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Ce n’est pas Microsoft mais Bruxelles qui menace la concurrence

par Valentin Petkantchin
mercredi 13 juin 2007.

Article publié dans L’Écho, Belgique, le 18 avril 2007.

Alors que les ventes de Vista semblent progresser plus vite que prévu, Bruxelles a franchi une nouvelle étape dans son tour de force face à Microsoft sous prétexte de protéger la concurrence. Après des amendes record de plusieurs centaines de millions d’euros et une obligation de divulguer des informations stratégiques à ses concurrents, la Commission européenne s’oriente vers un contrôle des prix de ces informations.

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Alors que les ventes de Vista semblent progresser plus vite que prévu, Bruxelles a franchi une nouvelle étape dans son tour de force face à Microsoft sous prétexte de protéger la concurrence. Après des amendes record de plusieurs centaines de millions d’euros et une obligation de divulguer des informations stratégiques à ses concurrents, la Commission européenne s’oriente vers un contrôle des prix de ces informations. Bien que certains concurrents puissent y trouver leur compte, toutes ces mesures se font en réalité au détriment du principe de la libre concurrence et des consommateurs.

En dépit du délai supplémentaire accordé à Microsoft, qui a finalement jusqu’au 23 avril pour corriger le tir, la volonté de la Commission d’influencer les prix des interfaces d’interopérabilité comporte plusieurs effets pervers directs.

D’une part, dans un cadre de libre concurrence, ce sont les consommateurs qui se prononcent in fine sur le caractère suffisamment innovant ou pas d’un produit ou service en décidant de l’acheter ou pas. Or, en l’occurrence, ce sont des technocrates à la Commission qui ont décidé que les informations fournies par Microsoft « ne contiennent pas d’innovations significatives ». Laisser la Commission décréter en la matière ne favorise en rien la libre concurrence.

D’autre part, alors que la libre concurrence repose inextricablement sur un respect des droits de propriété des parties dans le marché et une libre négociation des prix, à l’évidence la Commission leur porte atteinte aussi. Après avoir créé de toute pièce un « marché » artificiel des informations sur l’interopérabilité du système d’exploitation Windows qui seraient certainement restées sous le secret commercial, la Commission est inéluctablement amenée à vouloir également contrôler leurs prix.

ABUS DE POSITION DOMINANTE

Mais le véritable danger provient, indirectement, de la vision irréaliste de la concurrence – basée en termes de parts de marché – qui a poussé la Commission à condamner à l’origine Microsoft pour « abus de position dominante » en matière de systèmes d’exploitation. Elle l’accuse de surcroît d’utiliser cette « position » pour s’attaquer à d’autres niches du marché des logiciels et y restreindre la concurrence.

Or, d’un point de vue économique, l’intensité de la concurrence ne devrait pas être mesurée en parts de marché comme le fait la Commission. Ce n’est pas parce qu’une entreprise comme Microsoft équipe la très grande majorité des PC dans le monde que la concurrence s’en trouve diminuée.

Si elle n’est pas légalement empêchée, la concurrence peut provenir non seulement de systèmes d’exploitation déjà existants, mais aussi de l’entrée de concurrents potentiels, attirés par une possible opportunité de mieux servir les consommateurs et ainsi de faire un profit.

Même si les parts de marché des systèmes d’exploitation concurrents sont très faibles aujourd’hui, rien n’interdit cependant aux consommateurs qui jugent Windows insatisfaisant de se tourner vers les produits concurrents. Il est certes déjà possible d’opter pour le système d’exploitation d’Apple en achetant un de leurs ordinateurs. On peut aussi monter son propre ordinateur ou confier cette tâche à un professionnel indépendant et l’équiper gratuitement du système d’exploitation Linux. Des sociétés comme Red Hat ou SUSE se sont justement spécialisées dans la vente de packs complets contenant Linux – service d’assistance technique, entre autres, en plus – permettant d’équiper aussi bien des ordinateurs d’entreprises que ceux des particuliers.

S’il y avait une réelle demande pour d’autres options que le système d’exploitation de Microsoft, des entreprises ne tarderaient pas à se spécialiser pour la satisfaire. Si Microsoft reste dans une « position dominante », c’est parce qu’il propose la meilleure alternative du moment aux yeux des consommateurs.

Mais la concurrence peut aussi provenir de nouveaux joueurs. Bien que seulement potentielle, elle est une contrainte aussi réelle pour Microsoft que l’existence de concurrents directs. Qu’est-ce qui empêcherait par exemple le numéro un des microprocesseurs Intel à venir concurrencer Microsoft sur le terrain des systèmes d’exploitation, tout comme Microsoft pourrait un jour décider de fabriquer au complet – processeur compris et en concurrençant Intel – son propre ordinateur et être le seul à vendre des machines équipées de Windows ?

Contrairement à ce qu’on aurait tendance à penser au premier abord, cette concurrence pourrait bien déjà pointer du nez. Red Hat et Intel ont par exemple annoncé le 19 mars dernier qu’ils s’associaient pour que les partenaires-revendeurs de ce dernier puissent « se lancer rapidement sur le marché Linux en plein essor et fidéliser leurs clients avec des offres plus avantageuses ».

Dans un tel contexte, les autorités anti-trust à Bruxelles – tendant à punir les entreprises plébiscitées par les consommateurs – peuvent paradoxalement étouffer la concurrence. Leur politique ne peut que pousser Intel à s’abstenir de poursuivre pleinement ses projets de contestation du « quasimonopole » de Microsoft, si jamais une opportunité à mieux satisfaire les consommateurs se présentait. La Commission n’a-t-elle pas déjà en ligne de mire Intel à cause d’un autre présumé « abus de position dominante » car celui-ci détiendrait 80% des parts sur le marché des processeurs au monde ?

L’acharnement de la Commission vis-à-vis de Microsoft peut artificiellement protéger certains concurrents actuels mais pas la concurrence. Quand il n’y a pas de barrières légales à l’entrée, les consommateurs sont en mesure de se défendre tout seuls et de choisir les entreprises qui satisfont le mieux leurs besoins. Microsoft est sans cesse ainsi soumis au test du marché et doit continuellement gagner leur confiance. La libre concurrence n’a pas besoin d’être protégée de Microsoft mais de Bruxelles.

Valentin Petkantchin, directeur de la recherche, Institut économique Molinari




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