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Pour plus de prudence dans notre politique climatique

par Richard S. Lindzen
jeudi 3 février 2011.

Traduction d’un article publié le 15 janvier 2011 par la Global Warming Policy Foundation.

rien

Croire à l’idée d’un climat statique, immuable, c’est se tromper sur la nature de notre climat. Il n’a jamais été ni statique ni immuable dans toute l’histoire de notre planète. La crise d’hystérie, qui sévit dans le monde développé aujourd’hui, au sujet du réchauffement « anormal » de la température moyenne de la planète de quelques dixièmes de degrés, fera rire les générations futures. Le climat est toujours en évolution. La planète a connu des périodes glaciaires et des périodes plus chaudes pendant lesquelles des alligators vivaient à Spitzbergen. Des périodes glaciaires de 100 000 ans se sont produits au cours des 700 000 dernières années ; des périodes plus anciennes semblent avoir été plus chaudes que la période actuelle, malgré des niveaux de CO2 inférieurs à ce qu’ils sont maintenant. Plus récemment, il y eu la période chaude médiévale et le petit âge glaciaire. Au cours de ce dernier, les glaciers alpins ont recouvert des villages entiers au grand désespoir de leurs habitants. Depuis le début du 19ème siècle, ces glaciers ont reculé. Et franchement, on ne comprend pas très bien ce qui les a fait avancer ou reculer.

Il n’est pas nécessaire de trouver une cause extérieure à des micro-changements climatiques de quelques dixièmes de degré. La Terre n’est jamais parfaitement en équilibre. Les mouvements périodiques des océans, au sein desquels la chaleur se déplace entre les couches profondes et la surface, varient sur des échelles de temps allant de quelques années à plusieurs siècles. Des études récentes (Tsonis et al, 2007) suggèrent que cette variabilité est suffisante pour expliquer tous les changements climatiques depuis le 19e siècle.

Le réchauffement depuis 1979 pose quant à lui un autre problème. Le rôle prépondérant de la convection des nuages dans les régions tropicales explique que les températures évoluent selon ce qu’on appelle dans le jargon scientifique un profil adiabatique humide. Cela suppose que le réchauffement de la troposphère tropicale soit 2 à 3 fois supérieur au réchauffement de la surface de la Terre. Or, ce n’est pas ce qu’on constate. On sait qu’au delà de 2 km d’altitude, les températures tropicales sont assez homogènes de sorte que l’échantillonnage ne pose pas de problème. Plus bas (à peu près au niveau où s’inversent les alizés), la variabilité est beaucoup plus forte, et, par conséquent, l’échantillonnage pose problème. Dans ces circonstances, il est raisonnable de conclure que le problème réside dans l’enregistrement des données de surface, et que le réchauffement actuel à la surface est surévalué d’environ 60%. Le prétendu réchauffement est même supérieur à ce qu’auraient projeté les modèles si l’effet refroidissant des aérosols n’avait pas été pris en compte de façon arbitraire. Cet écart a déjà été signalé par Lindzen (2007) et par Douglass (2007). Il semblerait que tous les modèles surestiment ainsi la sensibilité du climat à l’activité humaine. Il faut comprendre que l’effet de serre fonctionne par absorption par la planète d’énergie électromagnétique provenant du Soleil. Pourtant, l’augmentation du CO2 ne suffit pas à elle seule à entraîner un réchauffement climatique (chaque doublement du CO2 est accompagné d’une augmentation d’un degré).

Les prévisions climatiques issues des modèles supposent que toute augmentation de CO2 est amplifiée par d’autres éléments à effet de serre, la vapeur d’eau et les nuages. C’est ce qu’on appelle une rétroaction positive. L’idée est la suivante : quand la température à la surface augmente, le rayonnement net sortant diminue, ce qui renforce le réchauffement climatique. C’est ce que disent tous les modèles climatiques. Or, des observations par satellite ont permis de mettre en évidence que la diminution du rayonnement net sortant n’est pas accompagnée d’une augmentation de la température de surface. Les données satellitaires de l’instrument de mesure ERBE (Satellite mesurant le taux de radiation terrestre) (Barkstrom, 1984, Wong et al, 2006) prouvent que la rétroaction de la nature n’est pas positive mais négative, ce qui réduit l’effet du CO2 (Lindzen et Choi, 2009).

