Articles d’intérêt


Pour soutenir notre action :
Appuyer l'iem
Partager nos travaux :

Joignez notre groupe sur Facebook

Comités scientifiques, publications dans les meilleurs journaux, consensus scientifique, et ainsi de suite

par Robert Higgs
mardi 6 novembre 2007.

En suivant dans la presse et sur les blogs les discussions concernant le réchauffement climatique et les problèmes qui lui sont relatifs, j’ai été frappé à plusieurs reprises par les suppositions ou l’expression de certaines croyances qui étaient hautement problématiques.

rien

En suivant dans la presse et sur les blogs les discussions concernant le réchauffement climatique et les problèmes qui lui sont relatifs, j’ai été frappé à plusieurs reprises par les suppositions ou l’expression de certaines croyances qui étaient hautement problématiques. De nombreux auteurs, qui ne sont pas eux-mêmes des scientifiques, dissertent au sujet du prestige de la science et de l’autorité des scientifiques. Les références à des « travaux approuvés par les plus grands spécialistes » ou à un soi-disant « consensus scientifique » sont considérées comme autant d’arguments indestructibles par de nombreux analystes. Cependant, nombreux parmi ceux qui utilisent de telles références méconnaissent plus ou moins la manière dont la science, en tant que recherche de la connaissance, et dont les scientifiques, en tant que professionnels, opèrent. Ceci est d’autant plus vrai de nos jours, car les gouvernements nationaux – et notamment le gouvernement américain – jouent un rôle écrasant dans le financement de la recherche scientifique et, dès lors, dans la détermination des scientifiques qui atteignent la plus grande notoriété et ceux qui se trouvent relégués à l’arrière-plan.

Je ne prétends pas avoir de compétences en climatologie ou dans les sciences physiques qui lui sont liées. En conséquence, tout ce que je peux affirmer au sujet des problèmes strictement climatologiques ou relatifs aux sciences physiques connexes ne mérite pas une attention particulière. Néanmoins, j’ai trente-neuf ans d’expérience professionnelle – vingt-six comme professeur d’université, dont quinze dans une université à la pointe en matière de recherche, ainsi que treize en tant que chercheur, écrivain et rédacteur en chef. Dans ce cadre, j’ai entretenu des contacts étroits avec des scientifiques très variés, en biologie, en sciences physiques, et souvent en sciences sociales et en démographie. J’ai également été membre des comités de lecture de plus de trente journaux et critique scientifique pour la National Science Foundation (NSF), le National Institute of Health (NIH) et pour un grand nombre d’importantes fondations privées. J’ai été le principal chercheur à travailler sur un important projet scientifique financé par la NSF dans le domaine de la démographie. Je pense donc avoir une idée assez exacte du fonctionnement du système. Il ne marche pas comme certaines personnes, qui lui sont étrangères, semblent le penser.

Les comités de lecture, auxquels on accorde généralement une grande importance, peuvent tout à la fois exercer un contrôle important, quand les rédacteurs en chefs et les membres sont compétents et responsables, ou être une farce complète, quand ils ne le sont pas. En règle générale, et ce n’est pas surprenant, la réalité se trouve entre les deux, c’est-à-dire que le recours à de tels comités est plus qu’une simple blague mais ce n’est néanmoins pas un système parfait fondé sur un examen minutieux de toutes les données, tel que les personnes extérieures peuvent l’imaginer. Le rédacteur en chef d’un journal qui désire rejeter un article qui lui est soumis, quelle qu’en soit la raison, peut très facilement arriver à ses fins en choisissant des rapporteurs scientifiques dont il sait qu’ils refuseront l’article ; de même, il peut aisément obtenir un avis favorable de la part d’autres rapporteurs. Comme je l’ai toujours expliqué à de jeunes chercheurs dont les travaux avaient été rejetés, pour des raisons semble-t-il impropres ou insuffisantes, le système est un jeu de hasard. Vengeances personnelles, conflits idéologiques, jalousies professionnelles, désaccords méthodologiques, pure volonté de promotion individuelle, mais aussi incompétence et irresponsabilité ne sont pas étrangers au monde scientifique ; en fait, ces caractères intrinsèquement humains y sont très répandus. En aucun cas, le comité de lecture ne peut garantir qu’une recherche est correcte, tant dans ses méthodes que dans ses conclusions. L’histoire de la science est aussi celle d’une succession d’erreurs. Dans certaines sciences, ces erreurs sont pour une large part éliminées au fil du temps ; dans d’autres, elles persistent très longtemps.

