable.
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