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le forçage radiatif [1] lié aux émissions anthropiques de CO2 aurait déjà atteint 86% de ce qu’on attend d’un doublement du CO2 (avec environ la moitié en provenance du méthane, d’oxyde de nitrate, des fréons et de l’ozone). Or, les prévisions alarmistes reposent sur des modèles dans lesquels un doublement des émissions de CO2 entraîne une augmentation des températures supérieure à « 2°C ». Dans la mesure où le doublement du CO2 est presque atteint, nous devrions donc, selon les modèles, constater un réchauffement beaucoup plus important que celui que nous avons observé jusqu’à présent. Cette contradiction est encore plus flagrante si l’on considère qu’aucune étude statistique ne démontre aujourd’hui un réchauffement planétaire significatif sur les 14 dernières années. Les auteurs des modèles répondent à cette objection en stipulant que l’usage des aérosols aurait compensé une grande partie du réchauffement (voir Schwartz, 2010). Cependant, une étude récente (Ramanathan, 2007) souligne que le forçage radiatif des aérosols peut être aussi bien positif que négatif, c’est à dire que selon les cas, ils réchauffent ou refroidissent. De plus des scientifiques du Hadley Centre for Climate Research, au Royaume-Uni, ont récemment noté que leur modèle ne prenait pas en compte de façon appropriée les variations climatiques naturelles de la terre, ce qui rendait sans fondement leur modèle, pourtant repris par le GIEC (Smith et al, 2007). La revue qui publiait l’article, n’insiste pas trop sur ce dernier point. Elle a préféré supposer qu’en 2009, les variations naturelles pourraient disparaître et le réchauffement de reprendre son cours. Cette dernière observation a de quoi surprendre. Elle reconnaît explicitement que le réchauffement climatique a cessé durant les quatorze dernières années. .Des modélisateurs allemands prétendent pour leur part que la « reprise » aura plutôt lieu en 2015 (Keenlyside, 2008).

Devant ce constat, certains climatologues alarmistes défendent le fait que c’est au cours de la dernière décennie qu’ont été enregistrées certaines des années les plus chaudes. Cela n’a en fait rien de surprenant puisque nous traversons une période relativement chaude mais cela ne nous dit rien des tendances de fond, réchauffement ou refroidissement.

Ces éléments de preuve (et je n’en mentionne que quelques-uns) impliquent indubitablement que le réchauffement d’origine anthropique a été largement exagéré. L’alarmisme ambiant est donc clairement exagéré lui aussi. Ceci est d’autant plus vrai qu’à supposer que le réchauffement climatique d’origine anthropique soit significatif, il ne faudrait pas pour autant le craindre outre mesure. En effet, les risques généralement associés au réchauffement (extinction des ours polaires, fonte des glaces, sécheresses et inondations, etc.), ne dépendent pas seulement d’une simple anomalie de la moyenne mondiale des températures : un grand nombre de variables régionales, notamment la température, l’humidité, la couverture nuageuse, les précipitations, la direction et l’ampleur des vents doivent aussi être pris en compte. L’état de l’océan est tout aussi crucial. Nous avons déjà bien du mal à prédire quelque jours à l’avance l’évolution de l’un ou l’autre de ces éléments. Pourtant, chaque catastrophe naturelle dépend de chacun de ces facteurs. Elles ne surviennent finalement que très rarement comme le montrent les prévisions erronées d’une famine mondiale dans les années 80, du refroidissement planétaire dans les années 70, du « bug de l’an 2000 » et de bien d’autres. Au niveau régional, la fluctuation annuelle des températures est au moins quatre fois plus importante que la fluctuation de la moyenne mondiale. Une grande partie de cette variation doit donc être indépendante de la moyenne mondiale, faute de quoi la moyenne mondiale varierait beaucoup plus. Il s’agit simplement de noter que des facteurs autres que le réchauffement climatique peuvent être plus déterminants. Il ne s’agit pas de dire que de nouvelles catastrophes ne se produiront pas. Elles ont toujours existé et cela ne changera pas. Il s’agit plutôt de rappeler que lutter contre le réchauffement planétaire par des gestes symboliques et de belles promesses n’y changera rien. L’Histoire montre en revanche que plus de richesse et de développement pourraient améliorer notre capacité à faire face à une éventuelle catastrophe naturelle.

