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Claude Allègre contre l’écologiquement correct

par Xavier Méra
mardi 31 octobre 2006.

Article publié par Les Echos le 31 octobre 2006.

Alors que l’assemblée nationale vient de voter la pénalisation du négationnisme relatif au génocide arménien, M. Cochet placerait-il les propos « déviants » en matière climatologique sur le même plan ? Suggèrerait-il de clore un débat scientifique par la force de la loi ?

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« Il n’y a plus, aujourd’hui, de négationnistes du changement climatique, à part Claude Allègre » déclarait Yves Cochet après avoir visionné avec ses collègues députés Une vérité qui dérange, le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique (Le Monde du 11 octobre). Alors que l’assemblée nationale vient de voter la pénalisation du négationnisme relatif au génocide arménien, M. Cochet placerait-il les propos « déviants » en matière climatologique sur le même plan ? Suggèrerait-il de clore un débat scientifique par la force de la loi ?

Cette réaction, comme l’accueil glacial que plusieurs journalistes et scientifiques ont réservé aux propos de l’ancien ministre (L’Express du 21 septembre), révèle que M. Allègre a mis le doigt sur une vérité qui dérange bien plus que la thèse d’Al Gore : il n’y a pas véritablement de consensus sur un réchauffement catastrophique d’origine humaine.

Cette vérité dérange parce qu’elle vient contredire ce qui nous est jour après jour présenté dans les médias comme un argument définitif pour faire sauter tout frein à des politiques de restriction des émissions de gaz à effet de serre. Si tous les « experts » prédisent une catastrophe si « rien n’est fait », quelle raison y aurait-il de s’y opposer ? Mais il n’est pas vrai que tous les experts s’accordent sur la nature anthropique des changements climatiques et sur l’étendue du phénomène.

Aux Etats-Unis, l’ancien président de la National Academy of Sciences, Frederick Seitz, a lancé une pétition signée par plus de 17 000 scientifiques, dont 2 660 physiciens, géophysiciens, climatologues, météorologues, et océanographes, remettant en question la thèse catastrophiste. On y trouve notamment la signature de Richard Lindzen, professeur de science atmosphérique au MIT, que Claude Allègre évoquait récemment comme l’auteur l’ayant fait changer d’avis sur ces questions (Le Monde du 4 octobre).

En France, des scientifiques comme Jean Jouzel, directeur de l’Institut Simon Laplace, ont protesté contre les propos de M. Allègre par une lettre ouverte. Mais qui est allé demander son avis à Marcel Leroux, professeur en climatologie à l’Université de Lyon III et directeur du Laboratoire de Climatologie, Risques et Environnement ? Contrairement à M. Lindzen qui remet en question les causes d’un réchauffement climatique plutôt que le réchauffement lui-même, M. Leroux prétend que celui-ci n’est même pas démontré (Fusion n°95 – mars/avril 2003).

La littérature sur le climat est plus partagée qu’il n’y paraît et c’est bien normal. Qui peut sérieusement croire que des scientifiques s’attelant à des questions si complexes puissent parler d’une seule voix ? De toute façon, la répétition sans fin de la thèse du consensus est en porte-à-faux avec la démarche scientifique, ce qui est gênant tant ce « refrain », comme dit M. Allègre, vise à convaincre le citoyen que la Science a rendu son verdict. En sciences expérimentales, le scepticisme est en effet une vertu. On n’y craint normalement pas le débat parce que la recherche de la vérité se fait par la confrontation d’hypothèses et d’observations, le but étant de réduire autant que possible la nécessaire incertitude des résultats. Les incantations n’ont pas leur place dans ce processus.

Enfin, même en considérant la question climatique réglée dans le sens du prétendu consensus, il ne s’ensuivrait pas automatiquement les conclusions interventionnistes que le dogme considère comme « responsables ». Une expertise en climatologie ne confère pas à son détenteur des compétences en analyse économique ou en philosophie politique, lui permettant d’appréhender les avantages et inconvénients du protocole de Kyoto et de prescrire des priorités. Par exemple, si les restrictions d’émission de gaz à effet de serre doivent entraver le développement de certains pays, il n’est pas évident qu’elles devraient être menées à tout prix.

Il y a un débat à mener, sur la question climatique, comme sur les questions économiques et philosophiques associées. Peut-il enfin commencer ?

Xavier Méra, chercheur associé à l’Institut économique Molinari




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