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Assurance-médicaments : refuser d’avaler des « couleuvres » !

par Michel Kelly-Gagnon, Valentin Petkantchin
jeudi 28 octobre 2010.

Article publié dans Cyberpresse.ca (Canada), le 25 septembre 2010.

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Une nouvelle étude - publiée par le Centre canadien de Politiques Alternatives (CCPA) et l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) - juge les assurances privées inefficaces et propose d’imposer au niveau fédéral « un régime public universel offrant une couverture intégrale » en matière de médicaments. Un tel régime monopolistique présente cependant des effets pervers pour les patients qu’il ne faudrait pas sous-estimer et dont les coûts économiques sont pourtant largement ignorés dans l’étude.

L’expérience montre qu’il n’est pas déraisonnable de penser qu’un tel nouveau programme social pèsera de plus en plus lourd sur les finances publiques. Et face aux coûts croissants, le gouvernement fédéral fera ce que les gouvernements ont le réflexe de faire : transférer une partie croissante des coûts aux assurés et bureaucratiser leur utilisation et leur prescription.

Pis. Généralement, les gouvernements n’hésitent pas non plus à retarder et à restreindre l’accès aux nouveaux médicaments pour essayer de maîtriser les coûts de leur régime public. Bref, au lieu de bénéficier d’une « couverture intégrale », comme le laisse miroiter l’étude, beaucoup de Canadiens devront se contenter d’une couverture de moindre qualité que celle dont ils bénéficient actuellement.

Les régimes publics provinciaux fournissent un bel exemple à cet égard. Selon une étude, ils retardent d’environ un an en moyenne la prise en charge des nouveaux traitements et parfois cela peut s’avérer beaucoup plus long. Ils n’acceptent finalement à rembourser qu’une partie des nouveaux médicaments. Ainsi, seulement 23% des médicaments approuvés par Santé Canada en 2004 a été pris en charge en moyenne par les régimes provinciaux à la fin 2009. Les assurances privées couvrent en revanche généralement tous les nouveaux médicaments dès leur approbation par l’organisme fédéral !

Mais le pays où la logique du régime public universel a été poussée le plus loin est sans doute le Royaume-Uni. Un organisme bureaucratique, le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) - montré en exemple dans l’étude - peut déclarer qu’un médicament est trop cher, en dépit de sa réelle valeur thérapeutique pour le malade. Il est alors quasi-automatiquement exclu de prise en charge par le NHS, le système national de santé britannique. Les patients anglais se sont ainsi vu refuser pendant des années la prise en charge de médicaments comme le Herceptin (contre le cancer du sein), le Sutent (cancer du rein), ou plus récemment, l’Avastin (cancer de l’intestin).

Les auteurs de l’étude CCPA-IRIS laissent croire qu’un régime universel serait peu « coûteux », mais leur raisonnement économique est trompeur. Ils oublient tous ces coûts économiques pour les malades en termes de risques accrus pour la santé, de perte de productivité, de revenus et de bien-être, d’handicaps à long terme, etc.

Bien que difficilement quantifiables, ces coûts pourraient s’avérer substantiels.

On a évalué par exemple aux Pays-Bas que de tels coûts, liés aux retards dans la fourniture de soins, représentaient plus de 6% des dépenses totales de santé en 2001. Leur réforme de 2006 a donné ainsi plus de marge de manoeuvre aux assureurs privés - non seulement, les files d’attente ne sont plus perçues comme un problème, mais les assureurs ont mis les fabricants de médicaments génériques en concurrence. Ils ont obtenu des réductions de prix allant de 40% à 90% en 2008, alors que le gouvernement avait essayé à plusieurs reprises et sans succès de les faire baisser.

De la même manière, les Canadiens devraient se fier sur la concurrence entre assureurs privés et refuser la « couleuvre » du monopole d’un régime public universel que l’étude CCPA-IRIS essaie de leur faire avaler.

Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l’Institut économique de Montréal (IEDM), Valentin Petkantchin est économiste et chercheur associé à l’Institut économique Molinari (IEM).




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