Compte tenu de ce qui précède, on peut raisonnablement se demander pourquoi tant d’alarmisme, et pourquoi une recrudescence de cet alarmisme ces 4 dernières années. Après 20 ans de débat, le thème du réchauffement climatique est parvenu à influencer nombre de politiques publiques. Les groupes environnementalistes ont ainsi pu acquérir davantage de pouvoirs et de dons. Pour les pouvoirs publics, le CO2 constitue un levier fiscal intéressant. Les politiciens se réjouissent de la création d’une « taxe carbone » plus facile à accepter qu’elle serait nécessaire pour « sauver » la planète. Le monde du business y trouve aussi son compte. L’affaire Enron (entreprise de production d’énergie au Texas, maintenant en faillite) est exemplaire à cet égard. Avant de se désintégrer, Enron avait été l’un des lobbyistes les plus actifs en faveur du Protocole de Kyoto (auquel les États-Unis n’ont d’ailleurs toujours pas adhéré). Enron espérait ainsi devenir une société commerciale spécialisée dans les droits d’émission de carbone. Ces droits sont susceptibles d’atteindre un marché de plus d’un milliard de dollars, et les commissions se paieront à coups de millions. Pas étonnant que les hedge funds s’y soient intéressés, comme feu Lehman Brothers. Goldman Sachs aurait exercé de fortes pressions en faveur du projet de loi « cap and trade » (échange de droits de pollution). Ce n’est probablement pas un hasard si Al Gore lui-même (ancien vice-président, réalisateur du documentaire à succès Une vérité qui dérange), est associé à de telles activités. La vente des droits de pollution est déjà en plein essor. Archer Daniels Midland (le géant de l’agro-alimentaire américain) a fait pression avec succès en faveur des biocarburants ce qui a sans doute contribué à l’augmentation du prix du maïs, en particulier dans les pays pauvres. Restent maintenant les très nombreuses personnes qui se sont laissées convaincre par l’alarmisme ambiant et pour qui le coût de changer d’avis sera très élevé.

Au regard de tous ces enjeux, l’urgence est sans doute de comprendre que le réchauffement climatique a peut-être cessé et que son origine anthropique tient plus du mythe que de la réalité. Il devient crucial de résister courageusement à l’alarmisme climatique ambiant. Il est imprudent de gaspiller des ressources rares pour lutter de façon symbolique contre un climat en perpétuelle évolution. Il faut aussi arrêter de croire que le climat ait pu atteindre la perfection au milieu de 20ème siècle !

Références :

Barkstrom, B.R., 1984 : The Earth Radiation Budget Experiment (ERBE), Bull. Amer. Meteor. Soc., 65, 1170–1185.

Douglass,D.H., J.R. Christy, B.D. Pearsona and S. F. Singer, 2007 : A comparison of tropical temperature trends with model predictions, Int. J. Climatol., DOI : 10.1002/joc.1651

Keenlyside, N.S., M. Lateef, et al, 2008 : Advancing decadal-scale climate prediction in the North Atlantic sector, Nature, 453, 84-88.

Lindzen, R.S. and Y.-S. Choi, 2009 : On the determination of climate feedbacks from ERBE data, accepted Geophys. Res. Ltrs.

Lindzen, R.S., 2007 : Taking greenhouse warming seriously. Energy & Environment, 18, 937-950.

Ramanathan, V., M.V. Ramana, et al, 2007 : Warming trends in Asia amplified by brown cloud solar absorption, Nature, 448, 575-578.

Santer, B. D., P. W. Thorne, L. Haimberger, K. E. Taylor, T. M. L. Wigley, J. R. Lanzante, S. Solomon, M. Free, P. J. Gleckler, P. D. Jones, T. R. Karl, S. A. Klein, C. Mears, D. Nychka, G. A. Schmidt, S. C. Sherwood, and F. J. Wentz, 2008 : Consistency of modelled and observed temperature trends in the tropical troposphere, Intl. J. of Climatology, 28, 1703-1722.

Schwartz, S.E., R.J. Charlson, R.A. Kahn, J.A. Ogren, and H. Rodhe, 2010 : Why hasn’t the Earth warmed as much as expected ?, J. Climate, 23, 2453-2464. Smith, D.M., S. Cusack, A.W. Colman, C.K. Folland, G.R. Harris, J.M. Murphy, 2007 : Improved Surface Temperature Prediction for the Coming Decade from a Global Climate Model, Science, 317, 796-799.

Tsonis, A. A., K. Swanson, and S. Kravtsov, 2007 : A new dynamical mechanism for major climate shifts, Geophys. Res. Ltrs., 34, L13705, doi:10.1029/2007GL030288

Wong, T., B. A. Wielicki, et al., 2006 : Reexamination of the observed decadal variability of the earth radiation budget using altitude-corrected ERBE/ERBS nonscanner WFOV Data, J. Climate, 19, 4028–4040.

Richard Lindzen est professeur de Météorologie au MIT (Massachusetts Institute of Technology) et membre du Conseil académique d’orientation de la Global Warming Policy Foundation.

[1] NDT Le forçage radiatif, appliqué au réchauffement climatique, mesure la propension d’un facteur à perturber l’équilibre énergétique de la Terre. Le terme forçage est utilisé pour indiquer que l’équilibre radiatif de la Terre est en train d’être déstabilisé.


Documents
Richard Lindzen : A Case Against Precipitous Climate Action
Type : HTML (39.2 ko)
Mis à jour le : 15 janvier 2011




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