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Dix enseignements des réformes menées à l’étranger

par Patrick Coquart
lundi 7 décembre 2015.

Texte d’opinion publié en exclusivité sur le site de l’Institut économique Molinari.

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Regarder comment d’autres pays ont mené les réformes que la France a bien du mal à mettre en œuvre, et parfois même à simplement imaginer, est riche d’enseignements. Nous l’avons fait pour l’Espagne, l’Irlande, l’Italie, le Royaume-Uni, et aussi pour la Nouvelle-Zélande.

L’Institut de l’Entreprise, dans une étude récente, a tenté de dégager des lignes forces des expériences européennes, que nous pouvons rapprocher des travaux de France Stratégie que nous avons commentés.

Alors, que peut-on retenir de toutes ces réformes et des méthodes utilisées ?

Première série d’enseignements, il semble qu’il y ait besoin d’une prise de conscience, par tous les acteurs, de la situation réelle de l’économie du pays. C’est parce qu’il était sur le point d’être pris en charge par le FMI que le Royaume-Uni s’est confié à Margaret Thatcher. C’est parce qu’ils avaient réalisé être au bord de l’abîme que les Canadiens ou les Néo-Zélandais ont voté pour les réformes. Au départ – mais aussi tout au long du processus – l’information des citoyens est un facteur-clé de réussite.

Une fenêtre d’opportunité politique est donc capitale pour engager le changement, mais l’on se rend compte aussi – c’est la deuxième série de leçons – que les politiques, pour avancer, se sont appuyés sur leur électorat et ont d’abord porté les réformes dans le camp de leurs non-électeurs (agriculteurs pour les travaillistes néo-zélandais, syndicats pour les conservateurs britanniques, par exemple).

Pour autant, le manichéisme ne doit pas être de mise. En effet, les citoyens doivent, autant que faire se peut, participer (par exemple à la production même des services publics comme dans le cas des free schools britanniques, elles-mêmes inspirées du modèle suédois) et être rassurés (en faisant en sorte que les réformes se traduisent par des « avantages », comme un meilleur service, plus rapide). Et ici, l’inscription des actions dans un projet politique (sens, valeurs…) peut s’avérer déterminant. C’est le troisième enseignement.

Quatrième série de conseils, les réformes ont le plus souvent été drastiques et menées rapidement une fois les décisions prises. C’est la condition pour que leurs effets soient visibles. Pour cela, il convient de résister aux pressions, et ne pas se disperser en courant trop de lièvres à la fois.

Cinquième recommandation : associer les fonctionnaires au processus de changement, et le plus en amont possible du processus. En effet, ils connaissent mieux qui quiconque les réformes à mener. Mais pour les mettre en action et s’en faire des alliés, il convient aussi de les intéresser à la réforme. Cela peut passer par le rachat d’avantages, la distribution d’actions lors de privatisations, la mise en place d’incitations par la redistribution d’une partie des économies réalisées, la prise d’engagements valorisants vis-à-vis des citoyens, etc.

Sixième axe : la fiscalité n’a été que modérément mobilisée pour réduire les déficits. Au contraire, c’est par des baisses d’impôts que l’on mobilise et motive, en particulier les entrepreneurs.

Le septième enseignement est le corollaire du précédent : l’essentiel de l’effort doit porter sur la réduction des dépenses publiques. Et celle-ci est, dans de nombreux pays, d’une ampleur inégalée avec d’importantes réductions d’effectifs, et le gel ou la baisse des rémunérations.

Cette baisse des dépenses publiques ne doit pas se limiter à la sphère étatique. Elle concerne les dépenses sociales, mais également les dépenses locales. Si l’on n’y prend garde, les échelons locaux, en effet, on tendance à s’endetter ou à augmenter les impôts pour « compenser » la réduction des dépenses du niveau national.

Sur ce point, on soulignera que la méthode du rabot – pratiquée en France – n’est pas efficace. Les pays réformateurs préfèrent celle de la revue stratégique des dépenses, qui consiste à faire le tri entre celles que l’on veut maintenir, et celles auxquelles il convient de renoncer. Il s’agit d’opérer de vrais choix politiques, comme indiqué au point 3.

La huitième recommandation est que les réformes ne peuvent se limiter à des ajustements de dépenses et d’impôts. Elles doivent être aussi structurelles et s’attaquer aux retraites, au marché du travail, aux secteurs réglementés.

L’avant-dernière leçon que nous livrent les réformateurs est qu’il n’y a pas de recettes miracles, qu’il faut agir au cas par cas. C’est à la France de trouver sa voie, en s’inspirant de ce qui a été fait ailleurs mais sans forcément le copier ou le plaquer sans prise en compte du réel. Ce qu’il faut faire dans notre pays est à peu près connu. Beaucoup de rapports, d’ouvrages ont été publiés. Les idées sont là. Ce qu’il manque pour l’instant, en dehors d’une volonté politique, c’est un projet qui donne du sens à l’action et surtout la méthode pour y parvenir.

Pour cela – ce sera notre dixième point – il faut peut-être, comme le recommande Madsen Pirie, le président de l’Adam Smith Institute, s’appuyer sur des experts, des techniciens.

C’est à ce titre que les méthodes des spécialistes du retournement d’entreprises peuvent être mobilisées. Nous en parlerons dans notre prochain article.

Patrick Coquart est associé dans un cabinet de conseil en management et chercheur associé à l’IEM.




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