À tout moment, un consensus peut exister sur tout type de questions, dans une science particulière. Cependant, rétrospectivement ce consensus peut être considéré comme erroné. Aussi récemment qu’au milieu des années 1970, par exemple, un consensus scientifique existait parmi les climatologues et les scientifiques des disciplines voisines et affirmait que la Terre était sur le point de connaître un nouvel âge glaciaire. Des propositions drastiques avaient alors été faites, comme l’explosion de bombes à hydrogène sur la calotte glaciaire aux pôles (pour les faire fondre) ou la construction d’un barrage dans le détroit de Béring (pour empêcher les eaux froides de l’arctique d’entrer dans l’océan Pacifique), pour tenter d’éviter ce désastre imminent. Des scientifiques très réputés – et pas seulement des farfelus mal informés – faisaient de telles propositions. Mais tout cela s’oublie très vite.

Les chercheurs, qui emploient des méthodes ou des cadres de réflexion théoriques hétérodoxes, ont de grandes difficultés dans les conditions actuelles à publier leurs résultats dans les « meilleurs » journaux ou même dans n’importe quel journal scientifique. Les innovateurs scientifiques ou les créateurs excentriques luttent toujours, de manière fantasque, contre la masse imposante de ceux qui suivent la routine, jusqu’à ce que leurs résultats deviennent impossibles à nier, ce qui n’est souvent le cas qu’après la disparition d’une génération de grands scientifiques professionnels. La science est une entreprise curieuse : chacun s’efforce de réaliser la prochaine découverte majeure, et dès que quelqu’un y parvient, il est souvent accueilli comme s’il était porteur du virus Ébola. Trop de personnes ont trop investi dans les idées dominantes ; pour ces personnes, reconnaître la faillite de leurs propres idées est équivalent à admettre qu’elles ont perdu leurs vies. Souvent, peut-être pour éviter d’avoir à faire face à des schémas de pensée incompatibles, ils n’admettront jamais que leurs idées étaient fausses. Et plus important encore, comme s’il s’agissait d’une règle, en sciences comme ailleurs, pour progresser dans sa carrière il est nécessaire d’être d’accord avec les autres.

L’univers de la recherche, à son sommet, est assez restreint. Les chercheurs les plus en vue connaissent tous les autres acteurs et savent ce que chacun d’eux est en train de faire. Ils assistent aux mêmes conférences, appartiennent aux mêmes sociétés, se renvoient les uns les autres leurs étudiants diplômés pour faire des post-doctorats dans leurs laboratoires, relisent leurs travaux entre eux pour la NSF, le NIH, ou d’autres organisations financées par le gouvernement, et ainsi de suite. Si vous n’appartenez pas à cette « confrérie « très fermée, il vous sera extrêmement difficile d’obtenir une audience pour vos travaux, de publier dans les « meilleurs » journaux, d’obtenir une bourse publique, d’être invité à participer à des tables-rondes scientifiques, ou de permettre à vos étudiants diplômés d’accéder à de bonnes positions. L’ensemble du système est incroyablement fermé ; les interconnections y sont nombreuses, serrées et proches.

Dans un tel contexte, une jeune personne brillante doit faire preuve d’une grande intelligence pour appliquer l’orthodoxie dominante, mais il doit faire le nécessaire pour ne pas créer de troubles en contestant quelque chose de fondamental ou de cher à ceux qui constituent les comités scientifiques de la NSF, du NIH ou d’autres organisations financées par l’État. La biologie et la science physique modernes sont très majoritairement des sciences financées par l’État. Si votre travail, pour quelque raison que ce soit, ne plaît pas aux bureaucrates de l’agence de financement compétente ou aux comités scientifiques académiques, vous pouvez abandonner l’idée de recevoir des subventions pour mettre vos propositions à l’oeuvre. Rappelez-vous les faiblesses humaines que j’ai mentionnées précédemment ; elles sont les mêmes pour ce qui est du financement que pour ce qui relève de la publication. En effet, les deux contextes sont étroitement liés : si vous ne recevez pas de financement, vous ne produirez jamais de travaux publiables, et si vous ne décrochez pas de publications importantes, votre financement va se tarir.

