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Big Society vs Big Government – 2/ La mise en œuvre dans l’éducation

par Patrick Coquart
vendredi 17 juillet 2015.

Texte d’opinion de Patrick Coquart publié en exclusivité sur le site de l’Institut économique Molinari.

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Dans un premier article, nous avons tenté de comprendre les fondements de la Big Society de David Cameron. Examinons maintenant comment elle a été mise en application.

Rappelons tout de même, avant d’entrer dans le concret, que le but de la Big Society est « de passer d’un modèle où l’État est lui-même le principal voire l’unique fournisseur du service public à un système où l’État délègue la tâche de fournir le service à toute une série d’acteurs de statut divers. Le rôle de l’État se limite alors à la tâche de sélection et de régulation des prestataires de service public sélectionnés. » Notons aussi que l’État garantit le juste et libre accès aux marchés publics à tous les acteurs. Il favorise même la « concurrence » au sein du service public. En effet, les fonctionnaires sont encouragés « à restructurer leur service pour se constituer en entités indépendantes, qui continuent à assurer des missions de service public tout en ayant quitté le giron de l’État ou des collectivités locales ».

Examinons maintenant comment les principes de la Big Society ont été appliqués au domaine scolaire.

Le gouvernement Cameron a permis la création de free schools, inspirées du modèle suédois. « Il s’agit d’ouvrir aux groupes de parents d’élèves ou d’enseignants, aux associations caritatives ou religieuses le droit d’ouvrir un établissement scolaire ». Mais, contrairement à la Suède, le secteur lucratif n’est pas autorisé à ouvrir des free schools.

Les free schools bénéficient d’une « très grande autonomie pour définir leur mode de fonctionnement interne ». Cela concerne les programmes, le choix des méthodes pédagogiques, l’organisation des rythmes scolaires, le recrutement du personnel enseignant et le montant des salaires. « En contrepartie, son procédé d’admission doit aussi être ouvert et transparent que celui de n’importe quelle école publique ; elle ne peut imposer de frais de scolarité aux élèves, ni sélectionner ces derniers en fonction de leurs performances scolaires ».

Les free schools sont financées par l’État, « à même hauteur que les établissements publics, sur la base d’un financement forfaitaire par élève. » Le système est « équivalent à celui des chèques éducatifs, sauf que ces derniers ne transitent pas par les familles ».

Signalons que le gouvernement Cameron a également encouragé la généralisation des academies, créées par le précédent gouvernement. Elles ne diffèrent des free schools que dans le fait qu’elle « résultent de la ‘conversion’ d’établissements existants » en établissements « libres ».

Bien entendu les independant schools (ou public schools, c’est-à-dire écoles privées) continuent d’exister. Au nombre de 2 600, elles scolarisent 625 000 élèves, soit 6,5 % des élèves du Royaume-Uni et fournissent la moitié des étudiants de Cambridge et d’Oxford. Mais les frais de scolarité sont, en moyenne, de 12 345 livres par an (soit plus de 17 000 euros).

À la rentrée 2013, on comptait 174 free schools ; en mars 2015, plus de 400. Pendant la campagne électorale, Cameron en a promis 500 de plus. Par ailleurs, toujours à la rentrée 2013, « plus de la moitié des écoles secondaires et un peu plus d’une école primaire sur dix ont été transformées en academies, soit près de 3 500 établissements ». Aujourd’hui, elles sont près de 4 600.

L’étude de l’Institut de l’Entreprise détaille l’exemple de West London Free School. Fondée par Toby Young, elle délivre « une éducation libérale classique, c’est-à-dire une formation académique exigeante et rigoureuse qui privilégie les sciences et les humanités classiques. Sur leur site internet, les dirigeants de l’école expliquent que la transmission du savoir et des œuvres classiques doit l’emporter sur la seule préparation à un futur emploi. L’uniforme y est de rigueur et le latin obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans. L’établissement, qui propose des classes de taille réduite, met aussi l’accent sur la musique et les activités extrascolaires, qui sont obligatoires après les cours quatre jours par semaine. Enfin, la discipline y est stricte et les téléphones portables interdits ».

La West London Free School a ouvert à la rentrée 2011. En rythme de croisière, elle devrait accueillir 840 élèves pour les sept niveaux du secondaire. Il semble que le succès soit au rendez-vous : « l’école est la plus demandée du quartier londonien d’Hammersmith and Fulham, avec dix candidatures par place disponible ». Ce succès a incité le fondateur à créer une école primaire dès la rentrée 2013, et une seconde école primaire dans le quartier d’Earl’s Court en septembre 2014.

L’Ofsted (Office for Standards in Education, Children’s Services and Skills), chargé d’inspecter les free schools, a jugé la West London Free School comme « bon ». L’audit « met notamment en avant les progrès réalisés […] par les élèves issus d’un milieu défavorisé ou dont les parents ne sont pas anglophones, le comportement exemplaire des élèves ainsi que la promotion ‘exceptionnelle’ des valeurs spirituelles, sociales et morales transmises aux élèves ».

D’une manière générale, les inspections conduites par l’Ofsted soulignent les « performances supérieures » des free schools et des academies par rapport à l’ensemble des écoles publiques.

À cet égard, « les dernières études académiques conduites en Suède – qui a introduit une réforme similaire au début des années 1990 – soutiennent l’idée selon laquelle l’introduction d’écoles indépendantes est positive pour l’ensemble des élèves, l’émulation entre établissements générant une amélioration globale de qualité de l’enseignement dispensé et des performances des élèves ».

Par ailleurs, nombre d’observateurs des free schools les comparent aux independant schools dans le fait qu’elles mettent en avant ce que les Britanniques « appellent un ‘ethos’, soit une atmosphère particulière, un système total dans lequel les élèves deviennent membres d’une communauté aux valeurs claires mais ouvertes à la société, quand le système d’enseignement public peinerait à transmettre, voire même à formuler de quelconques valeurs fondamentales, si ce n’est celles de la political correctness ».

Et dans les faits, les free schools participent « à la démocratisation de l’excellence des méthodes éducatives qui caractérise » les independant schools.

N’ayons pas peur des mots, c’est une véritable révolution qui secoue le système éducatif britannique. Pendant ce temps-là, en France, on persiste à vouloir « réformer » l’école d’en-haut. Et c’est pour cela que la nouvelle « réforme » de Najat Vallaud-Belkacem – la énième – sera un nouvel échec. Décidément, il y a plus que l’English Channel qui sépare nos deux pays.

À suivre…

Patrick Coquart est associé dans un cabinet de conseil en management.




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