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9 questions pour Cécile Philippe : Le modèle social français (7)

par Cécile Philippe
jeudi 19 mars 2015.

Septième question tirée d’une grande interview réalisée par Grégoire Canlorbe avec Cécile Philippe, directrice générale de l’IEM, pour le compte de l’Institut Coppet.

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Septième question tirée d’une grande interview réalisée par Grégoire Canlorbe avec Cécile Philippe, directrice générale de l’IEM, pour le compte de l’Institut Coppet. En plus d’avoir été publiée sur le site de l’Institut Coppet, cette interview a été publiée sur le site de 24hGold et dans le numéro 16 de la revue Laissons Faire.


Grégoire Canlorbe : Le modèle social français, en ce qui concerne la cotisation, la prise en charge des soins et le financement des retraites, est souvent décrit comme la quintessence de l’État-providence et comme une réussite que le monde entier nous envie. Pourquoi la réalité est-elle selon vous moins rose qu’il ne paraît au prime abord ?

Cécile Philippe : Concernant cette question, il faut à mon avis distinguer la question santé de la question retraite. On peut effectivement dire que notre système de santé offre de bonnes prestations et que comparativement à d’autres, les Français sont plutôt bien lotis. Sauf que les choses changent à grande vitesse.

Le problème de notre système est qu’il coûte très cher. La protection sociale et la maladie ont absorbé 33% du PIB en 2012. Depuis 1996 et la mise en place de l’Ondam (Objectif national des dépenses d’assurance maladie), la stratégie a consisté à renforcer le rôle du monopole public en santé, à savoir étatiser davantage la santé à tous les niveaux et saper progressivement les piliers libéraux sur lesquels notre système repose encore. Or, on peut légitimement penser que ces piliers libéraux jouent un rôle important dans la qualité de notre système. Certes, ce système coûte cher mais on n’y meurt pas « en raison de listes d’attente pour la prestation de soins de santé publique », contrairement à ce qu’on a constaté dans le système étatique canadien, comme l’a reconnu la Cour suprême du Canada.

Depuis 2005, la mise en place en France du parcours de soin coordonné oblige de facto les patients à se choisir un médecin traitant qui – comme dans le système anglais – sert de « gatekeeper » c’est-à-dire de passage obligé pour consulter un spécialiste. Le secteur libéral, sur la sellette, se voit progressivement mis sous tutelle. La liberté d’installation est menacée, les dépassements d’honoraires sont traqués et la liberté de prescription est de plus en plus limitée. En 2008, les pouvoirs publics ont supprimé la liberté d’installation des infirmières libérales et celle des médecins est périodiquement remise en question.

Le PLFSS 2015 va encore plus loin, avec une batterie de nouvelles mesures entravant les acteurs et bloquant le fonctionnement du mécanisme des prix. À la généralisation du tiers payant s’ajoutent la poursuite de la promotion active des génériques, le renforcement du mécanisme par lequel les laboratoires pharmaceutiques contribuent au financement des dépenses ou le renforcement des leviers des Agences régionales de santé. Tout cela contribue, une fois de plus, à réduire les marges de manœuvres des patients et patriciens et à accroître le contrôle bureaucratique.

Il est à craindre que les effets pervers constatés dans les systèmes de santé totalement étatisés – tels le Canada ou le Royaume-Uni – ne se manifestent de plus en plus chez nous. Il est donc judicieux de se demander si nous avons pris la bonne voie en cherchant à supprimer la concurrence. Parler de concurrence en santé peu paraitre incongru, mais c’est sans doute la meilleure façon de faire des économies sans supprimer les marges de choix des individus tout en préservant la qualité. Même en santé, l’importance du calcul économique est cruciale. C’est la seule façon de s’assurer que les primes payées par les assurés se rapprochent au plus près des attentes des patients, tout en donnant aux assureurs les moyens et les motivations de modifier leur niveau de couverture si besoin est.

Là est la cause de l’échec des politiques de maîtrise comptable des coûts menée en France. Dans les systèmes étatisés, les pouvoirs publics, otages du système qu’ils ont établi, sont incapables de savoir si une prestation est payée au juste prix ou pas. Ils s’appuient sur des prix administrés qui ne correspondent pas à la confrontation d’une demande et d’une offre. Ils ne permettent donc pas de savoir si les ressources sont utilisées de façon efficace ou pas. Les régulateurs sont alors condamnés à agir en aveugle, au gré des modes et des lobbys. Les différents prestataires de soins sont eux aussi perdants. Ils sont face à un opérateur unique, quand ils pourraient avoir des sources de revenus diversifiées s’il y avait des assureurs en concurrence. Et in fine, tous les consommateurs sont pénalisés, prisonniers d’un panier de soins unique qui coûte cher et ne correspond pas nécessairement à leurs besoins.

Côté retraite, la France a fait le choix de la répartition. Or, force est de constater que depuis 2005 nous en sommes sortis puisque les cotisations des personnes actives ne suffisent plus à financer les prestations promises aux personnes à la retraite. Il est devenu nécessaire de recourir à l’endettement chaque année pour payer les montants dus au titre des retraites.

En 2011, ce sont 290 milliards d’euros qui ont été versés au titre de la vieillesse. Ces sommes sont financées par les actifs pour l’essentiel, les contribuables pour partie et par la dette, donc en partie par les générations futures.

Cet endettement est révélateur d’un problème structurel beaucoup plus profond qui tient, en partie, à l’évolution démographique de la France. Tout en gardant un niveau de fécondité relativement élevé par rapport à d’autres pays de l’Union européenne, elle voit néanmoins le ratio pensionnés sur cotisants augmenter. Le nombre de retraités s’accroît plus rapidement que celui des cotisants, si bien que l’équilibre financier des systèmes de retraite par répartition se dégrade. L’endettement a permis de repousser les ajustements, mais il ne constitue pas une solution viable à long terme.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.


L’interview en parties

Votre parcours intellectuel, universitaire et professionnel (1)
Le marché du travail français (2)
La mondialisation des échanges marchands (3)
La crise financière (4)
La théorie dite autrichienne du cycle des affaires (5)
La notion de développement durable (6)
Le modèle social français (7)
Le principe de précaution (8)
Optimiste ou pessimiste face à l’avenir (9)




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