Quand le résultat de votre recherche implique un « besoin » fort d’intervention gouvernementale afin de se prémunir contre un désastre imminent ou de soulager quelque problème tragique existant, les bureaucrates gouvernementaux et les législateurs ont plus de chances de l’approuver. Si les responsables de la NSF, du NIH ou d’autres agences de financement gouvernementales donnent d’importantes subventions aux scientifiques dont les recherches expliquent qu’aucun désastre ne nous menace ou qu’aucun problème tragique n’existe en ce moment ou que, bien que des problèmes existent, aucune politique gouvernementale réaliste ne peut aujourd’hui les résoudre sans créer des problèmes encore plus importants du fait de sa mise en place, les membres du Congrès seront moins enclins à verser de l’argent à cette agence, avec toutes les conséquences que ces réductions budgétaires ont pour la bureaucratie. Nul n’a besoin d’expliquer tout cela aux individus concernés.

Pour finir, nous devons expliciter plus vivement les sujets sur lesquels un scientifique est qualifié pour intervenir, et les sujets pour lesquels il n’est pas qualifié. Les climatologues, par exemple, sont qualifiés pour parler de la science de la climatologie (bien que ceci soit sujet à toutes les intrusions sur la science pure que j’ai déjà mentionnées). Ils ne sont cependant pas qualifiés pour dire que « nous devons agir maintenant » en imposant des « solutions » gouvernementales. Leur profession ne leur permet pas d’être savants au sujet du degré de risque qu’il est mieux ou moins bon de prendre pour un peuple ; seuls les individus qui supportent ce risque peuvent prendre ce type de décision, parce qu’il s’agit d’une question de préférence personnelle et non d’un problème scientifique. Les climatologues ne connaissent pas les considérations en termes de coûts/bénéfices ; en fait, la plupart des économistes appartenant aux courants dominants font eux-mêmes fondamentalement erreur au sujet de telles questions (adoptant, par exemple, des procédures et des suppositions au sujet de l’agrégation des préférences individuelles exemptes de base scientifique saine). Les climatologues sont les personnes les plus qualifiées pour parler de la science du climat, mais ils ne sont pas qualifiés pour parler de politiques publiques, de droit, de préférences individuelles, de taux de préférence temporelle ou d’aversion pour le risque.

Nous devons garder présent à l’esprit le fait que les Nations Unies (ainsi que les comités et bureaux qu’elles supervisent) ne sont pas plus une organisation scientifique que le Congrès américain (ainsi que les comités et bureaux qu’il supervise). Quand des décisions et des déclarations proviennent de ces structures politiques, il est pertinent de les considérer comme étant essentiellement politiques, dans leur origine comme dans leur objectif. Il est donc crucial, avant de se ruer sur des actions gouvernementales, de prendre en considération leur coût, tant pour le niveau de vie que pour les libertés à long terme.

Robert Higgs est chercheur émérite en économie politique à l’Independent Institute et rédacteur en chef de la publication trimestrielle de l’Institut, The Independent Review. Il a obtenu un doctorat en économie à John Hopkins University et a enseigné à l’Université de Washington, à Lafayette College, à l’Université de Seattle, et à l’Université d’Economie, à Prague. Il a également été chargé de cours dans les Universités d’Oxford et de Stanford et il est membre de la Hoover Institution et de la National Sciences Foundation. Il est l’auteur de nombreux livres, incluant Dépression, guerre et guerre froide.




Institut économique Molinari : proposer des solutions alternatives et  innovantes favorables à la prospérité de l’ensemble des individus composant la  société

Institut économique Molinari
Paris - Bruxelles - Montréal