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Crise du « subprime » : questions-réponses

par Valentin Petkantchin
mardi 22 janvier 2008.

Texte de questions-réponses, dont une partie a été publiée par le Quotidien du Luxembourg, le 15 novembre 2007.

Pourquoi l’absence d’inflation est-elle une bonne chose ? Y a-t-il une différence entre la mission de la BCE et celle de la FED aux États-Unis ? La BCE peut-elle faire baisser le prix du lait, faire baisser le prix du pétrole ? Avec un euro fort n’a-t-on pas l’impression qu’on perd du pouvoir d’achat, est-ce vrai, la BCE y est-elle pour quelque chose en matière de parité euro/dollar ?

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Alors que les conséquences de la crise du « subprime » se font toujours sentir au niveau mondial – et que des voix s’élèvent pour que plus d’inflation soit créée – nous vous proposons ce texte de questions-réponses, dont une partie a été publiée par le Quotidien du Luxembourg, le 15 novembre 2007.

1) Pourquoi l’absence d’inflation est-elle une bonne chose ?

La Banque centrale européenne (BCE) est censée gérer la monnaie commune, l’Euro. Or, d’un point de vue économique, la monnaie est considérée comme un bien servant avant tout d’intermédiaire généralisé des échanges. Elle constitue la base du calcul économique, notamment à l’origine des décisions d’investissements des entreprises. Les prix monétaires, issus des multiples échanges entre les divers acteurs économiques (consommateurs, entreprises, etc.), reflètent alors le plus exactement possible les évaluations subjectives de ces derniers en ce qui concerne l’allocation des ressources à la production des biens ou services.

La présence d’inflation ne permet pas à la monnaie de remplir correctement ses fonctions dans l’économie. L’inflation, que la BCE est susceptible de déclencher par une baisse des taux, distord les prix et brouille le calcul économique en incitant notamment les entreprises à investir dans des projets sans valeur ajoutée et dans des produits qui ne trouveront pas preneur sur le marché (phénomène de malinvestissement). L’inflation affecte aussi évidemment le pouvoir d’achat des ménages qui la détiennent (on achète moins de biens et services avec la même somme en euros : on parle de l’« impôt d’inflation » !) et l’épargne. Les manipulations de la monnaie et l’inflation sont considérées pour ces raisons, entre autres, comme les sources principales des cycles économiques et des crises qui s’ensuivent, à l’image de celle des subprimes ces derniers mois.

2) Y a-t-il une différence entre la mission de la BCE et celle de la Réserve fédérale (Fed) aux États-Unis ?

La stabilité est de loin la grande priorité de la politique monétaire de la BCE, alors que ce n’est pas le cas pour celle de la Fed qui doit veiller en premier lieu au potentiel de croissance à long terme (voir « Federal Reserve Act : Section 2A – Monetary Policy Objectives »). La stabilité des prix est présente dans les statuts de la Fed mais elle est reléguée au second plan avec, entre autres, l’objectif de « maximum d’emploi ». Par conséquent, la Fed est beaucoup plus dépendante des pouvoirs politiques (qui peuvent influencer sa politique monétaire le cas échéant) que ne l’est la BCE.

3) Pour le moment la BCE joue le statu quo du taux directeur à 4% : est-ce bien ou pas, quel est l’impact des taux ?

Le taux d’intérêt est un prix. Quand ce taux est fixé artificiellement bas par la banque centrale, il s’ensuit un volume plus important de monnaie et de crédits dans l’économie comparativement aux biens et services disponibles. Les secteurs qui reçoivent ces crédits supplémentaires en premier se retrouvent « dopés » par rapport à ce qui aurait été autrement le cas et deviennent demandeurs de facteurs de production supplémentaires auprès d’entreprises de secteurs connexes. C’est ainsi que cette nouvelle monnaie se propage au sein de l’ensemble de l’économie et provoque au passage une hausse des prix des différents biens ou services et des différents facteurs de production. Les préférences des consommateurs n’ayant pas changé, de très nombreux projets d’investissements se retrouvent non rentables et source de pertes, à terme, pour les entreprises qui les ont initiés.

Il est indispensable que ces projets, sans valeur ajoutée pour les consommateurs, soient arrêtés. Si la BCE décide au contraire de baisser de nouveau les taux, elle provoquera une nouvelle vague d’inflation et permettra non seulement que soient poursuivis les projets à perte déjà entrepris, mais poussera aussi à de nouveaux « malinvestissements ». Plutôt que d’assainir l économie en laissant disparaître les projets non rentables, la BCE se fait alors l’instrument de la distorsion des prix et de l’activité économique au détriment de la majorité des consommateurs.

4) Trichet n’a cessé de dire que la situation resterait telle quelle à la BCE tant qu’il n’y aurait pas d’autre « effets secondaires ». Que peut-on voir derrière cette phrase générique ?

Il est probable que cela signifie que la crise du subprime aux États-Unis ne justifie pas pour l’instant une manipulation du taux par la BCE et que Monsieur Trichet attend de voir la tournure et l’ampleur finale que cette crise finira par avoir. Si tel est le cas, cela signifie que le directeur de la BCE envoie le signal qu’une manipulation in fine des taux directeurs de la BCE et donc de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie n’est pas exclue à ce jour, comme moyen selon elle d’amortir la crise. On a vu que cela ne ferait que l’amplifier et retarder sa résorption.

5) La BCE peut-elle faire baisser le prix du lait, faire baisser le prix du pétrole ? Avec un euro fort n’a-t-on pas l’impression qu’on perd du pouvoir d’achat, est-ce vrai, la BCE y est-elle pour quelque chose en matière de parité euro/dollar ?

La BCE n’est pas en mesure de faire baisser directement, à travers sa politique monétaire, le prix d’un seul bien en particulier, comme le prix du lait par exemple. En revanche, si l’euro est fort, cela signifie qu’il s’est apprécié vis-à-vis des autres devises, comme c’est le cas avec le dollar depuis quelque temps. Un euro fort limite ainsi, au lieu d’exacerber, l’augmentation dans les prix des produits importés, par exemple le pétrole. Si la parité euro/dollar n’avait pas changé, les consommateurs et entreprises européennes auraient été obligés de payer le pétrole (ainsi que les autres produits importés) beaucoup plus cher que ce n’est le cas actuellement. Une monnaie « forte » (moins inflationniste que les autres monnaies) préserve mieux le pouvoir d’achat des ménages !

Valentin Petkantchin, directeur de la recherche, Institut économique Molinari



Documents
Le Quotidien du Luxembourg - 15 novembre 2007
Type : PDF (459.7 ko)
Mis à jour le : 15 novembre 2007




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