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De la victoire de l’espoir à la lutte contre le désespoir

mardi 9 mai 2017.

Éditorial de Jean-Marc Vittori publié le 8 mai 2017 dans Les Échos.

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Jamais la France n’est ressortie aussi polarisée d’une élection présidentielle. Emmanuel Macron a séduit les optimistes. Sa première mission sera de traiter les racines du pessimisme. La tâche s’annonce immense.

La France s’est choisi le plus jeune président de son histoire. La victoire d’Emmanuel Macron constitue un signe de renouveau, de vitalité et d’espérance dans un pays trop souvent devenu la patrie de la défiance. C’est ainsi que son élection a été interprétée un peu partout dans le monde, dès lors qu’on s’éloignait des politiciens français tout à leur rancoeur de s’être fait voler l’élection par un intrus et à leur souci de sauver les meubles dans des élections législatives imprévisibles.

Mais cette victoire de l’espoir constitue aussi un gigantesque défi pour celui qui a su la remporter. Car il y a en face un désespoir profond qui a poussé des millions d’électeurs à voter Le Pen et lui faire atteindre le record de voix obtenu par l’extrême-droite en France. Un désespoir qui a aussi incité d’autres millions de Français à voter blanc, nul ou à s’abstenir . Au moins le nouveau président en est-il conscient, lui qui a parlé le soir de son élection de sa volonté d’apaiser les peurs et de renouer avec l’optimisme.

La France polarisée comme jamais

Jamais sans doute la France n’aura paru aussi polarisée que lors de cette élection. Cinq cadres sur six ont voté Macron, tandis que deux ouvriers sur trois préféraient Le Pen. Le soutien à Macron monte mécaniquement avec le niveau de diplôme et de revenu. Chez les plus de 65 ans, quatre sur cinq ont choisi le candidat le plus jeune. Dans la plupart des grandes villes , Emmanuel Macron arrive très largement en tête, jusqu’à 90% à Paris . Dans beaucoup de campagnes, Marine Le Pen l’emporte haut la main, dépassant même parfois 95%, comme l’expliquait candidement une journaliste qui révélait au soir du second tour les résultats d’un village… de 24 électeurs où un seul n’avait pas voté Le Pen.

L’analyse doit bien sûr être affinée. Dans les villages les plus ruraux, Macron fait souvent mieux que Le Pen qui réussit davantage dans les petites villes en déroute, même si certaines de ces villes ont préféré Macron.

Un désespoir plus fort que dans les pays voisins

De quoi ce désespoir est-il le nom ? Il semble plus fort en France que chez ses voisins. Des millions d’électeurs s’engouffrent dans le populisme, ce mouvement qui conjugue rejet des élites, autoritarisme et nationalisme, pour reprendre la définition du chercheur néerlandais en science politique Cas Mudde. Eliminons d’abord les explications globales, en comparant la France avec ses partenaires. Comme l’ont rappelé les consultants de la firme Oxford Economics dans une étude parue avant le second tour, la France est l’un des pays européens où l’austérité budgétaire a été la moins forte (aux Etats-Unis, le maintien d’un déficit budgétaire élevé n’a pas plus empêché la victoire de Trump).

Son économie est moins soumise aux vents concurrentiels du commerce extérieur que celle de pays plus petits. Depuis le début de la crise en 2008, le pouvoir d’achat par tête a résisté tandis qu’il a chuté de 7% en Espagne et en Italie. Le chômage baisse moins que dans le reste de l’Europe, mais il avait moins monté dans la crise - et son niveau reste inférieur à ce qu’il est au sud du continent. « Le malaise n’est pas lié à la macroéconomie », résume Patrick Artus, l’économiste en chef de Natixis.

Confiance… ou pas en l’avenir

C’est la faute non à l’insécurité économique mais à l’insécurité « culturelle », soutient l’équipe d’Oxford Economics, reprenant une thèse à succès aux Etats-Unis. Déboussolés par un monde très ouvert qui change trop vite pour eux, les citoyens se réfugieraient dans le populisme. Sauf que cette explication ne marche pas pour la France. Les seniors ont voté Macron, tout comme les indépendants. Comparée aux pays voisins, la proportion d’immigrés y est limitée (en France, ce n’est pas là où il y a le plus d’immigrés qu’on vote le plus Le Pen et vice-versa).

L’origine de la très forte polarisation politique est plus simple : c’est la confiance en l’avenir. La grande majorité des électeurs de Macron sont optimistes pour leur avenir et celui du pays. C’est exactement l’inverse pour Le Pen. Le sondeur Jérôme Fourquet, de l’Ifop, le soulignait dans une analyse du premier tour : « L’opposition des deux France, celle soutenant Macron et celle soutenant Le Pen, renvoie précisément à des cartes qui montrent que la perception du degré de prospérité et de dynamisme économique de sa région par les populations locales a suivi des trajectoires radicalement opposées sur une cinquantaine d’années. »

La frustration française très enracinée

La polarisation politique renvoie à une polarisation de l’emploi, et au-delà de la société toute entière. C’est « l’effet sablier », avec une forte pression qui s’exerce sur les classes moyennes menacées par la disparition des « emplois routiniers » remis en cause par les progrès technologiques et dans une moindre mesure par la concurrence des pays à bas salaires. Les Français qui perdent leur emploi, ceux qui craignent de le perdre, ceux qui subissent un déclassement ou craignent de le subir sont en colère. Une colère qui a frappé les militants de tous bords quand ils ont distribué des tracts sur les marchés ou grimpé les escaliers pour faire du porte-à-porte. Emmanuel Macron a d’ailleurs parlé de cette colère lors de ses trois discours aux soirs du premier et du second tour .

La frustration vient de loin. Elle prend racine dans les spécificités françaises : un système politique incapable de relever le pays depuis des décennies, un système éducatif qui laisse trop de gens au bord de la route, un système économique et social trop rigide pour une ère de changements accélérés. Redonner confiance à des Français qui tempêtent, changer et rassurer à la fois : le défi est immense. Comme il relève d’une action à long terme alors que le temps est compté, il paraît même impossible à relever - et l’échec serait redoutable. Mais il y a un an, il paraissait impossible qu’Emmanuel Macron devienne le plus jeune président de l’Histoire.



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Mis à jour le : 8 mai 2017




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