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ÉcoRévolutions 2015 : une édition émouvante, passionnante et extrêmement sympathique

par Cécile Philippe
jeudi 2 juillet 2015.

Texte d’opinion publié en exclusivité sur le site de l’IEM.

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Pour la 3ème année consécutive, l’Institut économique Molinari a participé, en tant que membre du Conseil scientifique, à l’organisation du forum économique à Nancy. Initialement appelé forum Economic Ideas du fait de sa dimension européenne, il a été rebaptisé ÉcoRévolutions par le Point qui porte dorénavant l’événement. Cette reprise s’est avérée extrêmement riche tant du point de vue de l’implication et de la gentillesse de leurs équipes (conseil scientifique, modérateurs, choix des intervenants) que du point de vue de la visibilité du forum. Au final, j’ai pris un réel plaisir à écouter le jour J, les différentes personnes qui s’exprimaient sur le sujet que nous avions choisi, à savoir Si on essayait la liberté ?

Le thème de la journée était particulièrement bien choisi puisque la veille, on assistait au bras de fer entre les chauffeurs de taxis et les chauffeurs, d’une part, de voitures de transport avec chauffeur (VTC), et d’autre part, d’Uber. Semée d’incidents, cette manifestation est exemplaire d’un dilemme présent dans de très nombreux secteurs : faut-il essayer la liberté et donc la concurrence ou faut-il au contraire continuer à protéger les uns au détriment des autres ?

Si cette question se pose pour le transport, elle se pose aussi, et pour ne citer qu’eux, dans les cas de la retraite, de la santé, du marché du travail, du syndicalisme, etc. Car si la liberté a été essayée en France, cela fait bien longtemps que nous n’en connaissons plus le goût ni l’odeur. En effet, l’État à force de croître à tort et à travers, à force d’intervenir pour un oui ou pour un non, a empêché les autres institutions concurrentes de jouer leur rôle et les individus d’exprimer leurs choix, d’être en contrôle de leur vie.

Sans qu’on s’en rende vraiment compte, plus on avançait dans le 20ème siècle et plus le pouvoir et l’indépendance d’institutions comme les coopératives fondées sur l’autogestion, les entreprises, les familles, les syndicats, en passant par les associations sans but lucratif ou autres mutuelles, déclinait.

Ce phénomène est sans doute l’un des maux les plus profonds de notre société et en dédiant un panel à la liberté d’entreprise et à la liberté syndicale, le forum de Nancy a permis de lui donner la place qu’il mérite. En particulier, la venue de Lech Walesa a immédiatement placé au cœur du débat l’importance du syndicalisme puisqu’en l’occurrence, le syndicat Solidarnosc qu’il a créé, a joué un rôle crucial dans la libération de la Pologne.

Si celui-ci a permis un tel envol des libertés sociales et économiques dans ce pays, comment en France en sommes-nous arrivés à considérer avec raison nos syndicats comme des acteurs de blocage plutôt que comme des acteurs du changement. Comment en sommes-nous arrivés à un système qui condamne le patron de Bricorama à payer une amende de plus de 37 millions d’euros à Force ouvrière pour avoir ouvert ses magasins le dimanche avec l’accord de ses salariés ?

Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT, Jean-Claude Bourrelier, PDG du groupe Bricorama, Philippe Lambrecht, secrétaire général de la Fédération des entreprises de Belgique et François Lenglet, éditorialiste au Point participaient au panel mené avec humour par la journaliste du Point Béatrice Parrino.

Monsieur Bourrelier a su nous toucher en tenant un discours intelligent et mesuré et en comparant sa situation à celle de Bernard Thibault qui comme lui, a commencé à travailler comme ouvrier à l’âge de 15 ans. Puis leurs chemins ont divergé dans la mesure où argumente le PDG, Bernard Thibaut fut un temps « l’homme le plus puissant de France », alors que lui-même n’avait plus le contrôle de ce qui se passait au sein de sa propre entreprise.

Le débat qui s’est engagé entre les différents panelistes fut passionnant. En effet, il a parfaitement illustré l’impossibilité en France d’avoir un dialogue social de qualité, facilitant la négociation plutôt que le conflit.

Si la liberté syndicale est essentielle, c’est notamment parce que les syndicats sont en situation de contribuer au bon fonctionnement de l’entreprise et par conséquent de la société dans son ensemble. Or, les syndicats en France sont devenus des syndicats politiques plutôt que des syndicats de service. Quand on se penche sur l’histoire du syndicalisme en France, on constate qu’il n’en fut pas toujours et qu’il fut un temps où ils étaient réellement au service de leurs membres quand ils les aidaient à mettre en place les premières protections sociales. Un vrai dialogue social pourrait sans doute réémerger en France si les syndicats s’appuyaient sur une réelle représentativité, un financement par leurs membres et une offre de services destinée et réservée à ces derniers.

La question syndicale mérite un débat acharné si on veut redonner aux syndicats le rôle essentiel et constructif qu’ils doivent jouer au sein de la société. La question plus large de la liberté se pose dans de nombreux autres domaines où l’étatisation progressive des relations contractuelles a généré plus de problèmes qu’elle n’en a résolus. Il est opportun de se demander s’il n’est pas temps d’essayer ou réessayer la liberté.

PS : à mentionner la performance de Jean-François Roche de Zehus dans l’organisation du forum depuis trois ans !

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.




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