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À quoi faut-il s’attendre lorsque l’on pratique le libre-échange ?

par Steven E. Landsburg
jeudi 7 février 2008.

Lorsque des emplois américains sont délocalisés, les États-Unis, considérés collectivement, sont gagnants. Ce que l’on perd du fait de salaires plus faibles est plus que compensé par la baisse des prix. En d’autres termes, les bénéfices de ceux qui y gagnent font plus que compenser les pertes de ceux qui en pâtissent.

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Quelques jours avant la primaire du Parti Républicain dans le Michigan, Mitt Romney et John McCain ont fait valoir leurs désaccords au sujet des réponses que devrait apporter le gouvernement aux travailleurs ayant perdu leur emploi du fait de la concurrence internationale issue du libre-échange. Leur rhétorique est différente – M. Romney a déclaré « vouloir se battre pour chaque emploi », alors que pour M. McCain certains emplois « ne peuvent revenir » – mais leur propositions sur ce thème sont presque similaires : former et reconvertir les travailleurs pour de nouveaux emplois.

Tous les économistes savent que lorsque des emplois américains sont délocalisés, les États-Unis, considérés collectivement, sont gagnants. Ce que l’on perd du fait de salaires plus faibles est plus que compensé par la baisse des prix. En d’autres termes, les bénéfices de ceux qui y gagnent font plus que compenser les pertes de ceux qui en pâtissent. Faut-il pour autant le faire ? Est-ce une caution morale pour les programmes de reconversion financés par l’impôt et proposés par M. McCain et M. Romney ?

Non. Même si vous venez de perdre votre emploi, il y a quelque chose d’extrêmement dérangeant dans le fait de blâmer le phénomène qui vous a permis de vous élever, depuis que vous êtes né, au-dessus d’un niveau de subsistance très faible. Si la société doit vous indemniser pour les dommages que le commerce vous cause, alors que devez-vous à la société pour les avantages dont il vous fait bénéficier ?

Je doute qu’il existe un homme sur Terre dont on puisse dire qu’il n’a pas bénéficié de l’opportunité qui lui est offerte d’échanger librement avec ses voisins. Imaginez ce que serait votre vie si vous deviez vous procurer vous-même toute votre alimentation, fabriquer vos propres vêtements, et faire confiance aux remèdes de votre grand-mère pour vous soigner. La possibilité d’accéder à un médecin diplômé réduira probablement la demande pour les remèdes de votre grand-mère, mais celle-ci a néanmoins des raisons de se réjouir d’avoir un docteur.

Certaines personnes suggèrent néanmoins qu’il serait pertinent de prendre en compte les effets moraux dommageables que crée chaque nouvelle opportunité commerciale ou chaque accord de libre-échange. On ne peut en effet nier que certains citoyens sont fragilisés par ces accords, au moins dans la mesure où ils auraient été plus à l’aise dans un monde où le commerce serait florissant, mais où cet accord précis n’aurait pas existé. Que devons-nous à ces citoyens ?

Une piste de réflexion consiste à se demander ce que nos instincts moraux nous dictent dans de telles situations. Supposez qu’après avoir acheté pendant des années votre shampoing dans une pharmacie locale, vous découvrez que vous pouvez commander le même sur Internet, à un prix inférieur. Avez-vous pour obligation d’indemniser le pharmacien pour la perte qu’il subit ? Si vous déménagez dans un appartement au loyer plus faible, devez-vous indemniser votre ancien propriétaire ? Quand vous mangez au McDonald’s, devez-vous indemniser les gestionnaires du petit restaurant situé à côté ? Les politiques publiques ne doivent pas consacrer les instincts moraux que nous rejetons au quotidien.

Dès lors, comment justifier moralement le fait que les travailleurs licenciés soient traités différemment des pharmaciens ayant perdu leurs clients ou des propriétaires quittés par leurs locataires ? Vous pouvez prétendre que les pharmaciens ou les propriétaires ont toujours fait face à une concurrence acharnée et, dès lors, savaient à quoi ils s’engageaient, alors que des décennies de droits de douane et de quotas ont créé chez les ouvriers de l’industrie l’illusion qu’ils avaient droit à un minimum de protection. Une telle attente les a conduit à développer certaines compétences, et il est maintenant injuste de retourner la situation.

Je le répète, ce type d’argument n’est pas compatible avec nos instincts de tous les jours. Pendant de nombreuses décennies, le racket a été une activité « rentable ». Dans tous les États-Unis, les racketteurs ont développé certaines « compétences » qui leur ont permis de tirer avantage de cette opportunité. Si l’on durcit les lois pour que le racket ne soit plus « rentable », faudra-t-il pour autant indemniser les racketteurs ?

Le racket et le protectionnisme ont beaucoup en commun. Ils utilisent tous les deux la force, soit directement, soit par la loi pour enrichir quelqu’un à vos dépens. Si l’on vous force à payer 20 $ par heure un Américain pour un bien que vous auriez pu acheter 5 $ à un Mexicain, on vous extorque. Quand un accord de libre-échange vous permet d’acheter des marchandises mexicaines, vous pouvez vous en réjouir – même si M. McCain, M. Romney et les autres candidats aux élections présidentielles ne souhaitent pas que vous le fassiez.

Steven E. Landsburg est professeur d’économie à l’Université de Rochester et auteur du récent livre More Sex is Safer Sex : The Unconventional Wisdom of Economics.




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