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9 questions pour Cécile Philippe : Le marché du travail français (2)

par Cécile Philippe
jeudi 19 février 2015.

Seconde question tirée d’une grande interview réalisée par Grégoire Canlorbe avec Cécile Philippe, directrice générale de l’IEM, pour le compte de l’Institut Coppet.

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Seconde question tirée d’une grande interview réalisée par Grégoire Canlorbe avec Cécile Philippe, directrice générale de l’IEM, pour le compte de l’Institut Coppet. En plus d’avoir été publiée sur le site de l’Institut Coppet, cette interview a été publiée sur le site de 24hGold et dans le numéro 16 de la revue Laissons Faire.


Grégoire Canlorbe : En panne depuis trente ans le marché du travail français fait l’objet d’une attention particulière de votre part dans votre récent ouvrage Trop tard pour la France ? De nos jours il semble être communément admis que le chômage, d’une manière générale, doit sa raison d’être à deux phénomènes bien distincts. Le chômage dit classique résulte de la décision prise par les entreprises de limiter les embauches, au motif qu’elles jugent le coût du travail trop élevé ou les rigidités sur le marché du travail trop importantes ; et ce, malgré la demande potentiellement soutenue qui leur est adressée. Coexistant avec ce premier type de chômage le chômage dit keynésien provient quant à lui de débouchés anticipés insuffisants. Dans les limites imposées par les capacités de production disponibles, le volume de la production s’adapte en effet au volume de la demande qui est anticipé par les entreprises. Il n’est pas garanti que ce volume anticipé par les entreprises soit suffisant pour embaucher tous ceux qui souhaiteraient trouver du travail au taux de salaire en vigueur.

À cet égard, le remède qui s’impose pour résorber le chômage (notamment en France) est de relancer la demande – via la manipulation des taux d’intérêt, la hausse des dépenses publiques ou la redistribution des revenus ; et non point simplement d’assouplir les contraintes juridiques pesant sur le marché du travail.

Comment résumeriez-vous votre position sur cette vision des choses mainstream ?

Cécile Philippe : Effectivement, je consacre un chapitre entier au marché du travail français. Je suis d’ailleurs convaincue que s’il est une réforme à faire en premier, c’est bien de s’attaquer à ses trop nombreuses rigidités. Il n’est pas surprenant que la France soit classée en la matière en 113ème position sur 142 pays par le Forum économique mondial. Notre marché du travail cumule tous les handicaps : un Smic élevé, une durée légale du travail stricte, un monopole de l’assurance chômage, un niveau de protection de l’emploi extrême sans oublier des charges sociales et des aides élevées.

Ma position concernant la vision que vous exposez est de rappeler qu’il y a en fait une certaine compatibilité entre ce que Keynes écrivait et ce que vous appelez la vision classique. En effet, les keynésiens partent du principe qu’il y a une certaine rigidité des salaires à la baisse. Par conséquent, il faut en quelque sorte leurrer les travailleurs en leur offrant des salaires nominaux plus élevés mais qui au final se révèlent des salaires réels plus faibles, permettant aux entreprises de « sauver les meubles. » Sauf que ce n’est qu’une façon d’avouer que le marché du travail ne fonctionne justement pas comme un marché.

Les offres et les demandes ne se rencontrent pas librement, ce qui empêche l’émergence de contrats satisfaisant les attentes des employeurs comme des demandeurs d’emploi. La liste des atteintes portées par l’actuel droit du travail à la liberté contractuelle et à la liberté d’association est extrêmement longue : « La liberté du travail est supprimée avant seize ans et après un âge variable selon les catégories mais autoritairement fixé ; les clauses du contrat de travail sont définies à l’avance ; le travailleur est obligé subséquemment de cotiser à un régime d’assurance vieillesse dont les termes lui sont imposés et de participer à un système de protection contre le chômage ; les heures de travail sont définies par le législateur […] ; le contrat individuel n’a pas force obligatoire si ses clauses diffèrent de celles du contrat type des conventions collectives, qui, de plus, peuvent être étendues par décision administrative à des entreprises qui ne sont initialement pourtant pas parties – l’existence même de ces conventions constituant en soi une atteinte à la liberté du travail puisqu’elles imposent des ententes horizontales obligatoires entre travailleurs et firmes. »

Si on arrivait à faire fonctionner le marché du travail normalement, on parviendrait sans doute à diminuer fortement le chômage, au point de l’amener à ce qu’on appelle son niveau naturel, comprenant le chômage dit volontaire.

De plus, les remèdes préconisés par Keynes créent sans doute beaucoup plus de problèmes qu’ils n’en résolvent puisque la manipulation des taux d’intérêt est à l’origine des cycles économiques et des graves crises financières qui secouent nos sociétés. Nous y reviendrons.

Cécile Philippe est directrice générale de l’Institut économique Molinari.


L’interview en parties

Votre parcours intellectuel, universitaire et professionnel (1)
Le marché du travail français (2)
La mondialisation des échanges marchands (3)
La crise financière (4)
La théorie dite autrichienne du cycle des affaires (5)
La notion de développement durable (6)
Le modèle social français (7)
Le principe de précaution (8)
Optimiste ou pessimiste face à l’avenir (9)




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