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Baisse des salaires : la flexibilité n’est pas l’ennemie des salariés

par Guillaume Vuillemey
mardi 21 juillet 2009.

Article publié exclusivement sur le site de l’Institut économique Molinari.

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Courant juin, British Airways a détonné dans le paysage social en proposant à ses salariés de renoncer à plusieurs jours de salaire. Près de 7000 ont accepté. Depuis, ce scénario se répète, comme chez Osram, où des salariés ont été licenciés pour avoir refusé une baisse de 12,5 % de leur rémunération. Pour beaucoup, il s’agit là d’un phénomène choquant et dangereux à l’heure où la consommation vacille. Cependant, il est nécessaire de sortir des représentations caricaturales et passionnées pour permettre une discussion sereine. Il apparaît alors que la flexibilité des salaires est une condition essentielle du bon fonctionnement du marché du travail et du retour de la croissance.

L’enjeu essentiel pour sortir de la crise est aujourd’hui celui de la réorganisation des secteurs productifs : certains doivent retrouver leur juste proportion après avoir trop embauché au cours des années écoulées ; d’autres, toujours rentables, peuvent continuer à recruter. Ce processus implique un transfert de main-d’oeuvre de certains secteurs vers d’autres, donc la négociation de nouveaux contrats de travail. En un mot, l’efficacité du marché du travail est une condition essentielle pour accélérer la sortie de crise.

À cet égard, la France est mal lotie. En effet, un travailleur ne peut être embauché que si sa productivité est supérieure au salaire complet (salaire net auquel s’ajoutent les cotisations dites « salariales » et celles dites « patronales ») que lui verse son employeur. Or la France est actuellement le pays où le poids des cotisations sociales est le plus élevé en Europe. En 2008, elles représentaient 17,9 % du PIB, contre 13,7 % en moyenne dans les autres pays de l’UE. L’ensemble des prélèvements sociaux, avant impôts et taxes, peut représenter jusqu’à 45 % du salaire complet, ce qui peut expliquer l’impression qu’ont de nombreux salariés d’être moins bien payés que ce que l’employeur débourse en réalité pour eux.

Le coût de la protection sociale n’est pourtant pas seul en cause. À cela s’ajoute un code du travail pléthorique, difficilement compréhensible tant pour les employeurs que pour les employés. Outre le coût administratif de ces réglementations tatillonnes pour les entreprises, l’un des principaux freins à l’embauche vient des difficultés à licencier. De nombreuses entreprises se gardent d’embaucher au maximum de leur capacité de travail, par crainte de ne pouvoir se séparer d’une partie des travailleurs en cas de dégradation de la conjoncture. À l’inverse, dans un pays comme le Danemark, où les obstacles au licenciement ont été levés en 1993, le chômage est l’un des plus bas de l’OCDE : 5,7 % en mai 2009 (contre 3,9 % avant la crise).

Dans ce contexte très réglementé, la baisse consentie des salaires est un outil légitime pour les employeurs qui font souvent face à un choix cornélien : réduire le coût de leur masse salariale ou être condamné à la faillite.

Pourtant, pour redonner aux entreprises une bouffée d’air qui leur permettrait de limiter le recours aux licenciements ou aux baisses de salaires, il conviendrait d’alléger les autres contraintes coûteuses qui pèsent sur le contrat de travail. Une refonte du Code du travail introduisant davantage de flexibilité et un allégement du poids de cotisations sociales seraient à cet égard souhaitables. Le coût d’une embauche serait amoindri, et les réticences de certains chefs d’entreprises à embaucher seraient réduites. D’autre part, le transfert de main d’œuvre des secteurs les plus touchés par la crise vers les secteurs porteurs d’avenir serait facilité. Des emplois menacés seraient remplacés par des emplois davantage créateurs de richesse, ce qui accélérerait le retour de la croissance.

Derrière les baisses de salaires, c’est la question du contrat de travail qui est posée. Davantage de flexibilité redonnerait du dynamisme au marché de l’emploi et permettrait de favoriser la reprise économique. À l’inverse, si des réformes d’ampleur n’étaient pas accomplies, on assisterait à une multiplication durable des licenciements et des baisses de salaires. C’est pourquoi, contrairement aux apparences, la flexibilité peut être la meilleure alliée des salariés.

*Guillaume Vuillemey est chercheur à l’Institut économique Molinari.




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