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Bruxelles « aux commandes » des économies européennes ?

par Valentin Petkantchin
mercredi 18 avril 2012.

Texte d’opinion publié sur 24hGold le 10 avril 2012.

rien

Au lieu de chercher les origines de la crise actuelle du côté des politiques monétaires laxistes des banques centrales, comme le suggère l’école d’économie autrichienne, les gouvernements européens ont adopté une série de mesures de « gouvernance économique » (le « six pack »), entrées en vigueur le 13 décembre dernier.

L’objectif officiel est d’éviter que des États-membres de l’Union européenne (UE) se retrouvent – comme la Grèce – en faillite, risquant ainsi de déstabiliser la zone euro dans son ensemble. Parmi les nouvelles règles de « gouvernance économique » figurent, certes, grâce à la pression de l’Allemagne, des mesures de rigueur budgétaire visant à empêcher dans l’avenir un dérapage des finances publiques.

Cependant, parallèlement à ces mesures, dont le respect limiterait à juste titre l’appétit des gouvernements à s’accaparer une partie croissante des ressources économiques, un « nouvel » outil d’une nature tout à fait différente a également vu le jour. Dans le jargon technocratique de Bruxelles, on l’appelle la « procédure de déséquilibre macroéconomique » (PDM).

De quoi s’agit-il ?

Dans une logique digne du pilotage des économies planifiées des pays ex-soviétiques, les économies nationales des pays-membres de l’UE, se trouvent de facto soumises au contrôle central de Bruxelles.

En effet, grâce à la mise en place de la PDM, la Commission européenne est aux commandes d’un véritable « tableau de bord » macroéconomique, constitué de 10 indicateurs. Ceux-ci vont du solde du compte courant et de la part dans les exportations mondiales (on voit mal comment la Commission pourrait exiger d’un pays qu’il améliore ses parts de marché dans le commerce mondial ?), au taux de chômage, en passant par la dette publique et privée et le coût salarial unitaire nominal. Des « fourchettes » et des seuils-limite à respecter ont été arbitrairement choisis pour chacun d’entre eux : par exemple un plafond de 160% du PIB pour la dette privée, 10% en moyenne sur 3 ans pour le taux de chômage, 4% de déficit du PIB pour le compte courant, etc.

La Commission devra publier des rapports réguliers à ce sujet dans le cadre d’un « Mécanisme d’Alerte », visant à identifier d’éventuels « déséquilibres » dans les différents pays-membres. Le premier rapport a été publié le 14 février dernier.

Sans surprise la grande majorité des pays s’y trouve pour non-respect d’un ou de plusieurs indicateurs : Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Finlande, France, Hongrie, Italie, Royaume-Uni, Slovénie et Suède

La véritable nouveauté de la PDM cependant, est qu’après des analyses complémentaires, Bruxelles pourra déclencher une « procédure de déséquilibres excessifs », consistant à exiger des mesures correctives, voire condamner à des sanctions financières un État-membre « fautif » et ce jusqu’à 0,1% de son PIB !

Alors que la Commission n’a jamais été capable de faire respecter les critères de Maastricht, la voilà donc chargée de faire respecter des « indicateurs » dont la signification économique est hautement plus problématique. Par exemple, une augmentation de l’endettement privé peut très bien être source de développement économique, s’il s’agit d’investissements productifs. Or, la Commission n’est certainement pas la mieux placée pour juger de la productivité d’un investissement.

De même, ne vaut-il pas mieux laisser le marché du travail et les acteurs économiques juger du niveau des salaires – s’il est trop élevé ou pas – que de déléguer cette tâche aux bureaucrates de Bruxelles ? La Bulgarie – pourtant bonne élève en matière d’assainissement des finances publiques et d’investissements étrangers – s’est vue reprocher une croissance trop forte des salaires.

Pourtant, cette croissance reflèterait, selon le Ministère des Finances du pays en question, une augmentation de la productivité et un rattrapage par rapport aux rémunérations pratiquées dans les autres économies européennes entre 2007 et 2009. En dépit de cela, le coût de la main-d’oeuvre bulgare reste pourtant parmi les plus faibles dans l’UE (le salaire minimum bulgare serait même inférieur à celui en Chine).

Au lieu de reposer sur des règles telles que la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes, l’objectif sera désormais de « piloter » les économies européennes à l’aide d’une poignée d’indicateurs statistiques.

La PDM s’avérera à coup sûr un exercice futile d’un point de vue économique. Par contre, elle débouchera à coup sûr sur une politisation et un « micro management » sans précédent de l’économie européenne.

Valentin Petkantchin est chercheur associé à l’Institut économique Molinari.




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