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Anniversaire de la Banque du Canada : 75 ans de contrefaçon

par Martin Masse
jeudi 18 mars 2010.

Article publié en anglais dans le Financial Post (Canada), le 10 mars 2010.

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Un bon point de départ pour comprendre la véritable nature des banques centrales est le slogan qui dit « Ne volez pas, le gouvernement déteste la compétition ! ». La principale raison d’être de cette structure bureaucratique est en effet de nous voler. Comment fait-elle cela ? En imprimant toujours plus d’argent (ou, de nos jours, en le créant sur des ordinateurs à partir de bits électroniques) et en gonflant la masse monétaire, ce qui a pour effet de diminuer la valeur de la monnaie en circulation et de faire grimper les prix.

Lorsque vous allez sur le site de la Banque du Canada, il est écrit : « Nous sommes la Banque centrale du Canada. Nous nous employons à préserver la valeur de la monnaie en maintenant l’inflation à un niveau bas et stable. » Faites toutefois quelques recherches sur ce site et vous découvrirez que depuis le début des opérations de la Banque il y a 75 ans, le dollar canadien a perdu environ 94% de sa valeur. Un panier de biens et services qui coûtait 100 $ en 1935 coûterait aujourd’hui 1600 $. Comme travail de préservation, on a déjà vu mieux !

La contrefaçon est, à juste titre, une activité illégale et réprimée par la justice. Les banquiers centraux la pratique pourtant constamment, à la différence près qu’eux ont la loi de leur côté pour forcer tout le monde à accepter leur papier-monnaie – ce qu’on appelle le cours légal – en plus d’avoir les moyens de déployer une propagande considérable pour le rendre légitime.

Les intérêts en jeu sont énormes. L’inflation est une façon détournée pour les gouvernements de dépenser davantage sans avoir à imposer directement les citoyens. Une banque centrale est un élément essentiel d’un gros gouvernement dépensier et interventionniste.

Les opérations des banques centrales servent également à renflouer en permanence les personnes ou organisations endettées. En effet, les banques centrales maintiennent généralement les taux d’intérêt plus bas que ce qui serait le cas dans un marché financier complètement libre. Par ailleurs, en réduisant constamment la valeur de l’argent qui doit être remboursé, la banque centrale rend la vie plus facile aux débiteurs. C’est ainsi qu’on constate que dans l’économie contemporaine dominée par l’argent facile, les dettes, publiques et privées, ne cessent de croître, au point où l’édifice monétaire au complet risque de s’écrouler.

Enfin, les banques centrales protègent les pratiques imprudentes des institutions financières, qui prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas sur la base du système frauduleux de réserves fractionnaires. Parce qu’elles ont toujours la possibilité de se tourner vers un prêteur en dernier ressort qui peut créer de la monnaie sans limite, les institutions financières sont plus enclines à prendre des risques indus. Comme on l’a vue récemment, elles peuvent toujours compter sur des injections gigantesques de fonds en provenance des banques centrales pour se maintenir à flot et continuer de faire des profits.

Il est intéressant de lire dans Le dollar canadien : une perspective historique, un court volume publié par la Banque du Canada, que la raison qui a motivé la suspension de l’étalon-or au Canada en 1914 était la volonté du gouvernement de venir à la rescousse de banques commerciales en détresse. « Le 3 août 1914, le gouvernement et l’Association des banquiers canadiens tinrent une réunion d’urgence à Ottawa pour discuter de la crise. Le jour même, la promulgation d’un décret venait protéger les banques menacées d’insolvabilité, en donnant cours légal aux billets des banques. Cela permit à ces établissements de répondre aux demandes des déposants en leur remettant leurs propres billets plutôt que des billets du Dominion [1] ou de l’or. » Prenez mon argent, sinon…

Cette décision a constitué l’une des étapes importantes vers la création de la Banque du Canada en 1935 et la nationalisation complète de la monnaie au Canada. Tout le baratin qu’on désigne aujourd’hui sous le nom d’« économie monétaire » vise essentiellement à dissimuler le fait que les opérations des banques centrales ont pour effet de nous appauvrir. Les archives Web de la Banque du Canada contiennent une pléthore d’études sur les façons de calculer la masse monétaire, sur des règles sophistiquées permettant de manipuler les taux d’intérêt, etc. Toutes ces études ont prétendument pour but d’aider les bureaucrates de la Banque à mieux « préserver la valeur de la monnaie » alors qu’en réalité, c’est son existence même qui est la cause de sa dévaluation constante.

Depuis plusieurs décennies, la domination de la propagande en faveur du contrôle étatique de la monnaie est devenue telle au sein de la profession des économistes que quiconque soulève une objection se fait rapidement traiter d’excentrique. Les débats sur la politique monétaire sont monopolisés ici comme ailleurs par une poignée d’économistes utilisant un jargon incompréhensible. La presque totalité d’entre eux travaillent dans une banque centrale ou une institution financière ou sont reliés d’une façon ou d’une autre au réseau de bénéficiaires de fonds de recherche, stages et autres récompenses distribués par les banques centrales, comme des recherches l’ont montré aux États-Unis.

Ce qui surprend le plus, c’est qu’à part une minorité de ceux qui adhèrent à l’École autrichienne, même la plupart des économistes qui prétendent défendre le marché libre approuvent l’existence et les interventions des banques centrales, en particulier en période de crise. Pourtant, même s’il était vrai qu’on pouvait relancer une économie en « inondant les marchés de liquidités », une telle action implique nécessairement une violation fondamentale des droits de propriété et devrait suffire à la rendre inacceptable.

Les époques qui nous ont précédés comprenaient cette réalité beaucoup mieux que la nôtre, comme l’attestent par exemple les débats houleux qui ont marqué la création et l’abolition des deux premières banques centrales des États-Unis [2]. Dans un monde rationnel, les activités des banques centrales seraient vues comme une expropriation et on y mettrait fin sans délai. Espérons qu’un jour viendra où les étudiants de science économique apprendront de nouveau à pousser un raisonnement jusqu’à sa conclusion logique.

Martin Masse est chercheur associé à l’Institut économique Molinari.

[1] Le Canada était à l’époque décrit comme un « dominion » de l’empire britannique, plus autonome qu’une colonie mais pas tout à fait indépendant.
[2] La première Banque des États-Unis a duré de 1791 à 1811 et la seconde de 1816 à 1841. L’actuelle banque centrale américaine, la Réserve fédérale, a été créée en 1913.



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